Je ne suis guère compétent en ce qui concerne la "doctrine" et la "stratégie". Il me parait plus simple de tenter de faire le point sur le "char d'assaut" depuis ses origines, durant la
Der des Ders.
A quelques mois près, Anglais et Français avaient innové dans un axe très similaire, la mise au point d'un "
char d'assaut", destiné à rompre les défenses adverses ( la rupture), alors que le conflit s'était enterré depuis début 1915 et que les assauts de l'infanterie, même après le travail préparatoire de l'artillerie, se retrouvaient le plus souvent bloqués par le dispositif défensif adverse; quand on parvenait à progresser de quelques centaines de mètres, avec de lourdes pertes humaines (!), c'est tout juste si on ne faisait pas péter le champagne dans l'état-major français pour fêter cette "progression". le paroxisme de l'offensive ratée et coûteuse ayant très probablement été "l'offensive Nivelle", en avril 1917!
Le "char d'assaut", grâce à son blindage, avait permis de pouvoir engager, au plus près, les lignes de défenses ennemies, et les dézinguer à l'aide de leurs canons et mitrailleuses . Les brits avaient ainsi conçu des chars "mâles" armés de canons (au mieux des "obusiers") et des chars "femelles", équipés de mitrailleuses; ils avaient aussi mis au point un char léger, le Whippet, armé d'une unique mitrailleuse, mais la "révolution" dans ce domaine était venue des Français avec le char Renault FT, le tout premier avoir été équipé d'une tourelle pivotante, armée soit d'un "canon court" de 37 mm, soit d'une mitrailleuse - on retrouve le concept "mâle-femelle" britannique -, après la mise en service des chars Schneider et Saint-Chamond, dotés, certes, d'un armement puissant, mais "handicapés" par la "médiocrité" de leurs performances en tous-terrains.
Côté allemand et autrichien, rien à opposer, sauf une poignée de
Panzer A7V, mis en service beaucoup trop tard et une ou deux "formations", équipées de Mark "machins" britanniques, capturés et souvent retapés. Par contre les "Teutons", dans leur coin, avaient bien progressé dans le domaine de la défense antichar (fusils antichars Mauser, munitions perforantes pour les mitrailleuses, etc.).
Arrive l'Armistice de novembre 1918, puis le Traité de Versailles, en 1919, qui avait interdit à l'Allemagne toute production de "chars d'assaut", de sous-marins et d'aviation de guerre! Après le conflit, les Brits et les Français s'étaient retrouvés à devoir gérer un très important parc de "chars" désormais sans grande utilité! En parallèle, était apparue un conflit inter-armes, car les chars d'assaut de "14-18" étaient, tous, des "chars d'infanterie", conçus pour appuyer l'infanterie, d'où, entre autres, leur faible vitesse de progression, calquée sur celle de l'infanterie piétonne... sauf que la "Cavalerie", fort légitimement, avait, de son côté, réclamé sa propre génération de chars, eux, conçues pour l'exploration, donc, en principe, plus rapides, moins lourds et, par voie de conséquence, moins blindés!
En gros, entre 1919 et la toute fin de la décennie 1920, on avait bien conçu quelques nouveaux modèles, mais, pour l'essentiel, ils avaient, tous, fini en "quenouille", car il fallait, en parallèle, se cogner le coût d'entretien d'un monumental parc "obsolète". Si on fait un tour du côté du "Vaincu", il n'avait pas ces problèmes d'entretien d'un parc nombreux; de surcroit, entre 1928 et 1933, il avait bénéficier de la complicité soviétique, pour mettre au point ses premiers "
Panzerounets", sauf que, pour diverses raisons, il ne disposait pas de l'outil industriel militaire nécessaire pour en lancer la production.
Là, on en arrive à la première moitié de la décennie "1930", où les parcs de chars britanniques et français affichaient, alors, +/- 15 ans d'âge (!). Dès lors, il avait fallu prévoir son remplacement, mais, que soit côté "Brit" ou "Français" , on s'était retrouvé "coincé" entre les besoins réclamés par l'Infanterie et ceux exigés par la Cavalerie! Je vais volontairement simplifier à l'excès, mais, en gros, la Cavalerie française s'était vu attribuer un excellent char, le Somua S-35, tandis que les autres productions, Renault & Hotchkiss R/H-35, B1, B1 bis et, même, les chars D, étaient, au mieux, pour les derniers cités, des chars d'infanterie, certes lourdement blindés (pour l'époque), disposant de performances de vitesse "un poil supérieur" (23 km/h sur route carrossable, pour les chars D2, ce qui n'allait pas péter bien loin!)
Dans leur coin, les Brits avaient décidé de construire deux "gammes distinctes", les "
tanks cruisers", destinés à sa cavalerie, et les chars d'infanterie, Matilda I - qui ne servait à grand-chose, avec sa malheureuse mitrailleuse en tourelle! -, Matilda II, globalement une "réussite", puis le Churchill, sauf que ces deux "
tanks" ayant, tous deux, été conçus en tant que char d'infanterie, étaient handicapés pour leur vitesse de progression sur chemin carrossable... même si les règles de progression "en convoi" limitent le plus souvent la vitesse à 20/25 km/h!
