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La mort de Himmler reste à éclaircir

Tout ce qui concerne la libération de l'Europe et qui n'est pas développé au sein des sections ci-dessus.
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Nouveau message Post Numéro: 91  Nouveau message de François Delpla  Nouveau message 11 Fév 2008, 18:56

Internet est le cauchemar des étouffeurs d'affaires ou de discussion, c'est ce qui me plaît depuis le début dans ce média.

Des éléments nouveaux ?

Je crois qu'il ne faut pas se lasser de relire les témoignages de Selvester et Murphy en 1963 et 1964 (liens : http://www.delpla.org/article.php3?id_article=197 pour Murphy, http://www.delpla.org/article.php3?id_article=202 pour Selvester), à la lumière de ce que le débat m'a amené à constater subitement il y a peu : le second n'est là que pour contredire le premier qui, confirmé ou mollement démenti par Murphy, ouvrirait des brèches énormes dans la version classique.

A ce sujet j'attirerai l'attention sur un point : les horaires, raccourcis par des documents datant du jour même ou du lendemain (tout se serait passé entre 18h 40 ou 19h, et 23h 15) ne sont pas, eux, démentis par Murphy.

Sur l'heure d'arrivée de Himmler au camp 031 et celle de son auto-identification, il reste dans le vague, mais ne contredit pas le capitaine :
There is no question that Himmler spent some time at the Intelligence Suspects Camp

Quant à l'horaire de fin, il daigne le retarder, par rapport au "23h 15" classique, issu du communiqué de presse de son propre service :

I think the time of death was midnight 23/24 but I cannot be sure.

Rappel : selon Selvester, arrivée au camp vers 14h, identification vers 16h, départ vers minuit (donc décès au plus tôt vers 1h, d'où l'obligation, selon moi, de dater l'événement du 24 et non plus du 23).

Vous ne trouvez pas que Murphy est soudain bien prudent sur cette question des horaires ?

Voilà qui autorise une hypothèse : il y a dans les archives le rapport d'époque de Selvester, qui confirme largement ses déclarations de 1963.

Et voilà qui devrait décupler l'exigence d'une ouverture desdites archives !

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Nouveau message Post Numéro: 92  Nouveau message de Christian  Nouveau message 11 Fév 2008, 23:33

Bonsoir.

Ma question va surtout à M. Delpla.
Je sais bien que la question de la conservation de la capsule de cyanure n'est qu'un des éléments qui vous font pencher pour un suicide assisté de Himmler. Ma question est donc anecdotique.
J'essayais d'imaginer la scène de la fouille corporelle. Je me suis demandé où le chef de la SS aurait pu cacher cette capsule s'il ne l'avait pas dans la bouche. Par chance, je n'ai jamais eu à subir une telle fouille. Cependant, je sais que de nos jours, il vaut mieux ne pas être trop pudique. Qu'en était-il alors ? Je crois que Selvester affirme avoir inspecté "tous les orifices". Celui-là en fait-il forcément partie ? Est-ce pour cette partie du corps qu'on demande un médecin pour la fouille ?

Je me suis dit ensuite que si Himmler avait caché sa capsule là où vous savez, quelques pièces de ses vêtements risquaient de ne plus être en place. J'ai donc cherché des photos de son cadavre. J'ai trouvé deux photos où il gît sur le sol. Une couverture le recouvre à partir de la ceinture.
Il me semble qu'il a refusé de passer des pantalons après la fouille de Selvester. Ceci expliquerait cela, mais faciliterait aussi l'opération.
Sur une troisième photo, Himmler est sur un canapé en sous-vêtements.

Ma question est la suivante. Himmler aurait-il pu cacher la capsule dans son fondement ?

