Aussi bizarre que çà puisse paraitre, les cours de spécialité de l'Aéronavale - plus de six mois, par exemple, pour décrocher le Brevet Elémentaire de la spécialité ELAER (Electricien d'Equipement Aéronautique) - étaient exclusivement généralistes (électricité, électronique (en 1964-1965, la technologie des "tubes à gaz" (diode, triode, pentode, etc.), mécanisme de fonctionnement des appareils de navigation), mais il n'y avait aucun cours qui effectuait une revue de détails des matériels américains ou français! On ne les découvrait qu'une fois embarqué dans la formation (flottille, escadrille, ST de la BAN)!
Si on avait du bol, on bénéficiait de la présence d'un collègue de la même spécialité; mais, en ce qui me concerne, par exemple, en sortie de Rochefort, ayant choisi Saint-Raph, je m'étais retrouvé être le seul ELAER, au sein d'une équipe d'une douzaine de mécanos "purs et durs" (y compris les deux cadres), qui ne connaissaient que pouic en matière d'électricité et d'équipements de bord. L'air de rien, j'avais intégré l'Equipe V3 Alouette II, la seule qui existait au sein de la Marine, où était effectué le plus haut niveau d'intervention technique, avant le retour systématique de l'appareil chez son constructeur; lors d'une V3 de 750/1500 heures, qui pouvait durée 5 semaines, on déshabillait la totalité de l'appareil, on contrôlait bon nombre d'appareils ou éléments (la structure, les pales, par exemple!), on expédiait d'autres dans les ateliers spécialisés, on commandait les rechanges nécessaires, on effectuait les modifications prévues par la MAJ et on remontait le tout dans un état plus neuf qu'à sa sortie d'usine - c'était, là, la coquetterie "personnelle" de l'équipe -.
Toutes les Alouettes II de la Marine passaient dans nos mains (souvent, nous en avions une en cours de V3 et deux autres qui attendaient leur tour, dans le hangar ou sur le parking), plus celles de la Douane! On ne chômait pas, mais l'ambiance était très sympa! Par contre, j'avais du apprendre mon boulot sur le tas, tout seul dans mon coin, en potassant les épais manuels techniques dédiés au ventilo.
A 19 balais, sans aucune expérience professionnelle ( je sortais direct d'un Bac Math-Elem, en ayant jamais vu, jusque-là, la moindre clé de 10, sachant que le latin, ni les maths ne me servaient plus à grand-chose!), j'avais eu droit à quelques sérieuses sueurs froides, car ces mêmes manuels fixaient, également, le temps moyens des interventions

. Je me souviens, ainsi, d'une malheureuse génératrice tachymétrique, planquée sous la turbine Artouste, qui selon le manuel nécessitait 15 minutes de démontage; c'était déjà beaucoup pour 4 écrous (!), sauf que ledit démontage impliquait, également l'emploi d'une clé spécialement adaptée, dans laquelle la Marine n'avait pas souhaité investir! La première fois, j'avais mis plus de 5 heures pour parvenir à dévisser ces quatre malheureux écrous!

Un an plus tard, avec "
ma bite et mon couteau", je la démontais en moins de 15 minutes!

