Mais c’est un char pesant son poids. 29.36 tonnes à vide (environ 32 tonnes en fonctionnement) que le moteur Renault de 300 chevaux a bien du mal à propulser à 25 km/h au maxima. Il dispose de 4 réservoirs, un de 200 litres et deux de 100 litres lui octroyant une durée de fonctionnement maximale de 10 heures. La consommation est ainsi de 40 litres à l’heure.
Il faut savoir que le char devait être en marche pour utiliser sa tourelle disposant d'un moteur électrique, faire fonctionner sa radio ER.53 ou faire des mouvements sur place pour aligner son canon de 75 de casemate sur une cible, via un système assez compliqué, le Naëder. Celui-ci était d’un entretien scrupuleux à tenir et a donné quelques déboires aux équipages français, mais ce n’est pas l’objet de ce texte.
Initialement, le char B1 disposait d’une remorque Schneider, disposant de deux réservoirs de 400 litres (mais aussi de l’eau, de l’huile, des patins de remplacement, différentes pieces et avait la possibilité de porter jusqu’à 6 « chasseurs-graisseurs » dédiés à l’entretien du char ). Cette remorque ne fut pas utilisée sur le B1 bis avec l’apparition des TRC (tracteurs de ravitaillement de chars) et les derniers exemplaires du B1 ne disposaient même plus du crochet d’attelage.
En 1940, les B1bis étaient donc fortement dépendants des TRC pour se réapprovisionner (dotation prévue 27 par bataillon de 34 chars B). En opération de combat, l’autonomie était largement revue à la baisse passant des 10 heures de fonctionnement à environ 5 heures et 40 minutes ou environ 150 kilomètres de distance parcourue.
Il faut savoir également que le réapprovisionnement des chars via TRC ne pouvait s’effectuer qu’un par un, et par ailleurs, un TRC du type Lorraine 37L ne disposait que de citernes de 565 litres au maxima, ce qui assurait l’approvisionnement d’un char et demi.

Les retours du terrain ont vite fait prendre conscience que cette solution posait des problèmes. Certes les TRC faisaient la navette avec les camions de réapprovisionnement (3600 litres) et devaient en théorie éviter aux chars de tomber en rupture mais la consommation du B1 bis était telle que bien souvent des assauts furent suspendus, pour prendre le temps de revenir en arrière et rejoindre et ou être rejoint par un TRC pour réapprovisionner, pour repartir ensuite au combat. Si l’on compte les rendez-vous manqués, les recherches hasardeuses, le recul nécessaire, les chars perdaient alors facilement plus d’une heure rien que pour le réapprovisionnement, sans compter les temps de trajet.
Car il y avait également le trajet à prévoir. Pour de longues distances, il était exclu d’utiliser la route et les chars se déplaçaient par voie ferrée, cela économisait la mécanique et autorisait de longues distances à parcourir, pour peu que les voies soient en état et que des wagons spéciaux soient disponibles. Mais à proximité de l’ennemi ou si les voies ferrées et ouvrages avaient été détruits, les chars devaient se déplacer par leurs propres moyens. Bien souvent ce sont donc plusieurs dizaines de kilomètres ainsi parcourus avant de rencontrer l’ennemi, avec alors une consommation constante de carburant puisque toutes les opérations nécessitaient que le moteur soit en fonctionnement. D’un peu moins de 6 heures, la durée de fonctionnement au contact de l’ennemi se trouvait vite réduite (et il fallait conserver de quoi faire machine arrière pour aller à la rencontre des TRC) et il n’est pas rare qu’au bout d’une heure d’engagement les chars devaient reculer, avec les soucis que nous avons vus plus haut.
En mai 1940, on se demanda alors si une solution alternative était possible. Il était trop tard pour demander aux industriels de procéder à des changements internes, afin d’augmenter la capacité des réservoirs donc on a réfléchi à une solution provisoire.
Si l’on se réfère au plan interne du char, on peut constater qu’il existe un couloir de maintenance situé sur l’arrière droit du char, situé entre le moteur et le réservoir de 200 litres et séparé du compartiment de combat par une porte. On imagine alors d’y placer quatre bidons de 50 litres et une pompe à main, octroyant ainsi un stockage supplémentaire de 200 litres. L’estimation faite, on passe alors de 5h et 40 minutes de fonctionnement à 9h et 15 minutes. L’idée est ainsi de faire l’approche avec le plein du char (en utilisant le réservoir principal et/ou le réservoir auxiliaire droit), s’arrêter à proximité des combats pour transférer le carburant des bidons au réservoir, et pouvoir ainsi commencer les combats avec le plein. Une note explicative datée du 6 juin 1940 (SHD GR 9 N 158) détaille comment installer l’équipement (joints, cales, corde, fil de fer, feuille de carton amianté) et comment procéder en toute sécurité au transvasement. Une fois vidés, les bidons peuvent alors être évacués par la porte latérale ou par la porte inférieure, laissant ainsi le couloir de maintenance accessible.