Autre chose. Une petite remarque. A la lecture du rapport de Selvester que vous avez mis en ligne (merci !), il m'apparaît que l'officier britannique qualifie le sandwich de "thick", ce qui désigne un sandwich épais, et non dur, il me semble. Or les Britanniques mangent volontiers du pain de mie. L'exercice, pour Selvester, ne consistait pas à tester la solidité d'une éventuelle capsule (il se serait trouvé bien bête si elle n'avait pas résisté), mais à observer si Himmler mangeait normalement. Je ne suis pas sûr que la question de la solidité soit primordiale.

Christian

PS Désolé pour l'aspect peu appétissant de ma question.


 

Nouveau message Post Numéro: 93  Nouveau message de François Delpla  Nouveau message 12 Fév 2008, 08:02

1) Je vous accorde que les sandwichs sont épais, non durs, et que dans le feu de l'improvisation internautique j'ai eu tendance à dévier vers le dur, sous l'influence du double sens du mot en français. Je me rallie entièrement à votre interprétation sur ce point : les sandwichs peuvent être mous, l'important est qu'ils soient épais pour obliger le porteur d'ampoule (au diable ce mot de "capsule" !) à ouvrir grand la bouche, mais avec précaution si elle contient un poison isolé par une frêle cloison de verre. C'est l'absence totale de précaution, confirmée par 5 ou 6 officiers affectés à la surveillance, qui établit l'absence du poison au moment considéré.

2) Pouvait-il stationner à l'autre extrémité du tube digestif ? Selvester parle clairement de fouille à corps et après tout c'était sa fonction que d'en ordonner. Par ailleurs, si Murphy lui a laissé le loisir de récupérer discrètement un tel objet en un tel endroit, il est plus nul que nul !

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Nouveau message Post Numéro: 94  Nouveau message de François Delpla  Nouveau message 13 Fév 2008, 06:45

François Delpla a écrit:
Vous ne trouvez pas que Murphy est soudain bien prudent sur cette question des horaires ?

Voilà qui autorise une hypothèse : il y a dans les archives le rapport d'époque de Selvester, qui confirme largement ses déclarations de 1963.

Et voilà qui devrait décupler l'exigence d'une ouverture desdites archives !


Il faut aussi se souvenir d'un point rarement pris en compte : le War Office a mis le doigt dans l'engrenage d'une correspondance avec deux journalistes consciencieux et cent fois plus soucieux des détails que tous les auteurs qui ont causé antérieurement de l'affaire pris ensemble.

Leur asséner des témoignages aussi opposés que ceux de Selvester et Murphy sur le moment du début des fouilles (soit après 20 h d'après l'officier le plus élevé en grade, puisqu'il a fallu attendre l'arrivée de Murphy, Selvester n'y ayant pas pensé !) est déjà raide, mais indispensable (puisqu'on n'a pas voulu intriguer Selvester, ou risquer un clash avec lui, en lui imposant de déclarer qu'il avait bâclé son travail). Et on peut espérer (à juste titre finalement) qu'ils goberont le tout et ne le trouveront pas trop contradictoire (compte tenu que ce sont des antinazis, qui écrivent sur Himmler pour confirmer sa noirceur et le fait qu'il méritait cent fois la peine de mort), puisque après tout l'examen buccal, seulement extérieur, laisse une chance théorique qu'elle ait contenu un produit mortifère, adéquatement présenté comme contenu dans une capsule élastique, et surtout une chance très forte et réaliste que le public, et même la totalité des historiens, s'en contente (ils le feront jusqu'en 2005).

D'où deux conclusions fermes, dans cette investigation que les discussions des dernières semaines m'ont incité à rouvrir :

-1) Le War Office ne dispose pas d'éléments lui permettant de répliquer, quand Selvester soumet son texte : "Votre mémoire vous trompe sur les horaires, Himmler s'est identifié vers 19h et vous a quitté avant 22, corrigez !"; il y a donc de fortes chances que le rapport d'époque de Selvester ait donné des horaires similaires de celui de 1963 et, en tout état de cause, les documents, eux aussi d'époque, qui disent 18h 40 ou 19h pour l'identification, 23h 14 ou 15 pour le décès, ne sont pas apparus aux malheureux archivistes militaires, et autres officiers chargés au War Office en 1963 des questions historiques sensitive, ne leur sont pas apparus dis-je d'une solidité telle qu'elle leur permette de tenir tête à Selvester sur cette question.

