
Alarmé par la défection de nombreux combattants italiens en Sicile, Hitler invite Mussolini à une rencontre en Italie pour obtenir des éclaircissements. Le duce, affaiibli par sa gastrite qui le ronge, accepte à contrecœur comme un élève convoqué par son maître. Il s’envole pilotant son propre avion pour Trevise où il est rejoint par Hitler qui voyage à bord d’un Condor.
La conférence débute à 11 heures, dans la villa du sénateur Achille Gaggia. Le Duce est accompagné par le général Vittorio Ambrosio, chef d’état-major des armées, Giuseppe Bastianini, sous-secrétaire d’État aux Affaires étrangères et Dino Alfieri, ambassadeur d’Italie à Berlin. Ils font face à une forte délégation allemande qui réunit autour du Führer le Generalfeldmarschall Keitel, le Generalleutnant Warlimont, l’ambassadeur Mackensen, l’attaché militaire à Rome Rintelen ainsi que Paul Schmidt, l’interprète de Hitler. Ce dernier se lance dans un monologue de deux heures, brièvement interrompu par l’irruption dans la salle de Nicolo De Cesare, secrétaire personnel du Duce, venu informer celui-ci du bombardement de Rome. Les propos du Führer n’étant pas traduits, les Italiens n’en comprennent qu’une partie mais le ton de leur interlocuteur ne laisse que peu de doutes sur ses sentiments à l’égard de leur contribution aux opérations militaires. Hitler fustige le manque de combativité de leurs troupes en Sicile, avant d’insister sur la nécessité de fusiller tout soldat ou officier qui abandonnerait son poste. Suprême affront, le Führer va même jusqu'à évoquer l’éventualité de placer l’armée royale italienne sous la tutelle de la Wehrmacht. Perspective justifiée par le défaitisme dans les rangs transalpins et par l’impéritie du Comando supremo, le commandement des armées de terre, de l’air et de mer. Sans ménagement, il lance à Mussolini : « Vous n’êtes entouré que par des généraux incapables ! »
L’heure du déjeuner interrompt le chemin de croix de Mussolini. Avant de passer à table, le général Ambrosio, après s’être entretenu avec Keitel, s’adresse au Duce sur un ton auquel le dictateur n’est pas habitué : « Les Allemands, glisse-t-il, n’apporteront aucune aide militaire à l’Italie, vous devez vous retirer du conflit sous quinze jours. » Voilà qui ressemble fort à un ultimatum. D’autant que le chef du Comando supremo manœuvre dans la coulisse, avec d'autres, pour liquider le Duce et négocier une paix séparée avec les Alliés. Il a le soutien d’une partie de la hiérarchie militaire, mais ces généraux de salon, qui se sont discrédités sur tous les théâtres d’opérations, oublient un point important : si les Allemands combattent aux côtés des troupes italiennes, ils peuvent du jour au lendemain se retourner contre elles et occuper le pays. Mussolini, lui, en a conscience. « Pensez-vous, répond le Duce à Ambrosio, que mon esprit n’est pas torturé par ce problème ? Sous le masque de mon apparente impassibilité, je suis assailli par un terrible tourment. Admettons l’hypothèse : se séparer de l’Allemagne, cela paraît simple… Que ferait Hitler ? Croyez-vous par hasard qu’il nous rendrait notre liberté d’action ? »
Après le déjeuner, à la demande de Mussolini, incapable de tenir tête à son allié et préoccupé par le bombardement de Rome, la rencontre s’achève. Prévue sur trois jours, elle n’aura duré que trois heures trente.

Se Connecter
















.jpg)



dans: