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De quoi Pétain était il le traitre ?

Pétain, Laval, le régime de Vichy et tous ceux qui furent acteurs de cette période sombre de notre histoire. La collaboration, les collaborateurs, la vie quotidienne sous la botte de l'occupant, les privations, le marché noir...
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Re: De quoi Pétain était il le traitre ?

Nouveau message Post Numéro: 41  Nouveau message de NIALA  Nouveau message 29 Jan 2022, 08:58

Les militaires obéissent, à de rares exceptions prés, et la volonté politique n'était pas là, alors le reste n'est que discussions, il aurait fallu...

Alain
Cordialement

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Re: De quoi Pétain était il le traitre ?

Nouveau message Post Numéro: 42  Nouveau message de Dog Red  Nouveau message 29 Jan 2022, 10:21

Après 4 pages de discussions, un premier point semble s'imposer : la perte de la flotte de Toulon est au passif de PETAIN dans ce fil relatif à sa trahison.

Peu à l'aise avec une thématique que je connais mal, j'aimerais mieux comprendre ce que j'appellerais candidement "le péché originel".

Dans son appel radiophonique du 17 juin 1940, quand il appelle à cesser les combats, soit PETAIN :
. trahit et dans ce cas quel est son mobile ?
. tente plus ou moins habilement de sauver ce qu'il reste de la France ?

Comment faut-il décrypter cette journée du 17 juin 1940 dans le sens d'une hypothétique trahison de Philippe PETAIN ?

Merci d'avance pour vos avis éclairés à destination des lecteurs qui, comme moi, sont dans le noir !
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Re: De quoi Pétain était il le traitre ?

Nouveau message Post Numéro: 43  Nouveau message de pierma  Nouveau message 29 Jan 2022, 13:57

Jamais, jamais on ne demande à ses troupes de poser les armes avant de connaître les conditions que mettra l'ennemi à un armistice !

Même s'il y avait des troupes encore trop mal placées, au nord-est, pour se replier sans être prises, sur 2 millions de prisonniers français, au moins la moitié est imputable à cet ordre insensé.

Pour moi la trahison commence là : une reddition en rase-campagne sans contrepartie. Et venant d'un maréchal de France ! :shock:

Je pense aussi qu'elle témoigne du sentiment - très répandu à cette date - d'une victoire inéluctable de l'Allemagne (y compris sur les Britanniques) et de la volonté précoce de s'entendre avec ce futur vainqueur.

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Re: De quoi Pétain était il le traitre ?

Nouveau message Post Numéro: 44  Nouveau message de fanacyr  Nouveau message 29 Jan 2022, 14:10

Oui
c'est un propos malheureux
ils ont tenté d'en atténuer la conséquence en ordonnant aux quotidiens du lendemain de corriger en "tenter de cesser le combat"
mais le mal était fait
Amouroux doit nous donner plus de détails

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Re: De quoi Pétain était il le traitre ?

Nouveau message Post Numéro: 45  Nouveau message de Alfred  Nouveau message 29 Jan 2022, 18:27

Je suis bien d'accord avec Pierma et mon père en"bouchon d'arrière garde" encore plus ;il était scandalisé et révolté contre tous ces officiers qui prenaient la tête de ces "prisonniers volontaires" sans même avoir détruit matériels et monitions intacts....C'était bien plus que de la désertion :c'était de la trahison pure et simple...Le vieux Pétain était-il véritablement conscient de ce qu'il disait et surtout avait du écrire........???

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Re: De quoi Pétain était il le traitre ?

Nouveau message Post Numéro: 46  Nouveau message de dynamo  Nouveau message 29 Jan 2022, 20:24

Ce qui est surprenant et paradoxal dans le discours du 17 juin c'est cette formule qu'utilise Pétain :
<< C’est le cœur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat.>>
Alors qu'il ne connait pas encore la réponse d'Hitler à sa demande de la veille et que certaines autorités gouvernementales dont le Président Lebrun et les Présidents de 2 chambres sont toujours favorables à un transfert de la légitimité à Alger.
Le 17 juin, le maréchal ne sait pas si les allemands sont favorables à des pourparlers d'armistice et il ignore totalement quelles en seront les clauses.
Seront elles acceptables ou exorbitantes ?
Il est bien évident que la formule "cesser le combat" fit mouche sur une majorité d'hommes composant les armées bousculées et en cours de désagrégation.
Le 17 juin, c'est un maréchal couvert d'honneurs et de gloire qui l'affirme.
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Re: De quoi Pétain était il le traitre ?

Nouveau message Post Numéro: 47  Nouveau message de julienf67  Nouveau message 30 Jan 2022, 00:17

L'armée n'était pas en train de se désagréger, elle était en mauvaise posture mais se défendait en reculant.

L'effet direct du message de Pétain a été que des unités entières ont cessé le combat et se sont rendues, mais également que les populations civiles ont empêché les unités voulant continuer à se battre de le faire.
La désagrégation de l'armée et l'effondrement moral sont la conséquence directe du message, et non la cause.

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Re: De quoi Pétain était il le traitre ?