-2) La version officielle de 1945 s'était avant tout attachée à ratiboiser les horaires et à accréditer un scénario classique et rapide : identification-fouille-suicide quand elle devient buccale (étant entendu que la question d'une absorption de nourriture n'est pas posée, et que la rapidité des événements le permet). Son adaptation forcée en 1963, induite par la curiosité de Manvell et Fraenkel, cède sur les horaires (mais l'incubation de l'horaire court pendant 20 ans produit ses effets jusqu'à nos jours) pour se concentrer sur la consistance de l'ampoule métamorphosée en capsule.

Reste aux intégristes à se battre dos au mur... en prenant le contre-pied de Murphy seconde manière ! Loin d'avoir été élastique, la capsule était en verre épais... Mais l'une des caractéristiques principales de l'intégrisme n'est-elle pas connue depuis le Guépard : "Changer ce qu'il faut pour pouvoir tout conserver" ?

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Nouveau message Post Numéro: 95  Nouveau message de François Delpla  Nouveau message 16 Fév 2008, 06:26

Eh bien, le cul est à la mode !

Grâce à notre Christian, à notre Daniel et, sur un autre forum, à un certain Yvon Castanié ( http://www.livresdeguerre.net/forum/con ... ndex=36489 ), le témoignage de Selvester est enfin reconnu solide, du moins sur la question des précautions qui lui ont permis d'établir la haute invraisemblance du stationnement continu de la dangereuse ampoule dans la bouche de Himmler entre son identification et son décès.

Lors même qu'on s'y ennuie de moins en moins, la discussion bifurque cependant vers des aspects chiants.

Or si on prend Selvester au sérieux, pourquoi s'arrêter en route ? Qui peut le plus peut le moins, et une équipe acharnée à repérer un objet à l'occasion de l'ingestion d'aliments ne saurait se désintéresser de l'opération inverse, et détourner pudiquement le regard quand le prisonnier se soulage, ni le laisser se gratter le bas du corps en toute liberté. Mais surtout, en pareil cas, la fouille est possible sans provoquer le suicide redouté, et elle est systématiquement effectuée. Le document l'indique d'ailleurs sans ambages ni ambiguïté :

"Je trouvai un autre étui semblable, mais sans ampoule, et en conclus que l'ampoule était cachée quelque part sur la personne du prisonnier. Quand tous les vêtements de Himmler eurent été enlevés et explorés, tous les orifices de son corps furent fouillés, on peigna aussi ses cheveux et tout endroit pouvant servir de cachette fut examiné, mais aucune trace de l'ampoule ne fut trouvée."

Désolé donc, mais la piste se révèle sans fondement et le fondement, n'en déplaise au parasite de la chanson, vierge de piste !

Les tenants de la théorie du complot, je veux dire d'une entente maligne des circonstances pour faire en sorte que Himmler ait pu se suicider sans aide, doivent revenir la queue basse dans la bouche et en remettre une couche : épaissir encore le verre de l'ampoule rebaptisée capsule, la rapetisser et l'enfermer dans une improbable dent creuse. Il leur est même conseillé, comme leur maître Murphy le leur enseigne, de transmuer son matériau en un métal proche du caoutchouc. Quant au pain des sandwichs, n'aurait-il pas été quasiment liquide ?

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Nouveau message Post Numéro: 96  Nouveau message de Daniel Laurent  Nouveau message 16 Fév 2008, 08:09

François Delpla a écrit:Quant au pain des sandwichs, n'aurait-il pas été quasiment liquide ?

Il y a la un autre point de polemique !
Le rapport de Selvester parle de "thick bread", pain epais nous dit la premiere traduction.
Mais le vocable "thick" peut prendre d'autres sens en fonction des circonstances.
Par exemple, le terme anglais "thick skin" designe des personnes qui ont la peau... dure !