Le 6 juin 1940, la situation est tragique, Fall Rot a débuté sur la Somme, et on voit mal cette note être utilisée au feu dans de telles circonstances. Il fallait s’assurer au préalable que l’on ne risque pas tout simplement d’incendier les chars en effectuant ces manipulations car la théorie c’est bien, mais transvaser du carburant dans un habitacle chauffé par un moteur ..
Et bien, il est possible que l’on ait tout de même procédé à des essais, mais loin du front…
En 1940, la production de B1 bis avait été (re)lancée sur le site des FCM Marseille et cette usine sortira quelques exemplaires avant la fin des combats. Leur avait été attribué une tranche de 15 chars numérotés de 500 à 515 et une seconde série de 40 chars avec des numéros allant de 876 à 915. Dans la pratique on suppose qu’outre la première série, ils n’en ont réalisé que trois de la seconde, les numéros 876, 877 et 878, que l’on imagine avoir été affectés à la compagnie de marche du 10e BCC, qui finira enfermée dans une carrière des Baux de Provence (le 878 est certain, voir l’article dans GBM numéro 150).
Ainsi qu’indiqué dans l’article en encart, il est signalé par FCM qu’il reste dans leurs entrepôts en 1943 , deux chars complétement terminés et sept chars sur les chaines de montage.
Le directeur des FCM est bien aimable de fournir ces informations aux autorités allemandes, mais en fait Marseille est sous la coupe des autorités italiennes depuis l’armistice et ceux-ci sont parfaitement au courant de la présence de ces chars, ayant procédé à une inspection très détaillée des locaux des FCM. Les Italiens ont rendu compte de cette information (voir GBM n°151, une note du 16 septembre 1940 de la commission d’armistice Italienne) et les autorités allemandes n’ignoraient pas la présence des blindés, ce qui est confirmé par leurs propres documents de la commission d’armistice. Leur devenir est incertain, on suppose qu’ils auront été récupérés par l’une ou l’autre des armées, mais en fait, intéressons-nous plutôt aux deux chars complets.
En toute logique, lorsque des chars provenant de deux sources différentes que sont les FCM (Marseille) et FAMH (Saint-Chamond) sont réunis pour organiser la compagnie de marche du 10e BCC, il est raisonnable de penser que tout ce qui roulait avait été réquisitionné, puisqu’on trouvera dans cette compagnie des chars sans tourelle, donc non terminés.

On aurait pu ainsi imaginer que les deux chars terminés, qui ont été identifiés par les Italiens, ont été finalisés après la formation de la compagnie.
Il semble que pour l’un d’entre eux, ce fut légèrement différent, et cela fait lien avec la partie initiale de ce texte.
Une note du 28 mai 1940 ( SHD GR 9 NN 12) provenant de la direction des fabrications mécaniques du ministère de l’armement indique spécifiquement qu’un char terminé des FCM Marseille doit être conservé provisoirement à disposition de cette firme pour étudier l’augmentation de rayon d’action du char par le placement d’un réservoir supplémentaire. La note conclue à l’attention de la 22e section que l’expédition de ce char est donc différée.
Un autre document trouvé dans les archives allemandes précisait pour sa part qu’il existait à Marseille 1 char terminé et équipé, 1 char sur le point de l’être et 7 chars en cours de montage.
S’il n’est pas certain que la solution d’employer des bidons de 50 litres soit effectivement la mission qu’avait les FCM, cela explique tout du moins pourquoi un char terminé se trouvait dans les établissements de Marseille et ce, au moment même ou l’on organisait la formation de la compagnie de marche du 10e BCC. Quel était son numéro et était-il réellement opérationnel, à cette heure nous ne disposons pas de cette information.
Je tiens à remercier « Elan Vital » (Bougnas sur le forum ATF40) qui partage les archives militaires du SHD qu’il va photographier, sans qui je n’aurais jamais eu accès aux deux notes dont je parle un peu plus haut. Ci-dessous les deux adresses de partage qu'il propose:
https://drive.google.com/drive/folders/ ... 3Sjz_HPZBo
https://drive.google.com/drive/folders/ ... kGAtQVc2Ns
Alain

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Avec la mise en service de "l'injection directe" - mécanique, au départ, puis "électronique" -, il y avait eu la mise en place nécessaire de deux "nouvelles' techniques, à savoir la pompe électrique d'alimentation en carburant et l'allumage "électronique", qui avait remplacé les "vieux" Delco, à vis platinées, qu'il fallait régulièrement recaler et, aussi, remplacer leurs platines de contact!
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