Vit Reukopf a écrit:1. ... Mais il s'est avéré que cela n'a servi à personne. Parce que le canon n'est pas le même et que l'obus n'est pas du tout le même !
Je pensais naïvement que le sujet ici était les batailles sur le front de l'Est ? Mais non. Je suis juste naïf.
2) A propos des canons et des obus. Je citerai l'auteur de la conception de ce canon - le designer Vasily Grabin : "Compte tenu du fait que la mise en production brute de chaque nouveau canon et le réarmement de l'Armée rouge est un processus compliqué, long et coûteux, j'ai souligné qu'en ce qui concerne le ZIS-3, tout est résolu simplement et rapidement, car il s'agit d'un canon de 76 millimètres superposé à l'affût du canon antichar de 57 millimètres ZIS-2, qui fait partie de notre production brute. Par conséquent, la mise en production du ZIS-3 non seulement n'alourdira pas la charge de travail de l'usine, mais, au contraire, facilitera les choses du fait qu'au lieu de deux canons F-22 USV et ZIS-2, un seul canon sera mis en production, mais avec deux tubes différents. En outre, le ZIS-3 coûtera à l'usine trois fois moins cher que le F-22 USV. Tous ces éléments réunis permettront à l'usine d'augmenter immédiatement la production de canons de division, qui seront non seulement plus faciles à fabriquer, mais aussi plus pratiques en termes de maintenance et plus fiables. Pour terminer, j'ai proposé d'adopter le canon divisionnaire ZIS-3 au lieu du canon divisionnaire F-22 USV.
Les Allemands le considèrent toujours comme un canon antichar. Mais cela ne correspond pas à l'état-major de l'artillerie antichar de l'Armée rouge, qui considère le ZIS-2 comme un canon antichar. Et ce n'est qu'en raison de la pénurie de ZIS-2 qu'un ordre spécial a permis de remplacer le ZIS-2 antichar par le ZIS-3 divisionnaire. Bien entendu, la littérature traduite est plus exacte. Pourquoi lire les originaux ? Mais je le fais déjà à l'ancienne. Je vais lire les originaux. D'autant plus que je parle couramment le russe.
Vit.
Bon, allez, je vais me fendre de quelques explications supplémentaires à propos de la pièce de 76,2 mm soviétique.
Déjà, ce qu'avait écrit son concepteur, Vasily Grabin, n'est que la stricte vérité, le 76,2 mm Modèle 42 était l'évolution allégée du modèle 39 ou F-22 USV, lui-même, dérivé du F-22 Modèle 36, efficace, performant mais jugé trop lourd par ses utilisateurs...
Photos!
76,2 mm Modèle 36 (F-22).jpg)
.. et deux copies assez moche issues des archives allemandes US NARA; à noter l'élévation exceptionnelle de la pièce, qui pouvait, au besoin, être employée dans un usage antiaérien limité...

76,2 mm Modèle 39 (F-22 USV)Le tube a été raccourci (42 calibres au lieu des 55 calibres du F-22 Modèle 36), mais il n'a pas de frein de bouche, tandis que l'affût a été allégé...
(photo empruntée à une annonce de vente Delcampe)...
76,2 mm Modèle 42 (ZiS-3)... se reporter aux clichés des posts précédents.
Sinon, pour mémoire, la pièce antichar soviétique de 57 mm (ZiS-2), dont le Zis-3 avait hérité de l'affût, c'est celle-là...

