Elan Vital a écrit:Dog Red a écrit:Ce serait donc plus dans la conception de chars, plutôt que dans la doctrine, que les Anglais pécheraient ?
Ça me rappelle un commentaire au musée des blindés de Saumur, il y a longtemps: "Citez moi un bon char anglais!"
Les torts sont partagés, mais je pense que pendant la guerre ce sont plus "les décideurs" (officiers ou politiques) qui pèchent. Comment expliquer autrement qu'on s'intéresse plus en 1938 à rajouter des tourelles de mitrailleuses qu'à utiliser le budget de poids supplémentaire pour l'armement ou le blindage?
De même, le besoin d'un canon plus puissant que le 2 pounder aurait dû se faire sentir dès le début du développement de chars avec 60 à 75mm de blindage conçus expressément contre ce canon. Pourtant, il faut attendre un changement de directeur de l'artillerie (par le même EMC Clarke qui s'intéressait au blindage) pour que le développement du 6 pounder commence, hélas avec des moyens trop limités pour aller rapidement. Les rapports de commissions parlementaires de l'époque et les discussions autour du char TOG semblent également indiquer que le montage du 6 pounder sur un char n'est considéré que tardivement par les officiers, alors que le directeur du bureau d'étude du TOG souhaite pousser au maximum l'armement de son char.
Tes explications sont "correctes", sauf qu'il s'agit, là, de constats établies post-conflit.

De manière générale, en 1936-1940, le poids des chars était limité à "20 tonnes", ne serait-ce que par la capacité moyenne de charge supportée par l'essentiel des ponts européens - le char français B1 bis posait, ainsi, problème avec ses "32 tonnes"! -. de même, la largeur des chars était, également, limitée par le gabarit des wagons-plateaux des réseaux ferrés, afin de ne pas interdire le croisement de deux convois.
En 1939-1940, les pièces antichars, dont le calibre variait entre 25 mm et 47 mm, étaient globalement adaptées, à la fois, à l'épaisseur des blindages, alors, en service, et aux distances d'engagement en Europe Occidentale, où elles ne dépassaient que très rarement 800 m - à la louche, les 1000 yards britiches -.
Ce contexte avait été "bouleversifié" par les premiers combats, fin 1940, dans le désert libyen, où, en plus, le char rapide, type "Cruiser", était avantagé, par sa mobilité et sa vitesse, par rapport au "char d'infanterie". Cà avait sérieusement commencé à "tousser", quand les premières troupes allemandes avaient débarqué, puis engagé leurs canon antichars tractés de 5 cm et 60 calibres... dont les premiers exemplaires, conçus par Rheinmetall-Borsig, roupillaient aimablement depuis "1938". Leurs tous premiers essais "réels" sur chars ennemis n'avaient été menés sur les abords et la plage de Dunkerque, qu'en juin 1940, où il y avait largement de quoi à se faire la main!
Ensuite, côté allemand, avec le déclenchement de l'invasion de l''Union Soviétiqu, en juin 1941, le problème du poids des Panzerounets était devenu "secondaire", car, un le réseau carrossable russe se résumait à une unique route goudronnée (Minsk-Moscou), deux, les rares ponts existants supportaient tout juste, en fermant les yeux (!), 20 tonnes! De surcroit, l'Armée Rouge s'était avérée redoutable dans l'emploi "généralisé" de son artillerie de campagne, dès qu'elle apercevait la moindre silhouette de char ennemi!

Par exemple, ses célèbres canons de 76,2 mm Modèle 36 n'étaient pas vraiment des "pièces à vocation antichar", mais de "bêtes" armes attribuées à "l'artillerie divisionnaire" -; on avait d'ailleurs vu apparaitre quelques unes d'entre elles, fin 1941, en Libye, alors que les allemands s'efforçaient de mettre les bouchées doubles, pour mettre au point, dans l'urgence, le
7,5 cm Pak 40 de 43 calibres, et le très efficace
7,5 cm Pak 41, conçu par Krupp, sauf que ce dernier avait le défaut de n'utiliser que des munitions à âme conique, qui, vu son concept, bouffaient allègrement son âme en moins de "400 coups"!
Dès lors, quelque était le camp - allemand, américain, anglais, russe -, à dater de l'automne 1941, on avait conçu et développé les chars en fonction de l'expérience acquise et des "besoins du terrain". Dans ce domaine, les Allemands, qui n'avaient pas prévu un conflit ouvert de longue durée, avaient été d'une "nullité crasse", car il n'y avait rien dans leur parc de prototypes qui ressemblait de près ou de loin au
Tiger I ou au
Panther! Deux "projets" mis au point à la va-vite, tandis que la tourelle du
Panzer III refusait obstinément d'intégrer le
7,5 cm KwK 40 de 43 calibres, même après le raccourcissement de sa culasse (!) et qu'il avait, dès lors, fallu se rabattre, toujours dans l'urgence (!) sur le
Panzer IV, qui , lui, avait été conçu, dès 1936, en tant que char d'appui-feu d'infanterie.
Le
Panzer IV était, lui-même, resté en service, jusqu'à ce qua la production du
Panther puisse le remplacer... sauf que ce n'était jamais arrivé, la
Panzerwaffe n'étant parvenue à constituer, en gros, qu'un unique bataillon (
Abteilung) dont l'effectif, entre temps, avait, lui-même, été ramené de 22 à 17 exemplaires par compagnie, par
Panzer-Regiment! Du coup, le
Panzer IV, avec toutes ses faiblesses techniques, conséquences de sa période de conception, était resté en service jusqu'à la fin du conflit et avait même été aligné, jusqu'en octobre 1973, sur le Plateau du Golan, par l'armée syrienne!... je crois me souvenir que ce lot de
Panzer IV avait été revendu d'occase par la France!
Chez les "Brits", le Matilda II, puis le Churchill avaient, tous deux, été considérés comme des adversaires "coriaces" par les Allemands.