Nouveau message Post Numéro: 48  Nouveau message de julienf67  Nouveau message 30 Jan 2022, 00:53

Dog Red a écrit:Après 4 pages de discussions, un premier point semble s'imposer : la perte de la flotte de Toulon est au passif de PETAIN dans ce fil relatif à sa trahison.

Peu à l'aise avec une thématique que je connais mal, j'aimerais mieux comprendre ce que j'appellerais candidement "le péché originel".

Dans son appel radiophonique du 17 juin 1940, quand il appelle à cesser les combats, soit PETAIN :
. trahit et dans ce cas quel est son mobile ?
. tente plus ou moins habilement de sauver ce qu'il reste de la France ?

Comment faut-il décrypter cette journée du 17 juin 1940 dans le sens d'une hypothétique trahison de Philippe PETAIN ?

Merci d'avance pour vos avis éclairés à destination des lecteurs qui, comme moi, sont dans le noir !



Question centrale, trop peu étudiée, trop peu abordée.
Pour comprendre il faut prendre de la hauteur, s'éloigner de la France et déconstruire le personnage de Pétain.

Il faut s'éloigner de la France parce que les années 30 voient l'Europe se convertir massivement aux régimes autoritaires, avec un certain nombre de militaires qui prennent le pouvoir, c'est un phénomène global qui n'épargne que de rares pays autour de la France et en Scandinavie. La prise de pouvoir par un militaire est donc quelque chose qui devient une norme acceptée en Europe à cette époque.

Le personnage de Pétain pose problème à étudier parce que l'image du général de la 14-18 est toujours présente et pollue l'analyse. Le Pétain de 1940 n'a plus rien à voir avec celui de 1918. En 1918 Pétain est un militaire, à partir des années 30 Pétain est un politique, présent au gouvernement puis ambassadeur. Il faut accepter ce fait pour comprendre, Pétain le politicien agit comme un politicien.
A Madrid Pétain est impressionné par Franco, pour 2 raisons : la première est qu'il voit en temps réel comment un militaire s'empare du pouvoir face à une république désunie. La seconde est qu'il est témoin là aussi direct de la stratégie d'extermination des opposants mené par Franco, celle-ci étant présentée comme la réaction aux exactions de groupuscules anarchistes en 1936, et cet élément est fondamental.
En Espagne Pétain comprend 2 choses, la première est qu'il peut prendre le pouvoir, la seconde est que pour y arriver il aura besoin de provoquer un choc violent, puis de se présenter en pompier alors qu'il est le pyromane.

On présente souvent Pétain comme un vieillard manipulé, mais c'est totalement faux. Il avait toute sa tête, jusqu'en 1945, et sa prise de pouvoir était voulue, et préparée méthodiquement.

Lorsque Reynaud appelle Pétain au gouvernement, ce dernier sait que son heure arrive. Alors qu'il était ministre dans le cabinet Doumergue en 1934, le voilà vice-président du conseil en 1940. Habilement il se met en retrait et laisse Reynaud s'affaiblir tout seul. Il observe. À la mi juin il sort du bois, met Reynaud en minorité et se voit proposer de diriger la gouvernement. A la grande surprise du président de la république, il a sur lui la liste de ses ministres, preuve qu'il avait préparé son coup.

Son objectif est de mettre en place en France un régime proche de celui de Franco. Il doit donc créer le choc dans le pays qui lui permettra de prendre le pouvoir sans coup férir, en passant pour le sauveur.

Le discours du 17 juin est une trahison absolue envers la France, mais il est magistral politiquement. Ce discours lui permet de se créer sa propre légende qui est encore reprise aujourd'hui, au delà de ses seuls admirateurs : "je me mets au service de la France", ce qui est totalement faux, au contraire, il met ce qu'il reste de la France à son service. Ce discours lui permet également de créer un désarroi profond et total dans le pays, un chaos insurmontable sur lequel il pourra surfer politiquement.

Le discours du 17 juin est un blitzkrieg politique, une stratégie du choc. Volontairement il saborde l'armée française qui se replie en bon ordre. Volontairement il soumet la France à l'Allemagne avant le début des négociations. Mais il le fait de façon habile, la population totalement sonnée est même soulagée par le discours paternaliste de Pétain.
La catastrophe est totale et Pétain a réussi son coup, il s'est présenté en héros, sauveur, et il a été accepté comme tel par la population et par le pouvoir politique. Reste maintenant à désigner des traitres, responsables des malheurs de la patrie, contre qui les honnêtes Français pourront se retourner. Pétain et ses sbires auront de l'imagination pour trouver ces pseudos traitres à éliminer, à la manière des franquistes.

Donc en conclusion, le 17 juin l'objectif de Pétain est de prendre le pouvoir et mettre en place un régime autoritaire et personnel en France, à l'image de l'Espagne. Il a pour cela besoin de créer un tremblement de terre qui renverse la république. Son discours était totalement réfléchi, et ses objectifs étaient clairs, des objectifs politiques, personnels, d'ambition, et cela coute que coute, et tant pis pour la France et les Français.