Voila donc un officier anglais habitue a son petit toast de pain de mie moelleux avec ses scramble eggs du matin qui parle de "pain epais". Que veux-t-il dire par la ? Un sandwiche avec 3 couches de pain de mie anglais ou un sandwiche fait avec le pain disponible a cet endroit en 1945, donc du pain allemand ou francais ?
Donc du pain, vu de chez lui "dur" ?

J'ai peut-etre l'air de pinailler, mais a voir comment les vocables sont tripatouilles par ailleurs, il convient de se poser ce genre de questions.


 

Nouveau message Post Numéro: 97  Nouveau message de Christian  Nouveau message 18 Fév 2008, 04:20

Bonsoir.
Daniel Laurent a écrit:Le rapport de Selvester parle de "thick bread", pain epais nous dit la premiere traduction.

Il me semble que le rapport ne parle pas de "thick bread", mais de "thick bread and cheese sandwiches", soit d'épais sandwichs pain-fromage. Peu importe d'ailleurs. Lorsque j'entends parler de "thick bread" - le pain se coupant plus ou moins finement - et de "thick sandwich" - le principe du sandwich étant de mettre plus ou moins de choses entre deux tranches de pain -, je ne vois aucune ambiguïté : la chose est épaisse, c'est-à-dire qu'elle demande une grande ouverture de la bouche pour être ingurgitée.

Ainsi, encore une fois, la solidité de la capsule n'a pas d'importance dans le calcul de Selvester. Je vous rappelle que la suite de la phrase donne le but de l'opération, c'est-à-dire de voir si Himmler va ou non sortir quelque chose de sa bouche pour manger. Le pain n'a pas besoin d'être dur aux yeux de l'officier anglais. Le but n'était pas que la capsule craque dans la bouche du SS, mais qu'elle le gêne pour manger normalement.

François Delpla a écrit:Grâce à notre Christian, à notre Daniel et, sur un autre forum, à un certain Yvon Castanié [...], le témoignage de Selvester est enfin reconnu solide, du moins sur la question des précautions qui lui ont permis d'établir la haute invraisemblance du stationnement continu de la dangereuse ampoule dans la bouche de Himmler entre son identification et son décès.

Je vous prie de ne pas m'associer à cette reconnaissance de solidité. Je n'en ai nullement pas la compétence. Mes questions et remarques procédaient d’une part de l'analyse de texte du rapport de Selvester, d’autre part d’un raisonnement à partir de votre hypothèse : admettons que Himmler n’avait pas de fiole dans la bouche ; est-ce que cela veut dire qu’il n’avait pas de poison sur lui ?

D'ailleurs, je ne crois pas à la fiabilité du test du sandwich et donc, de ce fait, je n'admets pas la haute invraisemblance du stationnement continu de l'objet dans la bouche de Himmler (je vous fais remarquer mon "si"). En passant, Selvester non plus n'est pas certain de la fiabilité de son test puisqu'il continue de se méfier après coup et observe attentivement Himmler manger une seconde fois.

Le document l'indique d'ailleurs sans ambages ni ambiguïté

Si vous voulez réellement vous appuyer sur cette phrase littéralement, je vous ferai remarquer qu'elle est tout au moins en contradiction avec le reste du compte-rendu, puisque Selvester dit qu'il a fouillé "tous les orifices". La bouche n'a en tous cas pas été contrôlée.