Revenons, maintenant, aux Allemands, qui, en gros, en 1933, après l'avènement de "Dodolf", étaient partis "zéro" pour mettre sur pied son arme blindée, la
Panzerwaffe! Déjà, ils avaient constitué un corps spécialisé, les
Schnelletruppen, qui englobait "large", à savoir les formations de reconnaissance,
Aufklärungs-Schwadron ou
Abteilung, aussi bien, motorisées que cyclistes ou hippomobiles, celles de
Panzer et les unités antichars (
Panzerjäger). En gros, entre 1934 et 1936, ils s'étaient constitués une "flotte" de "
trottinettes blindées",
Panzer I et
Panzer II, armées pour les premiers d'une malheureuse doublette de
MG 7,92 mm, pour les seconds, d'un canon de
2 cm, complété par une
MG coaxiale! Par contre, son haut état-major, lui-même, "ancien" de "14-18", avait tablé sur sa vitesse - les
Panzer I &
II pouvant se déplacer à 50 km/h - et leur tactique d'emploi... en gros, l'encerclement, puis l'isolement de la formation ennemie, son "traitement final" étant, dès lors, confié à l
'Infanterie!
Les allemands avaient mis un temps fou avant de finir par se décider sur le choix du train de roulement du
Panzer III! En septembre 1939, durant la Campagne de Pologne, ils n'avaient engagé que 85
Panzer III, de modèles différents (!), mais, par contre, 162
Panzer IV! La "Drôle de Guerre" leur avait permis d'accélérer la cadence de production du
Panzer III, tout en limitant celle du
Panzer IV.
Il convient de ne jamais oublier que, dans l'optique allemande, le
Panzer III était censé constituer le "corps de bataille blindé", tandis que le
Panzer IV, lui, était essentiellement destiné à assurer l'appui-feu de l'infanterie motorisée des
Panzer-Divisionen. Sauf que, fin 1941, les dimensions de sa tourelle s'étaient avérées être les seules compatibles, à l'installation "avec les pieds!", du canon de
7,5 cm KwK 40 de 43 calibres, dérivé de la pièce antichar tractée,
7,5 cm Pak 40 L/46; pour parvenir à l'intégrer dans la tourelle, il avait fallu raccourcir sa chambre de culasse et produire des douilles spécifiques de forme tronconique, pour y loger les charges propulsives, un peu moins performantes que celles utilisées avec le
7,5 cm Pak 40 tracté! En avril 1943, la pièce de 43 calibres avait été remplacée par celle de 48 calibres (à pas fixe!), qui était déjà en service, à bord des
StuG III , depuis juin 1942!
D'une certaine manière, on s'était retrouvé confronté à des solutions d'urgence, le canon de 7,5 cm "long" refusant d'être intégré dans la tourelle du
Panzer III - où, à dater de l'été 1942, on avait installé le 7,5 cm de 24 calibres, qui armait prédemment le Panzer IV, pour en faire un char d'appui-feu! Certes, on avait bien intégré un canon de 5 cm et 60 calibres dans la tourelle du
Panzer III, mais ses performances à longue portée, dans la plaine russe, étaient insuffisantes!
Au final, on se retrouve avec des "solutions d'urgence", imposées par les situations de combat:
Dog Red a écrit...
L'évolution du Pz.IV que tu évoques est progressive en 1942, en réponse notamment au T-34 (les Allemands aussi sont obligés de concevoir en réponse au(x) char(s) adverse(s).
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Dès le départ, en dehors de son blindage incliné performant, les toutes premières séries de T-34 " Modèle 1940" intégraient déjà un canon de 7,62 mm d'une quarantaine de calibres, mais, avant même, l'invasion de juin 1941, les chefs de peloton de T-34 percevaient déjà des chars armés d'un 7,62 mm de 42 calibres (!), dont la distribution s'était généralisée dès l'été 1941! Les soviétiques avaient, néanmoins, été handicapés par des optiques de visée de médiocre qualité et des munitions antichars moins performantes! En plus, les chars russes - à l'instar des chars français! - souffraient, tous, d'une manque d'opérateurs en tourelle!
En tentant de faire le point sur les différents développements nationaux, entre 1935 et 1942, force est de constater qu'il s'agissait, une fois entré en guerre, le plus souvent et au mieux de solutions d'urgences, adoptées suite à l'expérience "terrain".
Sinon dans le domaine de la pièce antichar tractée, les Brits n'avaient guère fait preuve d'innovations. Certes, ils avaient, à dater de l'été 1942, mis en service leur redoutable "
17 livres", sauf que cette aimable "bestiole" affichait près de 4 tonnes sur la balance! A peu de choses près, le même poids que la pièce antichar allemande de 8,8 cm et 71 calibres! Dans leur cas, ces pièces antichars, en raison de leur poids, ne pouvaient pas "évacuer" leur position, sans le recours d'un tracteur! Constat qui avait amené, dans l'immédiat après-guerre, les armées occidentales- sauf l'Armée Rouge! - à devoir abandonner la solution des pièces antichars tractés
Sinon, l'armée britannique, durant la WW2, s'était aussi aimablement mélangée les crayons entre les "
chars d'infanterie" et les "
tanks cruisers".
Selon moi, mais je peux me planter, seule, l'US Army, qui avait bénéficié d'un sursis de "deux ans", avait eu le temps pour exploiter les expériences des différents belligérants, même si ses productions de
M3 "Lee" et de
M4 Sherman avaient été des plus "perfectibles".