Cà, c'est fait! Maintenant passons au fond... Que ce fut le F-22, le F-22 USV ou le ZiS-3, dans l'Armée Rouge, il s'agissait réglementairement de pièces légères d'artillerie (de campagne) divisionnaires, du moins quand elles étaient tractées; néanmoins, il y a une "réserve" ! Face à une attaque de blindés, il était de règle, dans cette même armée, d'engager toutes les pièces d'artillerie, y compris les mortiers d'infanterie et les mitrailleuses lourdes, d'où une dotation réglementaire de munitions antichars pour les pièces de 76 mm, dont les performances dans ce domaine étaient très loin d'être médiocres. A noter que la
Heer avait fini par adopter la même tactique d'emploi pour son artillerie de campagne!
Là, petit point sur l'armement de l'adversaire teuton. Au milieu de la décennie 1930, les allemands avaient opté, pour leur artillerie légère de campagne, en faveur de l'obusier de 10,5 cm le FH 18 et de la puissance létale de ses munitions explosives, comparées à celles du vieux 7,7 cm, qu'ils venaient d'ailleurs de "revisiter" au calibre de 7,5 cm. Au sein de la
Heer, le canon de campagne de 7,5 cm était, dès lors, devenu une denrée très rare, hormis quelques petites séries de 7,5 cm FK 18 & FK39, fabriquées pour l'exportation mais mises sous embargo, en septembre 39 ou début 1940; la plupart de ces pièces avaient été attribuées dans les régiments d'artillerie de campagne, subordonnés à des formations de
Jäger et de
Gebirgsjäger. Au passage, les obusiers léger de 10,5 cm percevaient, également, une dotation en munitions antichars et, un peu plus tard, pour un emploi très souvent similaire, en obus à charge creuse... l'armée soviétique, de son côté, avait également attribué des munitions à charge creuse à ses batteries de 76,2 mm.
Les allemands avaient, à l'été 1941, découvert, à leurs dépends, les performances antichars du 76,2 mm F-22 en emploi antichar! Coup de bol, lors de leurs avancées en 1941, ils avaient mis la main sur un bon gros millier de F-22, avec leurs munitions! Une partie de ces pièces avait été réemployée en tant que pièces de campagne ou pièces antichars tractées -on en retrouve même en Libye, au sein du DAK, tandis qu'ils en avaient modifié d'autres (installation d'un frein de bouche, notamment) pour les installer sur des automoteurs antichars, engagés dès la fin du printemps 1942.
NOTA : il ne faut jamais oublier que jusqu'en mars 1942, la Heer ne disposait, en matière de canons antichars et de canon intégrés en tourelle, rien qui ne dépassait, dans les
Panzer IV et
StuG.III, le
7,5 cm kwK/StuK L/24, dans les
Panzer III - jusqu'au second semestre 1942 -, le
5 cm KwK l/42 et, en pièce tractée, le
5 cm Pak 38! A dater de mars 1942, la production du canon de
Panzer IV - la tourelle du Panzer III n'acceptait pas son intégration! - &
StuG. III, 7,5 cm Kwk/StuK 40 de 43 calibres et celle de la pièce tractée 7,5 cm Pak 40 de 46 calibres avaient certes été mises en route, mais les quantités livrées restaient totalement insuffisantes, comparées aux besoins! Le butin de F-22 avait été, en cette occasion, une aubaine!
Pour ce qui concerne les pièces F-22 USV ou ZiS-3, les allemands les avaient essentiellement réutilisées comme pièces antichars de "compensation", dans des unités de "deuxième brin". C'est la différence essentielle qui réside dans leur emploi côté soviétique et côté russe.
Ce n'est que, à l'été 1944, que, du côté de la
Heer, à l'occasion de la mise sur pied des
Volks-Grenadier-Divisionen (
29. Welle et suivantes), qu'il avait été prévu d'attribuer 12 pièces de 7,5 cm à leur
I. Artillerie-Abteilung... et, c'est là que çà avait coincé! Le canon antichar 7,5 cm Pak 40 n'avait qu'une élévation de +22° et, dès lors, une portée assez tristounette, avec des munitions explosives, de 7680 m (avec le vent dans le dos!), alors que le ZiS-3 soviétique, lui, tapait peinard à 13 000 m! ... Bon, d'accord, entre la portée maximale et celle réelle, au combat, on peut quasiment diviser la première par deux! N'empêche que..

... d'où le "bricolage" d'améliorer la portée du
7,5 cm FK 40 - la désignation du
Pak en tant que pièce d'artillerie de campagne!

