Post Numéro: 89
de Aldebert
14 Mar 2010, 18:22
Peut être connaissez vous cette chanson que j'ai découverte"après guerre".
c'est un bal défendu
Dans un p'tit coin perdu
Du coté d'Montparnasse
Y'a pas d'accordéon, Y'a pas un violon
Un phono les rempla.. aaa.. asse. ect.
Je ne sais si le compositeur de cette chanson à été inspiré par l' interdiction des bals publics pendant l'occupation, mais à Vezin qui n'était pas Montparnasse, c'est exactement ce qui s'est passé dans la grange à Fourché, vous savez, à gauche au bas du Bourg, sur la route du Rheu.
Un particulier parcourait les villages et offrait ses services pour organiser des "bals interdits". C'était un orchestre à lui tout seul. Il était assis, les bras occupés par son accordéon, devant lui une grosse caisse avec cymbales qu'il actionnait avec les pieds pour rythmer la musique. On peut dire que ce bal était public, gare à la milice qui serait passée par là, je suppose qu'on la voyait arriver de bien loin même si elle possédait de belles tractions rapides. D'autres bals étaient improvisés par les J3, surtout des filles, dont ma grande soeur , ses copines Madeleine, Annick etc... ça se passait souvent derrière la boucherie des parents d'Annick dans un local qui avait du être un abattoir. Y'avait pas d'accordéon Y'avait pas d'violon un phono les remplaçait. Les filles dansaient entre elles je pense que les parents n'auraient pas accepté que les garçons y participent...les J3 hum...il fallait s'en méfier, on en parlait dans les gazettes, pas toujours en bien. Les tickets de rationnement avaient créé comme une nouvelle appellation d'une certaine génération de jeunes en fonction de leur âge. Il a quel âge ce garçon ? c'est un j3 ma bonne dame..Oh j'exagère un peu...mais quand même...
Pour la petite histoire notez que la grange à Fourché existe encore. Elle est faite de tôles, la municipalité a souhaité la démolir parce qu'elle défigure le paysage du nouveau Vezin. Les propriétaires s'y sont toujours opposés jusqu'à maintenant. Moi je la trouve belle cette grange, chargée d'histoire, il faudrait la classer... il est certain que nous ne devons pas être nombreux de cet avis... je pense être le seul.
Mon père "bouffait du curé" il a pourtant été enfant de choeur. Ma mère était très croyante, voire parfois superstitieuse. Un crucifix était fixé au mur, au dessus de la cheminée. Le saint qu'elle invoquait le plus souvent était St Antoine de padoue grâce à qui on retrouve les choses égarées. Combien de fois ne l'avons nous pas prié, tous ensemble lors des nombreuses pannes d'électricité. Autour de la table, une bougie allumée, tous sauf mon père, en coeur nous invoquions le Saint " St Antoine de padoue faites que la lumière revienne....St Antoine de Padoue faites.." Certaines fois la lumière revenait assez rapidement, alors bien sûr, le Saint était remercié, ah! comme nous avions eu raison de faire appel à lui.. !!D'autres foi, nous terminions la soirée à la bougie le Saint avait d'autres soucis en tète. Ma mère était également superstitieuse. Quand notre petit poêle à charbon chantait, je suppose que c'est à cause de la dilatation de la fonte, elle disait, tiens!!" nous allons avoir du courrier", et aussi la superstition météorologique...tiens !! on entend le train, demain il va pleuvoir. Comme j'aimais entendre ces vérités !
En matière de cuisine notre petit poêle à charbon n'assurait pas toutes les cuissons, ainsi quand d'aventure ma mère avait à faire cuire un rôt, c'est chez le boulanger qu'elle s'adressait. Celui ci permettait quand sa dernière fournée était terminée ,qu'on utilise son four pour cuire les viandes des particuliers.
Le7 mai 1944, en pleine nuit gros bombardement sur Bruz commune de St Jacques de la Lande, là ou était situé la camp d'aviation de la Luftwaffe, relativement proche de chez nous à vol d'oiseau, et suffisamment proche aussi pour entendre l'énorme grondement que produisaient les bombes qui tombaient sur cette petite bourgade et que lâchaient 1o5 Lancasters et 5 Mosquitos. Quand nous sommes sortis de la maison pour nous rendre à notre l'abri chez Letort, j'étais sur les épaules de mon père qui s'est soudainement arrêté. J'ai alors pu voir avec lui pour qqs instants un spectacle qui m'a semblé merveilleux. Le ciel était rempli de jolies lumières de toutes les couleurs, cela ressemblait à un grandiose et magnifique feu d'artifice. Le grondement était énorme et continu ,"qu'est ce qu'ils doivent prendre les frisés" disait on dans l'abri. Plus tard nous avons appris que c'étaient les civils qui avaient "trinqué". En effet, le marquage du bombardement avait été mal fait par les avions éclaireurs. Les installations militaires et dépôt de munitions ont été peu touchés mais 200 civils tués. C'était jour de communion solennelle, il y avait beaucoup de familles en visite. Parmi les 200 morts, 58 étaient des communiants et communiantes. Je me souviendrai toujours de ce ciel en fête qui appelait la mort.
Les Anglais n'avaient visé juste cette fois là.
Une autre nuit nous sommes brusquement réveillés par un bruit assourdissant de tir. Un convoi allemand s'était arrêté dans le bourg, un véhicule chargé probablement d'un canon, stationnait juste devant notre fenêtre, et son canon tirait en direction d'une vague de bombardiers qui allaient pondre leurs oeufs je ne sais où. IL fallait quitter notre logement d'urgence car le bruit était infernal, mes parents avaient peur "qu'une balle égarée traverse le volet et la fenêtre et vienne nous tuer". Mes parents rassemblent rapidement des couvertures pour aller à l'abri. Je revois encore mon père ouvrir la porte qui donnait sur le jardin et l'apparition soudaine de deux soldats allemands mitraillette au poing nous interdisant la sortie. Mes parents sont désemparés.... quand la porte du sas intérieur qui donne accès au bistro s'ouvre: madame Bigot nous fait entrer dans sa cave. Le lendemain matin il pleuvait à verse, en ouvrant les volets nous avons vu sur le trottoir d'innombrables douilles, ce devait être du calibre 20...pas sûr...les douilles n'étaient pas en métal mais en...genre carton...comme les anciennes cartouches de chasse. Les fils téléphoniques qui passaient le long de la maison étaient coupés et pendaient. Plusieurs locataires des lieux élevaient des poules et des lapins dans le fond du jardin, les Allemands avaient tout volé, il ne restait rien sauf une ou deux peaux de lapins bien fraîches.
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Aldebert le 11 Mai 2010, 14:41, édité 4 fois.