D'autres aspects de ce témoignage sont intrigants. Par exemple, l'utilisation du mot "phial", soit "fiole", peut faire penser à un objet d'une certaine taille. Or, Himmler parle à Selvester, notamment au sujet de ladite fiole. Il me paraît impossible que Selvester ne puisse remarquer la présence d'un "gros" objet dans la bouche de Himmler à se moment-là. Or, l'officier anglais ne fait aucune mention d'une difficulté d'élocution. Pourtant, il continue de se méfier. Pour lui, l'objet pouvait donc être assez petit pour ne pas gêner lorsqu'on parle.
En lisant le rapport de Selvester, je constate qu'à aucun moment il n'est certain que Himmler n'a pas de poison dans sa bouche. Ce témoignage vise à démontrer qu'il a fait tout ce qui était en son pouvoir - ou plutôt ce qu'il pensait être en son pouvoir - pour trouver la fiole/capsule. Il se dégage de la responsabilité de la mort de Himmler.
L'étonnement de Selvester face au décès de Himmler n'est pas dû au fait qu'il pensait que ce dernier n'avait aucun moyen de se donner la mort, mais parce qu'il considérait le chef de la SS disposé à collaborer.

En conclusion, sur la base d'une analyse de texte - hors autres avis donnés par Selvester -, ce rapport ne saurait être considéré comme une preuve que Himmler a été remis sans poison sur lui.

François Delpla a écrit:Les tenants de la théorie du complot, je veux dire d'une entente maligne des circonstances pour faire en sorte que Himmler ait pu se suicider sans aide, [...].

Il faut oser inverser ainsi les rôles ! :mrgreen:

François Delpla a écrit:Quant au pain des sandwichs, n'aurait-il pas été quasiment liquide ?

Cette dernière remarque ne m'encourage pas à débattre avec vous. Je vous rappelle que vous avez admis ma remarque dans un premier temps. En faire ensuite un sujet de dérision ne me paraît ni très respectueux, ni très cohérent.


 

Nouveau message Post Numéro: 98  Nouveau message de François Delpla  Nouveau message 18 Fév 2008, 06:30

Ce ton n'est pas saint (ne pas omettre de lire le t).

Je n'ai pas pour habitude de me plaindre quand je suis rudoyé sur des forums mais enfin, avez-vous lu un dixième des amabilités que me vaut mon insistance à mettre le cabinet britannique devant ses responsabilités ?

Vous croyez bien à tort que je vous annexe à un camp, car pour moi il n'y en a précisément pas, il n'y a que des questions d'histoire, et dans chaque intervention des réponses plus ou moins satisfaisantes à prendre en compte sans se soucier de servir une faction, qu'elle soit ancienne ou actuelle. Laissez-moi donc retourner, une fois sur cent, quelques flèches empoisonnées et sachez saisir l'ironie quand je brocarde "Les tenants de la théorie du complot, je veux dire d'une entente maligne des circonstances pour faire en sorte que Himmler ait pu se suicider sans aide".

Bon laissons l'habillage et voyons vos affirmations sur le dossier lui-même. Quand je vous mentionne parmi les intervenants qui trouvent le rapport de Selvester solide, je ne vous prête aucune thèse. Peut-être, nouveau venu dans la discussion, n'avez-vous pas eu le temps de prendre connaissance des nombreux moments de celle-ci que j'ai sauvegardés et regroupés sur mon site, avec certes un souci d'éviter les redites (en tenant bon sous l'accusation de censure que cela a pu me valoir !) mais la lisibilité est inévitablement contrariée par la longueur. Bref, ce que je veux vous faire remarquer ici, c'est que le rapport de Selvester a été mis souvent sur le même plan que celui de Murphy, et leurs béantes contradictions excusées et expliquées par deux travers bien humains, la déformation des souvenirs à vingt ans d'intervalle et le souci de faire accroire que chacun avait tout mis en oeuvre pour garder le prisonnier en vie. Je pense qu'avec mes découvertes de Toussaint 2005 et deux ans d'incubation, je suis en passe de faire enfin admettre que les conditions d'élaboration du témoignage de Selvester ne lui laissaient pas une grande marge d'improvisation puisqu'il écrivait sous la surveillance d'un ministère qui possédait le dossier, et ne le lui montrait pas. Bref, les internautes assez convaincus de la solidité de ce texte pour accepter d'en discuter l'interprétation sans le tourner en dérision, c'est suffisamment neuf dans le paysage pour être digne d'être noté.

