Les évènements des jours suivants qui, si je ne fais pas d’erreur, ont été désignés sous le nom de premier Haltbefehl, correspondent plutôt à un recadrage du plan. En effet, cela part dans tous les sens…
Le 15 mai, Halder note que le HGr A, contrairement aux ordres, veut insérer la 2ème armée entre la 12ème et la 16ème. Il désapprouve. Rundstedt déclare qu’il n’acceptera pas la responsabilité si la 12ème armée reçoit l’ordre de marcher vers le sud après avoir été dirigée vers l’ouest. Un chaos sans espoir en résulterait. Brauchitsch approuve le point de vue de Rundstedt.
De son côté, le HGHr B boude à nouveau : il n’a pas été mentionné (ou à peine) dans les ordres du 14.
Le 16 mai, Jodl note que le Führer insiste pour que toutes les unités blindées et motorisées du HGr B soient transférées au HGr A et que de fortes réserves soient constituées derrière les 4ème et 12ème armées. L’OKH donne des ordres en ce sens.
Halder note de son côté que les Français amènent des renforts des secteurs de Dijon et Belfort vers le flanc gauche de la percée (trois corps). Les troupes menaçant le flanc droit ont été arrêtées. La grande réserve générale n’a pas été activée. Il n’y a aucune indication qu’elle le soit. Les nouvelle réserves sont extraites des troupes du GA 2. Cependant, des troupes arrivent face à la percée par Laon et St Quentin, qui proviennent sans doute de la réserve générale.
Keitel est obligé de rendre visite à Bock pour lui faire accepter de libérer ses unités rapides pour le HGr A.
Le 17 mai, journal de Halder : la situation générale a atteint un stade où nous pouvons désormais nous concentrer sur la poursuite de nos opérations en direction du sud-ouest. Halder imagine une nouvelle orientation pour l'opération :
- la réduction des 1ère et 7ème armées française et du BEF peut être laissée au HGr B qui prendrait le contrôle de la 4ème armée.
- la poursuite de l'offensive vers le sud-ouest est conditionnée par le fait que le HGr A ne mobilise aucune de ses forces sur le flanc sud, mais continue de progresser vers l'ouest en formation en échelon. Cela ne présente aucun risque, car l'ennemi est actuellement trop faible pour attaquer.
- l'effort principal de l'offensive vers le sud-ouest devra être dirigé vers Compiègne, la possibilité de faire pivoter ensuite l'aile droite vers le sud-est, au-delà de Paris, restant ouverte.
- une décision cruciale doit être prise dès maintenant !
À 11h30 il discute avec le HGr A (Sodenstern) : pas d’arrêt sur l’Oise, pousser en direction de Valenciennes - Cambrai - St Quentin. Saisir les passages sur le canal. Sécuriser le flanc sud avec juste des forces échelonnées.
À 11h50 avec le HGr B : transférer le XVI AK (3. et 4.Pzd, 20.ID(mot) à la 4ème armée par Mons.
À midi, réunion avec Hitler et Brauchitsch. Il note : « apparemment peu de compréhension mutuelle. Le Führer insiste sur le fait que la menace principale est au sud (je ne vois aucune menace actuellement). Pour cette raison, les ID doivent être avancées au plus tôt pour la protection du flanc sud. Les Pzd à elles seules devraient suffire à étendre la percée en direction nord-ouest.
Brauchitsch discute avec Rundstedt, que le Führer veut rencontrer l’après-midi, et ils se mettent d’accord pour arrêter trois AK face au sud-ouest. »
À 14h40 il transmet l'ordre de transfert du XVI AK par télétype.
À 20h05 coup de fil de Bock : une conférence téléphonique entre Keitel et Reichenau (6ème armée) a causé une certaine confusion. Keitel a déclaré que le Führer n'avait pas l'intention d'engager le XVI AK. Reichenau a l’ordre de l’OKH lui prescrivant de rejoindre avec son corps la 4ème armée par Mons, ce qui ne peut se faire qu’en attaquant. Aussi il ne sait pas quoi faire. La réponse arrive à 21h00 : stopper le XVI AK et lui faire rejoindre la 4ème armée par la route la plus directe, en direction de Beaumont (par l'arrière du front).
À 22h00, coup de téléphone à Rundstedt : prendre Le Cateau - St Quentin avec de forts groupes de combat avancés. Protéger le flanc gauche.
