Je conçois parfaitement la réprobation générale des rares survivants d'Oradour et de ses environs, suite aux "exactions" (doux euphémisme!) commises par les éléments de la
DR, mais, aussi et surtout, après l'amnistie parlementaire votée +/- en catastrophe, pour les "
Malgré-Nous" alsaciens et mosellans.
Néanmoins, il convient aussi de devoir prendre en compte les règles très stricts de la "discipline militaire", telle qu'elle était, alors, allemande, française, ou autre! Refus d'obéissance, en situation de combat, équivalait bien souvent, alors, à une exécution rapide sans procès!
En 1917, lors des "mutineries" de l'armée française, où, à leur paroxysme, elles avaient touché pas moins de 68 divisions sur les 110 qui composaient l'Armée française (!), le haut-état-major avait "réglé" le "problème", en désignant, au hasard, dans les rangs des régiments, des "exemples", expédiés devant les tribunaux militaires, jugés vite fait, sans possibilité de se "défendre". Il y avait eu, entre autres, 1 381 condamnations aux travaux forcés ou à de longues peines de prison et 554 condamnations à mort dont 49 avaient été effectives, parmi lesquelles 26 pour actes de rébellion collective commis en juin ou juillet 1917!
Pour en revenir à "39-45", aux "
Malgré-Nous" et au contexte particulier des divisions de la
Waffen-SS, j'ai eu l'occasion de fréquenter longuement et régulièrement, voire amicalement, des anciens de la
DR et de la
TK. La plupart d'entre eux avait à peine 18 ans révolus, comme ceux de la "classe 1926, quand ils avaient été appelés et incorporés d'office dans la
Waffen-SS.
Tous reconnaissaient que l'esprit de corps général qui y régnait, leur avait, alors, permis de "s'en sortir". Par contre, au niveau de l'autorité hiérarchique divisionnaire, çà ne "rigolait" pas trop! Au sein de la
TK, sur le Front Est, les "
Malgré-Nous" alsaciens avaient une formule...
jamais devant, jamais derrière!
Certes, au départ, il s'agissait d'une disposition prise par l'EM, qui se méfiait de la fiabilité de ses "Malgré-Nous " de tous crins; mais, sur le terrain, çà se résumait, le plus souvent, en première ligne, lors d'une tentative isolée de reddition aux troupes soviétiques, à se faire dézinguer d'office, déjà, par le biais des distinctives
Waffen-SS, ensuite, même en tentant d'expliquer en français, sa situation, il y avait deux autres "problèmes", un, le pioupiou russe de 1ère ligne n'entravait que pouic à la langue de "Molière", deux, à l'époque, le "
Malgré-Nous" issu des "petites cités" et du milieu rural, s'exprimait essentiellement en dialecte alsacien (avec un accent "germanique" à couper au couteau, en ayant bien souvent interrompu son cycle "scolaire" au "Certificat d'Etudes", à 12-13 ans - au cours duquel, il apprenait le français! -, pour aller bosser en apprentissage!
Quand aux lignes arrières de la
Heer, la
Feldgendarmerie y régnait en maitre en multipliant les contrôles "tatillons", y compris ceux des officiers, quand leurs documents hiérarchiques de mouvements pouvaient recéler d'éventuelles erreurs d'écriture ou de frappe!
Bref, "
devant", çà puait grave, "
derrière", ce n'était guère mieux, si on espérait pouvoir "déserter"! Cette situation avait amené, sur le Front Est, les formations allemandes, contraintes à devoir déposer les armes, à effectuer leur "reddition" à l'adversaire dans le plus grand nombre possible, afin de limiter, au maximum, les risques d'exécutions "intempestives"!

Au sein de la
DR, où il y avait, effectivement, un contingent de "
Malgré-Nous", notamment alsaciens - là-aussi, il s'agissait, majoritairement, de "gamins d'à peine 18 ans" -. On y retrouvait une situation d'esprit de corps très comparable, ainsi qu'une autorité hiérarchique, sur le terrain, tout aussi implacable.
Mon vieil ami, de nos jours décédé, y avait servi en tant que "
Grenadier", conducteur de semi-chenillé blindé
SPW. Il avait "assisté", de loin, avec son unité, aux pendaisons de Tulle, mais tandis que des éléments de l'
Aufkrärungs-Abteilung perpétraient le massacre d'Oradour, lui, avec son unité et son véhicule, progressait, sur la route, vers le Front de Normandie... où, parvenue, en l'espace de "72 heures", sa compagnie de "fusiliers-grenadiers" forte de 250 hommes, s'était retrouvée réduite à moins de 50 survivants!
Le reste du temps, il l'avait, pour l'essentiel, passé, avec ses camarades, sous la pluie de pélots alliés de tous types, planqué dans les caves de fermes normandes, à "jouer aux cartes", à y boire le cidre, le calva et se coller des diarrhées monumentales en bouffant les "pommes à cidre"

Une
Kubelwagen, un jour, avait effectué, lors d'un court arrêt des tirs alliés, un tour très rapide devant leur"refuge", en larguant, au passage, un lot de
EK2, avec leurs diplômes d'attribution (dont lui!), avant de repartir vite fait vers l'arrière! Ils s'étaient tous, alors, contentés de glisser rapidement leurs "trophées" dans leurs poches ou leurs sacs... pour en revenir à des "
choses plus sérieuses"... leur partie de cartes!
Finalement, ils s'étaient, tous, faits épingler par une patrouille de pointe britannique, alors qu'ils étaient sortis, entre deux salves de pélots, pour uriner ou baisser culotte! Les Brits les avaient remis à l'US Army et mon vieil ami avait, ainsi, passé plus de deux ans, en tant que PoW, aux States, durant lesquels il avait fini par échouer, apparemment à sa grande satisfaction, comme "
cowboy", dans un ranch texan, avant d'être renvoyé en "France", où la Gendarmerie, courant 1946, avait été amenée, alors, à discrètement les convoyer de nuit, par voie ferrée et petit paquets, vers leur Alsace natale!

Posez-vous juste une question, bêtement existentielle - si, d'aventure, vous n'avez jamais servi dans l'Armée! -, comment auriez-vous pu réagir, à "18 balais", dans de telles conditions, face à une autorité hiérarchique militaire "impitoyable" (y compris dans l'Armée Française!).