la solidité de la capsule n'a pas d'importance dans le calcul de Selvester. Je vous rappelle que la suite de la phrase donne le but de l'opération, c'est-à-dire de voir si Himmler va ou non sortir quelque chose de sa bouche pour manger. Le pain n'a pas besoin d'être dur aux yeux de l'officier anglais. Le but n'était pas que la capsule craque dans la bouche du SS, mais qu'elle le gêne pour manger normalement.


vous extrapolez : il est plutôt question des précautions qu'il prendrait en mangeant s'il avait la seconde ampoule à suicide (donc en verre fragile) en bouche. Celle-ci est, dites-vous, "grosse". Ah bon ? Elle semble plutôt allongée et mince. Donc susceptible d'être coincée le long de la joue et de ne pas faire une bosse visible de l'extérieur si cette joue est un peu adipeuse, ce qui est le cas de Himmler. De même, dans ce cas, elle permet de parler de façon en apparence normale, du moins pour dire quelques mots comme ceux que vous signalez.


L'étonnement de Selvester face au décès de Himmler n'est pas dû au fait qu'il pensait que ce dernier n'avait aucun moyen de se donner la mort, mais parce qu'il considérait le chef de la SS disposé à collaborer.


Je ne vous le fais pas dire !
Devant tout document il faut examiner sa finalité. Celui-ci n'est pas destiné à faire toute la lumière, mais à passer un barrage de censure. Imaginez un instant qu'il se conclue par : "je ne comprends absolument pas comment il a pu se suicider", la phrase était sûre d'être coupée. Je trouve déjà remarquable qu'on lui ait autorisé un doute sur le "pourquoi" -et qu'il se le soit autorisé.

C'est un indice, parmi d'autres, et certes pas une preuve. Le seul élément de preuve que je trouve ici, c'est qu'avec une pareille surveillance et autant de tests nous pouvons, nous, exclure que la seconde ampoule ait été conservée tout ce temps dans la bouche.

Un petit détail enfin :

Citation:
Le document l'indique d'ailleurs sans ambages ni ambiguïté

Si vous voulez réellement vous appuyer sur cette phrase littéralement, je vous ferai remarquer qu'elle est tout au moins en contradiction avec le reste du compte-rendu, puisque Selvester dit qu'il a fouillé "tous les orifices". La bouche n'a en tous cas pas été contrôlée.


Le texte est on ne peut plus clair : tous les orifices sont fouillés sauf la bouche, qui demeure la seule cachette possible. Je ne vois pas en quoi l'omission, à un moment, du "sauf la bouche", peut laisser entendre que l'anus non plus n'est pas visité.

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Nouveau message Post Numéro: 99  Nouveau message de François Delpla  Nouveau message 20 Fév 2008, 12:10

François Delpla a écrit:

L'étonnement de Selvester face au décès de Himmler n'est pas dû au fait qu'il pensait que ce dernier n'avait aucun moyen de se donner la mort, mais parce qu'il considérait le chef de la SS disposé à collaborer.


Je ne vous le fais pas dire !
Devant tout document il faut examiner sa finalité. Celui-ci n'est pas destiné à faire toute la lumière, mais à passer un barrage de censure. Imaginez un instant qu'il se conclue par : "je ne comprends absolument pas comment il a pu se suicider", la phrase était sûre d'être coupée. Je trouve déjà remarquable qu'on lui ait autorisé un doute sur le "pourquoi" -et qu'il se le soit autorisé.

C'est un indice, parmi d'autres, et certes pas une preuve.



La relecture du post de Christian m'inspire une autre réflexion. Comme quoi ON AVANCE, vous dis-je !

L'étonnement de Selvester porte sur la motivation du suicide, non sur sa possibilité technique ? Mais voyons, s'il croit réellement que Himmler a pu garder l'ampoule en bouche, une bouche observée seulement de l'extérieur, la motivation coule de source : dès qu'on lui demande de l'ouvrir, il la ferme !