Dans un post précédent j'avais présenté le fait que pour les officiers français, tout comme pour les possédants, la défaite ne pouvait être un choix prémédité, le risque personnel était trop important (carrière militaire brisée, risque de spoliation, etc).
Au contraire pour Pétain la défaite apparait comme une magnifique opportunité. La victoire, ou la poursuite du combat depuis l'AFN ne lui aurait rien apporté, au contraire la défaite lui apporte le pouvoir suprême.

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Re: De quoi Pétain était il le traitre ?

Nouveau message Post Numéro: 49  Nouveau message de Loïc Charpentier  Nouveau message 30 Jan 2022, 01:42

Il convient, hélas, d'arréter de rêver! Fin mai 1940, l'élite de l'armée française avait, déjà, été "ratiboisée".

Sans pour autant mésestimer les efforts des troupes françaises pour tenter d'enrayer la progression allemande, Fall Rot, seconde phase du Westfeldzug, avait bien souvent viré à la "promenade touristique" - tout étant relatif dans un contexte d'affrontement militaire -.

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Re: De quoi Pétain était il le traitre ?

Nouveau message Post Numéro: 50  Nouveau message de pierma  Nouveau message 30 Jan 2022, 10:18

J'ai de nombreux points de désaccord avec Julienf57.

Pour l'essentiel, je ne crois pas à la thèse d'un Pétain préparant son coup depuis le début des années 30. (Annie Lacroix-Ruiz va plus loin dans le machiavélisme avec "le choix de la défaite", une thèse encore moins plausible.)

Je pense plutôt que l'occasion fait le larron. Sachant que Pétain cachait bien ses sentiments politiques - à gauche Blum le pensait bon républicain, c'était l'opinion générale - mais la prudence était sa marque de fabrique depuis toujours. Il conservait par devers lui une solide hostilité envers les instituteurs (responsables selon lui des mutineries de 1917) envers les Franc-Maçons, et, on l'apprendra plus tard, envers les Juifs.

Tout de même, la France politique de 1938, qui avait beaucoup à se faire pardonner par Franco, et ne voulait en aucun cas d'un troisième front sur les Pyrénées, aurait pu s'étonner qu'un maréchal couvert de gloire et si bon républicain s'y précipite comme ambassadeur pour porter remède à ce danger : il partait chez un assassin fasciste aidé par nos ennemis mortels, avec qui son entente aurait pu paraître suspecte et démasquer ses réelles positions politiques. Mais l'opinion des politiques était faite, Pétain était républicain, et ils n'ont vu que le service rendu à la France, ce qui peut s'entendre venant d'un Maréchal, dont le premier souci devait être la guerre qui pointait son nez.

Les mobiles de Pétain ? Au delà des opinions politiques du Maréchal, c'est De Gaulle, qui le connaissait et l'avait jugé de longue date, qui les a le mieux cernés : la soif des honneurs et des positions. Pétain n'avait pas eu son comptant de gloire et de lauriers. "Faute que la gloire l'eût distingué seul" (Mémoires de Guerre) il en voulait encore et toujours. De Gaulle effaré de voir un maréchal de France entrer dans une combine pour en flinguer un autre, Lyautey, notre immense proconsul au Maroc, à qui Painlevé refusait les moyens d'écraser la révolte du Rif, des moyens que Pétain accepta avec entrain, pour s'arroger la gloire d'une victoire marocaine écrasante, l'artillerie, l'aviation et les gaz de combat n'y pouvant que gagner.

Commentaire du Grand Charles : "Le maréchal Pétain est mort en 1925. Le problème pour lui et pour la France est qu'on ne s'en est pas aperçu."

Qu'on me dise qu'un tel comportement ne signe pas une ambition folle et une soif de prestige démesurée !

Après je pense que l'occasion fait le larron. Julienf, Pétain ne met pas "Reynaud en minorité". Celui-ci aurait pu tenir la charge, s'il en avait eu les épaules. Mais on sait dans quelle situation politique et amoureuse viciée il s'était mis, faisant entrer dans son cabinet, sur les instances de sa maîtresse, une cohorte de "pacifistes" (en temps de guerre cela porte un nom) qui ne le lâchaient pas.
Que Pétain ait eu sous le coude la liste de ses ministres éventuels ne fait pas preuve de complot : ces même pacifistes, et toute une clique d'extrême-droite, avaient eu le temps de s'attacher à son char étoilé pendant cette période de dérive.

Son discours ? Pétain lucide, certes, n'a pas besoin de "traumatiser le pays", celui-ci l'est déjà. Il y a des millions de Français perdus sur les routes qui n'attendent que ce discours, sans parler des militaires qui savent la défaite acquise. ("la honte fut acceptée et bue avec soulagement", écrit Lacouture.)

Mais ce qui marque, dans son discours, c'est que Pétain fait porter d'avance à la France un poids bien lourd, et pour une raison très visible si on veut bien entendre qu'il n'y était pas contraint : il veut TOUT le pouvoir. Fut-ce au prix d'un accommodement sans préalable avec l'homme à priori le moins accommodant du monde : Hitler.

Pétain vieillissant et chenu réalise le rêve d'une vie : la gloire pour lui seul. Il n'en sortira plus.

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