Halder conclut : « journée déplaisante. Le Führer est terriblement nerveux. Effrayé par son propre succès, il craint de prendre le moindre risque et préfère donc nous tenir la main. Il prétend que tout cela est dû à son inquiétude concernant le flanc gauche ! Les appels téléphoniques de Keitel aux HGr au nom du Führer, et la visite personnelle de ce dernier à l'HGr A, n'ont suscité que perplexité et doutes. »
18 mai :
Halder signale de nombreux mouvements chez l’adversaire mais aucune concentration ennemi prélude à une contre-attaque n’y est discernable. « Les réserves françaises du GHQ n'ont été engagées qu'à petite échelle jusqu'à présent. ». Il déduit du fait que les alliés évacuent la Belgique par degrés et qu’ils cherchent à improviser un front pour bloquer la percée allemande la justesse de ses vues de la veille, à savoir que l’opération doit être orientée immédiatement vers le sud-ouest, avec un effort principal au sud de la Somme. « Chaque heure est précieuse ». Il poursuit : « le QG du Führer voit les choses différemment. Le Führer, inexplicablement, ne cesse de s'inquiéter du flanc sud. Il s'emporte et hurle que nous sommes en train de ruiner toute la campagne et que nous courons à la défaite. Il refuse catégoriquement de poursuivre l'opération vers l'ouest, et encore moins vers le sud-ouest, et s'obstine à vouloir lancer une offensive vers le nord-ouest. Cela fait l’objet d’une des discussions les plus déplaisantes au QG du Führer entre le Führer d’un côté, et Brauchitsch et moi de l’autre (10h00). »
Brauchitsch et Halder reçoivent ensuite une directive, qui doit porter le numéro 12. L’OKH transmet alors les décisions de Hitler aux HGr A et B : orienter les divisions de pointe vers le sud-ouest pour protéger le flanc sud tout en maintenant l'essentiel des forces motorisées en préparation d'une offensive vers l’ouest.
Les renseignements indiquent que l’ennemi se retire de Belgique et qu’il veut établir un front sur la ligne Valencienne - Cambrai - St Quentin - La Fère (c’est à peu près la ligne nord-sud qui relie les pointes ouest du groupe K et des 2ème et 12ème d’armées sur la carte du post 191, remise ici par commodité.) En conséquence, l’ordre est donné à 15h30 aux blindés d’avancer sur la ligne Cambrai - St Quentin et de sécuriser le flanc sud. Des éléments avancés doivent prendre Ham (au SO de St Quentin) et Péronne. Un minimum de forces contre Maubeuge et Valenciennes.

La direction générale de l'opération passe de fait du nord-ouest (St Omer) à l’ouest (Abbeville).
Dans l’après-midi, Anvers et Bruxelles sont aux mains allemandes, le front sud du Hgr A commence à être consolidé et les panzer sont en ligne prêts à attaquer.
À 18h00, Halder présente la situation à Hitler et demande la permission de lancer les blindés, ce qui est accordé. Il conclut qu’ainsi, on fait finalement ce qu’il fallait faire, mais dans une mauvaise ambiance et sous une forme calculée pour faire croire de l’extérieur à un plan conçu par l’OKW.
De son côté, Jodl note :
18 mai : journée de grande tension. Le Haut Commandement de l'Armée a manqué à son devoir de mettre en œuvre avec la plus grande célérité l'intention de renforcer le flanc sud. Les divisions d'infanterie ont continué leur progression vers l'ouest au lieu de se déployer vers le sud-ouest. De ce fait, la 10e Division Blindée et les 2e et 29e Divisions Motorisées sont toujours immobilisées pour protéger le flanc.
Le Commandant en chef de l'Armée et le Général Halder ont été immédiatement convoqués et ont reçu l'ordre formel de prendre les mesures nécessaires sans délai.
Le chef du haut commandement des forces armées se rend immédiatement par avion auprès du général Rundstedt à Bastogne.
Je donne un ordre complémentaire à la directive précédente. Il ordonne à la 1re division de montagne et aux éléments arrière de la 4e armée de se diriger vers le sud et le sud-est en vue d'une attaque.
Pour Jodl, l'intervention de l'OKW avait pour but de libérer les troupes blindées et motorisées, plutôt que de les brider.
J'ai trouvé dans un recueil de directives un texte allemand, soit-disant de la directive n°12, qui présente en fait un ordre de l'OKH. En voici une traduction :
Directive n° 12 pour la conduite de la guerre
Télégramme de l'OKH : Directive du 18 mai 1940, 20h48…
1) L'OKH entend reprendre l'attaque le 19 mai dès que possible, afin de détruire les forces ennemies au nord de la Somme et dans le secteur belge.
2) Le Groupe d'armées A, avec ses unités rapides, sécurisera d'abord la zone d'Arras de manière à pouvoir poursuivre l'attaque globalement vers le nord ou l'ouest. Le flanc gauche de l'attaque sera couvert le long de la Somme.
Des têtes de pont seront établies à Ham et à Péronne. Les divisions d'infanterie non requises dans la zone de la 2e armée seront déployées derrière les unités rapide. Les unités avancées par le Groupe d'Armées B (I.A.K. et XVL A.K. Gen. Kdo. XXXIX., 9e Panzerdivision, SS V Division Leibstandarte) sont subordonnées au Groupe d'Armées A après le franchissement de la ligne Meuse-Sambre. L'heure du début de l'attaque doit être communiquée. L'importance du rôle de couverture de la 12e Armée est particulièrement soulignée.
3) Le Groupe d'Armées B poursuit son attaque, en se concentrant sur le flanc gauche.
4) La ligne de séparation entre les Groupes d'Armées est prolongée de Saint-Amand à Seclin (localités appartenant au Groupe d'Armées A).
5) L'Armée de l'Air est chargée d'appuyer l'attaque des forces rapides dans la zone située entre la frontière française et la Somme et de protéger le flanc gauche le long des rivières Aisne et Somme.
OKH, État-major général de l'Armée, Département des opérations (Ia) n° 20112/40 g.Kdos.