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Nouveau message Post Numéro: 100  Nouveau message de Christian  Nouveau message 22 Fév 2008, 03:53

Bonsoir à toutes et à tous !
Bonsoir, M. Delpla.

François Delpla a écrit:Laissez-moi donc retourner, une fois sur cent, quelques flèches empoisonnées

Certes, mais ne vous trompez pas de cible. ;)

François Delpla a écrit:Peut-être, nouveau venu dans la discussion, n'avez-vous pas eu le temps de prendre connaissance des nombreux moments de celle-ci que j'ai sauvegardés et regroupés sur mon site

J'en ai lu pas mal, mais pas tout, je vous l'accorde.

François Delpla a écrit:Bref, ce que je veux vous faire remarquer ici, c'est que le rapport de Selvester a été mis souvent sur le même plan que celui de Murphy, et leurs béantes contradictions excusées et expliquées par deux travers bien humains, la déformation des souvenirs à vingt ans d'intervalle et le souci de faire accroire que chacun avait tout mis en oeuvre pour garder le prisonnier en vie.

J’ai un faible pour cette hypothèse, notamment pour ce qu'elle a effectivement de "bien humain". Je suis un fervent partisan du principe d’économie : sans argument décisif, l’hypothèse valable la plus simple est la meilleure.

François Delpla a écrit:Bref, les internautes assez convaincus de la solidité de ce texte pour accepter d'en discuter l'interprétation sans le tourner en dérision, c'est suffisamment neuf dans le paysage pour être digne d'être noté.

J'estime que tous les documents relevants pour une question doivent être pris en compte et critiqués.

François Delpla a écrit:vous extrapolez : il est plutôt question des précautions qu'il prendrait en mangeant s'il avait la seconde ampoule à suicide (donc en verre fragile) en bouche. Celle-ci est, dites-vous, "grosse". Ah bon ? Elle semble plutôt allongée et mince. Donc susceptible d'être coincée le long de la joue et de ne pas faire une bosse visible de l'extérieur si cette joue est un peu adipeuse, ce qui est le cas de Himmler. De même, dans ce cas, elle permet de parler de façon en apparence normale, du moins pour dire quelques mots comme ceux que vous signalez.

Moi, j'extrapole ?? :shock:
Selvester a écrit:I did however send for thick bread and cheese sandwiches and tea, which I offered to Himmler, hoping that I would see him if he removed anything from his mouth.

"... espérant que je le verrais, s'il retirait quelque chose de sa bouche". Ainsi, Selvester espère que Himmler sortira sa "phial" de la bouche. Il ne dit pas pourquoi. Aucune allusion à du verre. La tactique est simplement de vérifier que Himmler n'a pas dans la bouche quelque chose qui gênerait l'absorption d'un repas, quelque chose d'incompatible, pour une raison ou une autre, avec l'ingestion d'un gros sandwich.

C’est la seule technique à laquelle il pense, mais il la sait faillible, puisqu’il continue de se méfier et d’observer le chef SS. Et il a raison, puisque si Himmler dispose d’une capsule qui ne le gêne pas pour manger, sa tactique fait long feu. De toute évidence, c’est une hypothèse qu’il envisage.

Pour ce qui est de la matière dans laquelle sont faites les "phials", vous noterez qu’il n’y a aucune nécessité logique à ce que les deux soient faites dans la même. Il n’y pas de réelle contradiction entre le témoignage de Selvester parlant d’une la fiole en verre et celui de Murphy parlant d’une capsule en métal, puisque les deux ne se réfèrent pas au même "token". Les "token" étant différents, il est possible qu’ils appartiennent à des "types" différents aussi. D’où, en passant, l’intérêt d’en avoir deux sur soi (peut-être même avaient-elles un mode de dissimulation différent : une pour la bouche et une pour le derrière).

