kfranc01 a écrit:Voici une photo de l'automoteur Somua Sau40, dont la production devait démarrer juste avant l'armistice.
somua-sau40-01.jpg
La ressemblance avec la caisse des M3 et M4 est là, assez frappante.

Le concept du Sau40 est repris sur les M3 Lee et Grant: un armement anti-chars en tourelle déporté, un obusier pour le support à l'infanterie en caisse.
La "ressemblance" est surtout le résultat des contraintes du moulage en fonte d'acier, car, pour faciliter le démoulage des pièces, il était nécessaire de prévoir des "profils de dégagement" - j'ai oublié le terme exact

-, d'où l'absence "d'angle vifs" sur les pièces moulées., ainsi que leurs profils.
La caisse du M3 Lee/Grant était essentiellement rivetée, alors que celle du M4 utilisait principalement des pièces moulées.
En 39-40, le moulage de grandes tourelles posait problème; en gros, on savait pas faire, d'où, en France, la tourelle APX installée sur le B1bis, le S-35 et le D-2, où on ne pouvait installer, au mieux, qu'un canon de 47 mm et un unique opérateur, en l'occurrence, le chef de char, qui était, dès lors, au four et au moulin

. Les Américains avaient rencontré les mêmes problèmes lors de la conception de la tourelle du M3, d'où l'intégration du canon de 37 mm et le 75 mm sous casemate, en caisse; ils ne seront surmontés que pour la tourelle du M4 Sherman, où ils parviendront à intégrer la pièce de 75 mm M3 L/40 et accueillir 3 hommes.
Fin août 1940, les plans du futur M3 étaient arrêtés à quelque détails près. Les Américains avaient bien enregistré que les Panzer III et IV accueillaient trois hommes en tourelle et que le Panzer IV y intégrait, en plus, un 7,5 cm, mais à cette date, çà coinçait pour mouler une tourelle suffisamment spacieuse. De leur côté, les Allemands, pour leurs tourelles, n'utilisaient pas le moulage de fonte d'acier, mais exploitaient la technique des plaque soudées en acier laminé. Ce sera leur constante, pour la caisse et la tourelle, jusqu'à la fin du conflit, les rares pièces moulées étant le tourelleau et le bouclier ou masque du canon.
Au printemps 1942, quand les premiers Panzer IV Ausf F/2, armés du 7,5 cm KWK 40 L/43, avaient fait leur apparition en Libye, çà avait posé un sérieux problème chez les Anglo-américains; heureusement qu'ils n'étaient guère nombreux, car il n'y avait quasiment rien de sérieux à leur opposer en face. Les équipages allemands avaient vite pigé qu'en engageant le M3 sur son flanc gauche, il ne pouvait pas utiliser sa pièce de 75 en casemate, sur le flanc droit, et ce n'étaient pas les 6 livres britanniques et 37 mm US installés en tourelle, qui risquaient de leur faire bobo à 1000 m et au-delà! Grand moment d'inquiétude!
Je disconvient pas que l'expérience et les compétences de certains ingénieurs français, missionnés puis "réfugiés" aux States, avaient pu être sollicitées pour, éventuellement, accélérer la mise au point de certains détails de fabrication des M3 et M4, mais quant à leur attribuer leurs conceptions, c'est une toute autre paire de manche!
Il ne faut jamais perdre de vue, alors que Brits et Américains étaient "copains comme cochon" depuis les années 20, que, à l'été 1940, la proposition britannique de construire sous licence, aux States, ses propres chars avait été sèchement rejetée. Le M3 devait être, avant tout, une production destinée à l'US Army, point-barre! Les Anglais avaient juste été autorisés à revoir partiellement, pour leur propre fourniture, l'armement de la tourelle et sa disposition.
Si on revient en 1918, après avoir acheté ses premiers chars Renault FT (ainsi que des Mk IV britanniques!), les Américains avaient acquis la licence pour le produire, eux-mêmes. On notera, au passage, que le char Liberty américain était directement dérivé des Mark IV anglais. En ce qui concerne le char FT, c'était avant tout une solution d'urgence justifiée par les circonstances; mais, dès la fin du Premier Conflit, les retours d'expérience des unités américaines avaient démontré qu'il était insuffisamment blindé, sous-motorisé, beaucoup trop lent et désespérément inconfortable! La première et ultime modif tentée, en 1919, par les Américains avait consisté à y installer un moteur de 80 CV, au lieu des 18 CV originaux!
A quelques détails près, fin de la collaboration effective technique franco-américaine, après 1918 et jusqu'à la déroute du printemps 1940! Dans un ordre d'idée différente, l'US Army avait aussi gardé un souvenir douloureux du stock de FM Chauchat - 18 000 pièces de mémoire (!), recalibrées, à son intention, au calibre .30 US -, une daube monumentale à la mauvaise qualité de fabrication proverbiale, que l'intendance militaire française avait sur les bras et qu'elle s'était empressée de fourguer "aux naïfs américains", à un prix défiant toute concurrence... mais, même, le prix n'avait pu cacher les défauts rédhibitoires de l'arme collective!
Dès lors, entre le Chauchat déficient et le FT inadapté aux besoins américains, souvenir de La Fayette ou non, les relations techniques militaires entre la France et les USA s'étaient sérieusement distendues et raréfiées.
