On ne va pas se bagarrer sur la réalité des chiffres, selon leurs sources, près de 80 ans plus tard.
Déjà, je mets en ligne, ci-après, les Schematische Kriegsgliederungen, établis par décade par le General Stab des Heeres, à la date du 1er janvier 1945 et du 21 janvier 1945, sachant que celle établie en date du 11 janvier 1945 brille par son absence.
Remarque 1 : Ces tableaux d'inventaire, qui ne descendaient pas en dessous de la "division de tout type", précisaient, précédemment, "Teil", pour indiquer une partie détachée d'une division, et "Maß" pour sa partie principale; au fil des affrontements, on constate, bien souvent, fin 1944 et en 1945, une subtilité de langage militaire, qui indiquait "pudiquement" "Rest", en gros, ce qui restait de la formation, en l'occurrence, la division.
Remarque 2 : Cette "énumération" de divisions permettait, également, de glisser sous le tapis les pertes qu'elles avaient enregistrées au combat, même si çà ne trompait personne! En gros, tant que le Stab, l'état-major, était, lui-même, opérationnel et qu'il avait encore le contrôle des forces qu'il lui restait, la division était considérée, sur le papier, comme étant "opérationnelle"; mais, quasiment au "quotidien", le General Stab des Heeres, réceptionnait l'état de situation réelle des formations au combat. Cà sentait vraiment (très) mauvais quand il se passait plus de 72 heures sans nouvelle!
Lesdits tableaux...
Au 01.01.1945

Au 21.01.1945

... Que constate-t-on ? Les forces engagées, exprimées en "divisions", n'ont quasiment pas bougé d'un poil. Sur le Front Est, le 1er janvier, 136 + 5/2 divisions, le 21 janvier, 136 + 5/2 divisions; compte-tenu de l'offensive soviétique déclenchée le 12 ou 13 janvier 1945, il est plus que certain que la Heer avait enregistré de lourdes pertes, ce qui ni Roger, ni moi ne contestons.
Il s'agit, là, d'une situation militaire existante incontestable. Par contre, sans chercher à chipoter, il a, également, existé une autre réalité. Les contraintes de recrutement, au sein d'une Allemagne "rincée", de même que les exigences d'armement des formations constituées avaient obligé la Wehrmacht, de manière générale, et la Heer, en particulier, à très sérieusement réviser, fin 1944, les effectifs et dotations théoriques depuis la compagnie jusqu'à la division, en passant par les bataillons, Abteilungen, régiments!
L'ordre de bataille et l'effectif, en date 20.05.1944, d'une division d'Infanterie allemande Typ 1944, c'était çà...


Il convient d'appeler un chat, un chat, même, aux beaux temps de l'armée allemande, les dotations théoriques n'avaient été que rarement atteintes. Fin 1944, à l'instar des Panzer-Divisionen, évoquées dans un post précédent, les Infanterie-Divisionen avaient eu droit à une réduction d'effectifs (et d'armements) équivalente... avec une limite numérique, celle fixée à l'effectif d'une Jäger-Division, de l'ordre de +/- 9500 hommes, afin de leur conserver une puissance militaire suffisante! Il s'agit, d'ailleurs, de l'effectif théorique qui avait été "fixé" pour les Volks-Grenadier-Divisionen, à l'été 1944!
Certes, on pourrait y voir, comme certains, une volonté "assumée" de réduire l'effectif divisionnaire afin d'améliorer sa synergie opérationnelle sur le terrain, mais ce n'est, là, que du "pur pipeau", car, historiquement, l'armée allemande avait largement initié et mis au point, le fonctionnement par Kampfgruppe, aux effectifs et organisations plus moins importantes et puissantes en fonction de la situation à traiter.
Effectivement, en 1939-1940, les Panzer-Divisionen, avec leurs importantes et nombreuses Panzer-Brigaden, s'étaient avérées être très compliquées à gérer, notamment, sur le plan logistique ( pièces détachées, entretien, ravitaillement en munitions, etc.), mais, dès 1941, le problème avait été partiellement "réglé", tandis que, dès le printemps 1942, le "big problem" était devenu celui de compléter les parcs de la Panzerwaffe! On pourrait d'ailleurs écrire un bouquin - de mon côté, c'est fait!
- sur les problèmes incessants et permanents rencontrés par la Heer pour tenter de maintenir ses effectifs de Panzerounets et autres! En gros, "l'ultime illusion" avait été l'Unternehmen Zitadelle en juillet 1943!Pour en revenir à "notre" sujet...
En janvier 1945, l'essentiel des effectifs des formations divisionnaires allemandes avait été drastiquement revu à la baisse (cf. mes "explications" partielles, au post N°285.
Néanmoins, restons dans "l'illusion" des forces en présence exprimées en "nombre de divisions"...
Au 1er janvier 1945, la Heer alignait, à l'Est, sur l'ensemble du front, "137" divisions; en picorant, à gauche et à droite, sur le Oueb, on trouve sur Wiki, que, à la même date, l'Armée Rouge, de son côté, déployait, face à l'armée allemande, "6 289 000 hommes, répartis dans 488 divisions d'infanterie et 35 corps blindés de plus de 15 000 chars et canons automoteurs".
A la même époque, la Wehrmacht, dans son ensemble, après les pertes enregistrées à l'Ouest et à l'Est, alignait péniblement 3,8 millions de combattants (y compris les pieds-plats, les vieilleries et les recrues inexpérimentées et instruites à la va-vite), répartis sur ses quatre fronts (Est, Ouest, Sud-Ouest (Italie), Sud-Est (Balkans).
Sans chercher à défendre qui que soit, notamment l'armée allemande, elle-même, assujettie au système politique mortifère du III. Reich, le rapport de forces sur le Front Est, dès janvier 1945, était très largement supérieur à 3:1 - je reste des plus raisonnables! - en faveur de l'Armée Rouge, numériquement, en termes de "pinpins" et bien plus en termes de blindés et de pièces d'artilleries! J'ai eu indiqué, à la louche, je ne sais plus dans quel post
, l'importance des forces soviétiques, plus de 3 millions (!) qui avaient été engagées au nord et au sud du Heeresgruppe A! Bien entendu, ces forces d'attaque venaient en supplément ou pour une très grande part aux troupes soviétiques qui tenaient la "ligne de front"Que les formations allemandes, lors de l'offensive soviétique de la mi-janvier 1945, avaient, alors, été totalement débordées, en dépit de leurs éventuelles intentions combatives, est un fait avéré, mais la disproportion numérique patente, en terme de troupes, de blindés, de pièces d'artillerie, qui existait, alors, entre l'Armée Rouge et la Heer, ne peut être, militairement, passée sous silence.
Je ne défends personne- surtout pas les Allemands du III .Reich -, mais on ne peut analyser militairement ces affrontements de janvier 1945, sans devoir prendre en compte le déséquilibre, voire la disproportion réelle des forces en présence, sur un même front! Regarde bien les chiffres, en matière de blindés, de canons d'assaut et de pièces d'artillerie, postés par Roger, au post N° 261... quand on dispose d'un minimum de compétences dans l'emploi des blindés et de l'artillerie, durant la WW2, il y a une première chose qui te saute à la tronche... c'est la misère générale du dispositif allemand! Des "pinpins", sans l'appui indispensable et suffisant des blindés et de l'artillerie, n'étaient, de fait, que de la "chair à canon"!
Selon toi, les interrogatoires d'officiers allemands avaient confirmé que leurs unités étaient à "plein effectif"... ben, voui, mais ce n'était, là, que la stricte vérité, sauf que, un mois avant, courant décembre 1944, la révision de leur dotation réglementaire avait systématiquement réduit leur effectif de plus de 30%! Cà fait beaucoup de monde en moins, quand la Heer déclarait, le 1er janvier 1945, "+/- 137 divisions" sur l'ensemble du Ostfront!

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