Par "grosse", j’entendais plus volumineuse qu’épaisse. Car, si c’est court et épais, ça fait une bosse, mais si c’est long et fin, ça fait deux bosses. Les deux peuvent gêner la diction. Bref... Avons-nous quelque certitude sur la taille de l’ampoule en verre ?

François Delpla a écrit:Devant tout document il faut examiner sa finalité. Celui-ci n'est pas destiné à faire toute la lumière, mais à passer un barrage de censure. Imaginez un instant qu'il se conclue par : "je ne comprends absolument pas comment il a pu se suicider", la phrase était sûre d'être coupée. Je trouve déjà remarquable qu'on lui ait autorisé un doute sur le "pourquoi" -et qu'il se le soit autorisé.

Tout à fait d’accord avec vous, il faut examiner sa finalité. Passer la censure, dites-vous. Cela m’inspire deux réflexions.
Premièrement, si passer la censure est la finalité du document, celui-ci n’a que très peu de valeur historique. Attention à ne pas abuser de cet argument, car, du coup, tout ce que relate Selvester aurait été orienté par cette finalité, y compris ce qui soutient votre hypothèse.
Ensuite, je dirais que passer la censure n’est pas une finalité, mais un moyen. Selvester témoigne. Il ne subit pas un interrogatoire. S’il a peur que quelque chose ne passe pas la censure, il ne l’écrit pas. Il n’a aucune raison de raconter autre chose à la place. S’il écrit qu’il ne comprend pas pourquoi Himmler s’est suicidé, c’est que c’est le cas. S’il ne comprenait pas le comment du suicide, mais craignait de l’écrire, il n’aurait rien écrit du tout.

L’examen du témoignage ne m’amène qu’à une conclusion : Selvester était convaincu que Himmler détenait une "phial" de cyanure sur lui ("and came to the conclusion that the phial was hidden somewhere on the prisoner’s person") et que la fouille, y compris la tactique des sandwichs, n’a pas réussi à le persuader du contraire ("I was still obsessed with the thoughts of the missing phial"). S’il y a une autre finalité que le simple fait d’apporter un éclaircissement à un historien que le lui demande, c’est de montrer qu’il a fait tout son possible pour éviter l’accident.

François Delpla a écrit:C'est un indice, parmi d'autres, et certes pas une preuve. Le seul élément de preuve que je trouve ici, c'est qu'avec une pareille surveillance et autant de tests nous pouvons, nous, exclure que la seconde ampoule ait été conservée tout ce temps dans la bouche.

Vous considérez donc bien ce témoignage comme une preuve. Je ne vois pas bien comment nous pourrions être plus certain du résultat de la fouille que celui qui l’a pratiquée. Je vous rappelle que lorsque Murphy offre à son tour des sandwichs à Himmler, Selvester observe à nouveau attentivement la mastication.

François Delpla a écrit:Le texte est on ne peut plus clair : tous les orifices sont fouillés sauf la bouche, qui demeure la seule cachette possible. Je ne vois pas en quoi l'omission, à un moment, du "sauf la bouche", peut laisser entendre que l'anus non plus n'est pas visité.

Moi non plus. Je dis juste que cette phrase ne saurait être prise à la lettre.
Par contre, j’estime qu’un doute est permis sur la qualité de la fouille anale. La chose peut être faite plus ou moins efficacement et sans indication sur le mode opératoire, l’hypothèse, appuyée par d’autres éléments, ne saurait être exclue si facilement.
En passant, Selvester ne dit à aucun moment que la bouche est le seul endroit où la fiole peut encore être dissimulée.

François Delpla a écrit:L'étonnement de Selvester porte sur la motivation du suicide, non sur sa possibilité technique ? Mais voyons, s'il croit réellement que Himmler a pu garder l'ampoule en bouche, une bouche observée seulement de l'extérieur, la motivation coule de source : dès qu'on lui demande de l'ouvrir, il la ferme !

Je dois admettre ne pas comprendre votre conclusion. Pourriez-vous, s’il vous plaît, développer le raisonnement ?

Bien à vous,
Christian


 

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