Et, là, je cause du seul contexte "Aéronaval", univers de la "débrouille générale" très peu hiérarchisé, contrairement à l'Armée de l'Air. J'ai, par exemple, en tête, le vécu d'un proche ami, breveté "Electronicien Aéro", qui, en sortie de cours, avait intégré le SAPAN - magasin central de pièces détachées de l'Aéronavale - en tant qu'informaticien, sur "machines Bull ou IBM"! Leur spécialité étant considérée, alors, comme la plus compliquée, ils étaient peu nombreux et, après deux ans de cours, étaient rapidement promus officiers-mariniers. Un jour, un aréopage de hauts gradés de l'Armée de l'Air débarque au SAPAN et, lors de leur visite, demande à vérifier la procédure de traitement d'une pièce détachée (existant en stock, délai de fourniture, d'approvisionnement en cas de commande "extérieure", etc. A la demande de son chef de service, mon camarade se charge du traitement informatique et imprime, dans un temps très bref pour l'époque (!), le document qui allait bien. Là, désarroi général des grosses légumes de l'Air....
Euh, quel est le grade de cet intervenant?... ils avaient plus moins pigés, selon ses chevrons inclinés, qu'il s'agissait d'un "sous-off", mais çà leur posait un sérieux problème, vu que, dans le service similaire de l'Armée de l'Air, il fallait être, à minima, lieutenant, voire capitaine, avec 8- 10 ans de service à la clé (sans parler de la compétence requise!) , alors que la Marine, elle, faisait confiance à de jeunes officiers-mariniers, avec quatre ans de service, dont deux passés en formation!
C'était très loin d'être une exception; ainsi à la base-école de Cognac, que se partageaient l'Armée de l'Air et l'Aéronavale, pour la formation de leurs pilotes sur réacteurs, on trouvait des quartiers-maitre de 2
ème classe ou, même, des matelots brevetés, "patrons d'appareil" au sol, tandis que des sergents de l'Armée de l'Air, eux, étaient affectés aux extincteurs de piste (véridique et vécu)!
La "débrouillardise" naturelle de l'Aéronavale tient aussi beaucoup au long passé naval de "La Royale", où l'habitude des conditions de mer avait exigé de devoir dépasser, à chaque échelon hiérarchique, le niveau de compétence "réglementairement" exigé. Il n'est pas question, pour autant, de valoriser "l'Aéronavale", par rapport à l'Armée de l'Air, mais le contexte est différent. De mon temps, alors que la Marine comptait 100 000 hommes, dont 10 000 "Pingouins", chaque nouvelle promotion "annuelle" d'Elaer, formée à la vieille "Caserne Martrou" de Rochefort, ne dépassait pas 25 élèves, d'où nous sortions, tous, "matelot breveté de 2ème classe"!
Du côté de l'Armée de l'Air, au centre-école de Rochefort, un, le niveau d'instruction requis était nettement plus faible (en 1964-65!), deux, l'effectif des "promos" était du triple, trois, le cours de formation d'un moindre niveau et, quatre, les élèves en sortaient "sergent PDL", les moins doués caporaux-chefs!
Autre problème, que beaucoup d'entre vous ne connaissent pas. En s'engageant pour cinq ans dans la Marine, on touchait, au mieux (!), 2000 francs de "prime d'engagement"; dans l'Armée de Terre et l'Air, elle était de 15 000 francs - une vrai fortune dans les années 60 - plus, dès qu'on était pas trop "à la ramasse", une promotion rapide au grade de sous-officier, avec la solde à la clé, une fois dépassée la "durée légale"! Il fallait, de mon temps, dans la Marine, hors Ecole de Maistrance, deux ans pour être promu QM2, un an de plus (sous certaines conditions), pour accéder au grade de QM1 et quatre ans pour décrocher la casquette d'officier-marinier, après l''incontournable "cours de chouffe" pour lequel nous étions proposés par nos officiers "chefs de service". Cà dépendait, également, de la "modernité" de la spécialité, car bon nombre de quartier-maitres-chefs affichaient, alors, plus de 10 ans de service au compteur (!) et, autant de vieux second-maitres "glandaient" en attendant désespérément la moindre promotion!
Il y avait, certes, pour sérieusement améliorer sa solde, la solution de naviguer grâce aux "primes de campagne'. Pour un Pingouin, de mon temps, il y avait le Clem, le Foch, la "Jeanne" et, le "must", les petites équipes détachées à bord des rares bâtiments dotés d'un hangar et d'une plate-forme pour hélicos! Revers de la médaille, la durée des missions en mer retardaient d'autant l'entrée au "cours de Chouffe" - de ce que j'ai connu, une bonne année! -.
De nos jours, çà peut paraitre "ridicule", mais le montant de la prime d'engagement "5 ans" (7,5 fois supérieure) offerte, alors par les autres Armes, plus la promotion rapide au grade de sous-off, avec la solde inhérente, avait rendu " très sportif" le recrutement de volontaires dans la Marine. Visiblement, çà ne s'est guère amélioré, avec, désormais, l'attribution "générale" d'une prime d'engagement de "1067 €" et une durée d'engagement, qui, elle, "prudemment" est plus ou moins fixée à "3 ans"! Elle n'ose même plus proposer des contrats d'engagement à 5 ans, sauf si çà implique une formation de sous-off!
Cà n'engage que moi, mais avec une telle pingrerie générale, des voies de promotions particulièrement embouteillées dans certaines Armes et "l'élitisme" technique exigé, nous ne sommes pas prêts de nous en sortir! Dans une armée devenue "professionnelle", le pinpin de base (1ère classe, caporal, caporal-chef) n'est guère incité à devoir risquer sa peau (même si la solde de base a été revue à la hausse, en gros, un SMIC amélioré, hors "prime de campagne"!). L'armée se retrouve, ainsi, quasiment, chaque année, à devoir renouveler (dans l'urgence!) 15 % de son effectif, toutes armes confondues, résultat de la "fuite" générale de son personnel instruit!
Je ne comprends plus rien au "système" actuel et me marre doucement en lisant les procédures actuelles de l'armée de Terre...
5. J’attends le résultat de la commission
Vos résultats sont envoyés en CIRFA; votre conseiller vous en informe et réajuste avec vous votre projet si nécessaire.
6. Je deviens soldat
Cérémonie de signature et départ en régiment
La cérémonie de signature
En signant votre contrat, vous vous engagez officiellement dans la vie militaire.
Sans parler que "l'engagé" a désormais droit à un certain délai pour faire valoir ses droits à décliner son engagement! De mon temps, il finissait immédiatement au gnouf, mais passons ...
J'ai l'air d'avoir très largement débordé en HS, par rapport au sujet du recrutement du personnel français "rampant" et "volant" à dater de fin 1942, mais, en réalité, pas tant que çà. La structure de l'organisation militaire de l'Armée de l'Air française était, à la fois, très hiérarchisée et très "lourde"... et, même, après-guerre, elle l'était toujours restée... sans pour autant pénaliser ses compétences opérationnelles!