- d'un peu plus de 10° d'élévation, mis en place en production, à dater de janvier 1945, mais je ne jurerais pas qu'il y ait eu beaucoup de pièces qui en avait pu bénéficier avant la fin du conflit. Dans un esprit similaire, l'artillerie allemande avait réclamé une augmentation de la portée maximale du
10,5 le.FH 18/40 (12 325 m) , au-delà de 13 000 m, mais l'arme n'avait pas encore pu voir le jour en avril 1945, le cahier des charges établi par l'In 4 étant un peu trop pointu, sans devoir concevoir une pièce toute nouvelle! Amen!
Effectivement, les Allemands, contrairement aux Soviétiques, mais, également pragmatiques par nécessité, avaient particulièrement insisté sur l'emploi antichar des pièces capturées F-22, F-22 USV, ZiS-3, mais ce n'était en rien l'effet du hasard, juste le constat de leur efficacité générale dans ce domaine.
Sinon, si le Panther et les Tiger I/II, de par l'épaisseur de leur blindage frontal - sur les flancs, c'était une tout autre paire de manches, mais, là, il conviendrait de devoir développer les tactiques d'engagement des unités antichars! - et les performances de leurs canons, constituaient des cibles très compliquées pour les 76,2 mm soviétiques, le problème avait été strictement le même, chez les allemands, avec le 7,5 cm Pak 40 ou KwK/StuK 40 L/48, face aux JS-2 engagées dès février 1944, par l'Armée Rouge!
En d'autres termes, si tu envisages de vouloir me faire "pleurer" sur les supposées déficiences de matériels, côté soviétique, en janvier 1945, tu es mal barré!

Avec 44 pièces de 76,2 mm attribuées, à dater de décembre 1944, aux divisions de fusiliers soviétiques, sans, bien évidemment, compter les autres calibres (122, 152 mm) attribués au régiment d'artillerie, ni évoquer les "vraies" pièces antichars, ni, bien entendu, faire un point sérieux sur les moyens numériquement engagés, dans les deux camps, tu risques fort de rencontrer de grosses difficultés.

Ah, juste encore un "truc"! Quand un officier allemand était interrogé pour savoir à quoi correspondait, en janvier 1945, l'effectif de son unité d'infanterie, il avait beau jeu, en étant parfaitement sincère, d'affirmer que l'effectif de son unité était quasiment "au complet", celà, rien qu'en se référant à la dotation théorique, qui avait été mise en place, par l'OKH/OKW, en novembre/décembre précédent, avec une
Infanterie-Division, dont l'effectif était passé, pour une formation de la
1. Welle, en 1939, de 14397 pinpins "théoriques", à 9 600, eux, aussi, "théoriques", mais, cette fois, avec le vent dans le dos, sans parler de l'inexpérience générale des recrues et du nécessaire raccourcissement de leur période d'instruction !
Dans ce cadre, la
s. Pz.Abt. 501/424 avait constitué, pour des raisons plus ou moins méconnues, lors de sa réorganisation, une très rare exception, avec 51 Tiger déclarés le 01.01.1945, alors que ce type d'unité indépendante n'était censée en aligner que 45! Cela dit, c'était, en quelque sorte, l’oripeau qui cachait la misère réelle!
Il n'est pas question, ici, de ma part, de tenter de valoriser ou dévaloriser l'un des deux camps - fort heureusement les méfaits du III. Reich s'étaient, enfin, achevés, en gros, dans les ruines de Berlin, en avril 1945 - mais, j'avoue ne pas encore avoir bien pigé ce que tu souhaitais nous
démontrer, au travers des combats et des offensives soviétiques, sur le Front Est, de la mi-janvier 1945, au centre du dispositif allemand. Que cela s'était, plus ou moins, conclu par un carnage, des deux côtés, c'est un fait acquis; mais le déséquilibre patent, aussi bien en termes d'effectifs, que de blindés ou de pièces d'artillerie engagés, entre les deux forces en présence est, lui-aussi, également, avéré.
