Si l’on ne s’intéresse pas de plus près à la question, le fait paraît acquis, non sans bon sens.
La forêt n’est pas le terrain de prédilection des chars.
Mais tout qui sillonnerait l’Ardenne belge en tous sens aurait bien conscience qu'elle est loin de n'être qu'un massif forestier et qu'elle n'est pas impénétrable !
Un coup d’œil sur la carte d’époque ci-dessous montre que l’Ardenne belge est bien pourvue en routes dont les plus importantes sont d’excellente qualité (elles profiteront largement aux manœuvres de l'armée américaine et à sa logistique en 1944-45, malgré des conditions hivernales éprouvantes). Réseau routier qui rend la région tout à fait accessible à une armée mécanisée.

Si l’on trace les grandes lignes du terrain (carte ci-dessous), plus que la forêt, ce sont les vallées encaissées de l’Amblève et de l’Ourthe qui compartimentent particulièrement l'extrémité nord de la région.
Tenir les ponts sur ces deux rivières empêche toute manœuvre (en décembre 44, PEIPER sera piégé à La Gleize, le pont de Stavelot étant tenu par les Américains derrière lui ; la 116.Panzer-Division restera bloquée à l’est de Hotton). Ailleurs, tenir des carrefours importants (Saint-Vith, Bastogne, Fraiture, Manhay, Marche...) limite considérablement les capacités de mouvement d'un agresseur.
Mais au sud-est de ce massif forestier d'Ourthe et d'Amblève, les auréoles d’habitat autour de centres comme Bastogne, Martelange ou Arlon offrent des corridors de circulation vers d’autres comme Neufchâteau ou Marche. Pour faire court : par Neufchâteau on peut atteindre la vallée de la Semois et progresser vers la Meuse française (Sedan et Mézières) ; de Marche vers la Famenne on peut progresser vers la basse Meuse dinantaise.

Hors le massif forestier au nord, l’Ardenne belge est tout à fait perméable en traversant le Grand-Duché de Luxembourg pour gagner la ligne de départ Bastogne-Martelange-Arlon.
Cette perméabilité est connue de longue date des Français. Le postulat de PETAIN est correct quand on en reprend l'entièreté : "Il y a les forêts des Ardennes. Elles sont impénétrables si on y fait des aménagements spéciaux… Si l’ennemi s’y engage on le repincera à la sortie des forêts. Donc ce secteur n’est pas dangereux."
La mémoire populaire a généralisé "les forêts des Ardennes" à "toute l'Ardenne" et oublié que l'impénétrabilité est liée à "des aménagements spéciaux" et que "repincer l'ennemi à la sortie" (c'est à dire sur la région Meuse sedanaise/Semois/Chiers) nécessite des moyens.
En 1934, lorsque PETAIN cite son postulat, ces aspects semblent bien pris en compte par les plans français.
Un point de détail sur lequel insiste le général Bruno CHAIX dans on ouvrage "En mai 1940, fallait-il entrer en Belgique ?" (pages 34-38).

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