Je pense qu'Erich voulait parler d'un P.O. (petit ouvrage sans artillerie) non défendu par le feu d'un G.O. (gros ouvrage). Certains sont tombés, en effet. Encerclés, privés de ravitaillement et de leurs troupes d'intervalle, ils ont été mis à mal par des pièces de gros calibre et/ou de moyen calibre, ces dernières faisant feu à tir tendu depuis des angles morts. Les plus dangereuses étant les 88 Flak, avec des projectiles de 10 kilos sortant à la vitesse de 900 mètres par seconde. Dans tous les cas, les tirs tendus étaient plus dangereux pour les ouvrages que le pilonnage des obusiers lourds.
Quant aux G.O., bien qu'encerclés aussi et fonctionnant le plus souvent sur leur propre énergie, aucun n'a cédé. Les bombes d'une tonne des Heinkel et les obus lourds n'ont réussi qu'à faire "tanguer" les blocs, sans autre résultat.
L'ouvrage que je connais le mieux, et dont Webmastersignal s'occupe (clin d'oeil à l'association des Amis de Fermont), a subi une attaque massive d'infanterie, précédée d'un bombardement de tous les diables (pièces de 35.5, de 21 et de 15.5). Les Allemands étaient persuadés d'avoir fait taire les blocs de combat. En réalité, AUCUNE force vive n'avait été touchée. Les Allemands, progressant d'entonnoir en entonnoir se sont vus fauchés par les Reibel et pilonnés par la tourelle de 75 double et celle de 81, absolument intactes malgré un paysage de fin du monde autour de ces blocs. Rappelons qu'une tourelle éclipsée n'était à peu près vulnérable à rien en 1940 (sous réserve qu'un obus de 42cm ne lui tombe pas pile dessus... Et encore !)
Suivant les sources (Roger Bruge, Jean-Yves Mary ou Georges Maistret), les Allemands eurent à déplorer la perte de 40 à 80 hommes, et d'une à plusieurs centaines de blessés. Un mort (tir de 47 tendu en plein dans une cloche) et un blessé grave côté français.
Comment expliquer un tel carnage ? Par l'organisation défensive des G.O.. Les G.O. voisins croisaient leurs feux et avaient pour objectif en cas d'attaque de se tirer dessus ! Ainsi, Latiremont a balancé ses 75 sur les abords des blocs de Fermont, avec grand succès. Ces forts pouvaient aussi se créer un barrage de DCA, contre les attaques en piqué des Stukas. Bien que la perspective de toucher un avion relevait du miracle, le barrage obligeait l'aviation allemande à larguer ses bombes de plus haut, la privant ainsi de précision. Et sans précision, l'espoir de réduire un bloc au silence était mince, voire nul.
A Fermont, un bloc a également été victime d'un tir tendu de 88 Flak à 6000 mètres, impossible à repérer à cause du brouillard et du soleil. Le béton a en effet été percé, mais pour cause de poussière et de soleil, les Allemands ne l'ont pas remarqué. Coup de bol. A quelques obus près, le bloc sautait, chargé comme il était de munitions.
Quand bien même un bloc était perdu que les autres restaient en parfait état de marche. Si les Allemands avaient pu pénétrer à l'intérieur, ils auraient du faire avec les portes blindées, les créneaux FM et la résistance de l'équipage.
Suite à mes lectures, j'ai compris qu'il n'existait qu'un seul moyen efficace de faire tomber un G.O., mais que les Allemands n'ont jamais découvert : pilonner la galerie principale reliant les entrées de l'ouvrage aux blocs de combat dans le but de la faire s'effondrer. Cela aurait eu pour effet de priver les blocs de ravitaillement en vivres et les faire céder tôt ou tard. Cela était envisageable avec des pièces de siège, des 420 par exemple. Creuser 30 mètres de terre avec un canon de type Grosse Bertha était faisable, puisque les Allemands avaient tout leur temps. Heureusement, ils ne savaient pas vraiment par où cette galerie vitale passait ! Et l'Armistice était là...
Erich nous dit :
(parce que nous n'avions rien de plus, dans les ouvrages, que des 75, ou des mortiers à tir courbe).
Une seule tourelle de 75 valait une dizaine de pièces de campagne par sa puissance de feu, tout en étant beaucoup mieux protégée et diablement plus précise. Certains G.O. disposaient, en plus des mortiers dont tu parles, de lance-bombes de 135mm, destinés eux aussi à faire le ménage autour de l'ouvrage. Il n'y a aucun intérêt stratégique à disposer de plus gros calibres dans l'enceinte des forts. Les 155 GPF par exemple étaient effectivement présents, mais parmi l'artillerie d'intervalle. La tourelle dont je te parle envoie 30 obus minute à près de 12 kilomètres. Cela suffit amplement à réduire à néant toute vélléité agressive, crois-moi.