bernard-1954 a écrit:Les sources utilisées sont :
- des ouvrages sur le transport militaire ferroviaire au XIXe siècle
- des ouvrages sur le transport militaire pendant la première guerre mondiale
- deux documents de l'Ecole supérieure de guerre, datant de 1939 :
- notes pratiques d'état-major
- aide-mémoire pour les travaux d'état-major
Instruction des cadres
L’Etat-major avait considéré que l’attribution des canons à balles à l’Artillerie offrait un avantage supplémentaire pour maintenir le secret autour de l’arme. La compétence technique des artilleurs permettra de limiter la formation ad hoc au strict minimum. Un stage d’initiation de 2 jours, organisé à l’intention des cadres, est considéré comme amplement suffisant, pour le reste, la lecture de l’Instruction, qu’il est prévu de publier, doit y pallier. Les armes nouvelles ne seront distribuées en unités qu’au tout dernier moment. On avait déjà fonctionné de la sorte pour le nouveau canon-obusier, lors de la Campagne de Crimée, et pour la pièce de 4 livres rayées, qui n’avait été confiée aux batteries qu’une fois rendues en Italie, en 1859 -à cette époque, le général Le Bœuf était d’ailleurs commandant en chef de l’artillerie de l’Armée des Alpes-. Cà avait bien râlé un petit peu dans les rangs des officiers subalternes qui avaient essuyé les plâtres mais, globalement, en haut-lieu, on s’était montré satisfait du stratagème -. On procédera donc de la même manière pour les mitrailleuses.
A l’époque, le service d’une arme par la troupe et les sous-officiers passe, avant toute chose, par l’instruction de son commandement. Disons-le tout net, il ne règne pas une grande opinion dans le corps des officiers, sur la compétence de ses subordonnés. Les sous-officiers sont considérés comme des coureurs de solde à l’ancienneté et la troupe, à base d’appelés, dépourvus de fortune pour se payer un remplaçant, comme une bande d’incompétents illettrés, tout juste bonne à effectuer des mouvements répétitifs, inculqués sous une forme basique – l’apprentissage de la marche au pas cadencé, sur l’ordre de « Paille ! Foin ! », pour distinguer la gauche de la droite, n’est pas qu’une aimable légende-. Pourtant, l’emploi efficace d’une arme implique d’instruire l’ensemble de son personnel, pour éviter, dans l’émotion des combats, nombre de d’enrayages et d’accidents de tir. De même, l’encadrement doit s’accoutumer à l’exploitation des résultats, interpréter les effets et rectifier rapidement les réglages. On va pourtant s’asseoir aimablement sur ces sages préceptes.
A partir du mois d’avril 1868, quatre séries de stages, d’environ une semaine de durée, sont constitués pour des capitaines-commandant de batterie. Pour bénéficier de ce stage, les officiers désignés doivent, au préalable, signer un engagement particulier.
Au total, 24 capitaines, un colonel et un général, directeur de l’artillerie de la marine participeront à ces stages de formation, entre avril et mai 1868. Mais, lors de l’entrée en campagne, à l’exception de trois d’entre eux, les officiers instruits ne seront pas affectés à des batteries de canons à balles !
A la déclaration de guerre, on va être obligé d’effectuer à la hâte, les désignations des commandants de batterie de mitrailleuses, d’expédier les cadres à Meudon, de mettre sur roues les voitures engerbées - car tout est soigneusement stocké, de la pièce de 12 livres à la ceinture de flanelle – puis de les diriger avec leur précieux chargement sur les garnisons et les points de concentrations, alors que les gares du chemin de fer sont débordées par les envois de vivres et de matériels, les unités d’actives sont souvent débarquées au petit bonheur la chance et le réserviste, demeurant à Langres ou à Nancy, expédié sur son dépôt d’affectation à Bordeaux ou en Algérie avant d’être redirigé sur Bitche ou Strasbourg pour rejoindre son unité !
Le commandant Reffye et le capitaine Pothier, remplaçant de l’infortuné Schulz, vont assurer, dans l’urgence, la formation des cadres, officiers et sous-officiers, de 28 batteries, convoqués entre le 9 juillet et le 15 juillet 1870. A partir du 11 juillet, les convocations aux stages inclus un brigadier, 5 servants et 2 ouvriers en fer. Il était temps ! Dans l’incertitude des affectations, les convocations vont porter jusqu’à 3 batteries par régiment mais, en réalité, seules, 15 batteries, sur un total de 24, bénéficieront du stage. Le 2 août, alors que, pour la première fois, les mitrailleuses de la 9e batterie du 5e régiment d’artillerie (2ème division, 2ème Corps) ouvrent le feu à Sarrebrück, de nouveaux stages d’initiation au canon à balles sont encore organisés à Vincennes, Besançon et Bourges ! Mais, alors que le Ministre, par circulaire, insiste sur l’importance de ces stages pour former des noyaux d’instruction au sein de leurs batteries, cela n’empêchera pas le personnel « spécialisés » de se retrouver affecté à des batteries de 4, de 12, où à l’état-major divisionnaire tandis que les mitrailleuses sont confiée aux mains inexpertes de servants ignorants, commandés par des officiers qui n’ont que des notions plus que sommaires sur leur emploi. Les voies de l’administration militaires sont souvent impénétrables ! Entre le 15 juillet et le 9 septembre 1870, 29 batteries (174 mitrailleuses) sont assemblées et distribuées. A chaque envoi d’une batterie complète, sont joints 4 tableaux de composition de batterie et 4 Instructions sur le service du canon à balles. C’est déjà insuffisant pour une batterie de 6 pièces mais il s’avère, en plus, qu’on a oublié de mettre les états-majors dans la liste des destinataires !
Tout en menant de front, l’assemblage des mitrailleuses – dès le 12 juillet 1870, 18 batteries sont mises sur roues et l’inventaire de l’état des munitions stockées assure un approvisionnement pour 30 batteries à 800 coups par pièce - et les stages du personnel, Reffye et son équipe se dépensent sans compter. Ils vont, de leur propre chef, livrer plusieurs batteries aux unités sur le terrain, effectuer les ultimes réglages, improviser des cours d’initiation, organiser des tirs d’exercice. Mais la tâche est démesurée et bien souvent, les batteries sont réceptionnées dans l’inconnu le plus complet. Les documents joints ont beau prescrire, dès la réception du matériel, de procéder à un exercice et, si possible, d’exécuter un tir, pour la plupart des batteries, la première école à feu aura pour objectif les batteries allemandes redoutablement entrainées et qui ont pour consigne de les faire taire dans les plus brefs délais.

Loïc Charpentier a écrit:A propos de la situation ferroviaire française à l'été 1870, il existe cette étude qui traite de la célèbre compagnie française, PLM (Paris-Lyon-Méditerranée)...
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k ... /f93.item#
bernard-1954 a écrit:J'ai trouvé couvrant cette période, exclusivement ou non :
...
- Les chemins de fer pendant la guerre de 1870-1871 : leçons faites en 1872 à l'École des ponts et chaussées par Frédéric Jacqmin (numérisé par la BNF, accès libre) - https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4086242
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