La guerre mondiale perturbe la valeur des monnaies, probablement en raison de la focalisation de l’économie sur la production d’armements. Bien que l’on constate, comme le montrent les faits, que le franc suisse fut désigné comme monnaie internationale, comme l’a été après-guerre le dollar, on débat peu ou pas actuellement sur les raisons et responsabilités qui en ont été à l’origine. Mais on peut, à partir de lectures ou de suppositions, essayer d’éclaircir cette question.
Il y a déjà une chose connue mais peu débattue c’est le transfert important de l’argent des Juifs allemands dans des banques extérieures à l’Allemagne, ceci en raison des vols organisés par les nazis sur cette communauté. Ils mirent leur argent entre autres dans des banques suisses qui avaient pour avantage du secret bancaire. Le sait-on ? Les nazis enrageaient. Donc que cela plaise ou non ce fut une forme de résistance au nazisme. Peut-être que cela a pu influencer le monde de la finance, les banquiers internationaux.
[…] La polémique à la fin des années 1990, sur les 50'000 comptes suisses en déshérence a ignoré le rôle des banques suisses dans l'apport d'une sécurité financière aux juifs et autres opprimés par le régime nazi, suffisamment chanceux pour y échapper. En 1934, le principe du secret bancaire a été une réponse à la pression des nazis pour obtenir les noms des détenteurs de comptes. Maintenant que l'Allemagne inflige des amendes aux possesseurs de comptes au Liechtenstein, on peut difficilement expliquer qu'une telle loi était inutile."
Texte paru dans Le Monde en février 2008 et signé Jean-François Mabut
Les banquiers internationaux installèrent alors une banque à Bâle, la banque des règlements internationaux, la BRI.
Cette banque avait comme mission d’aider l’Allemagne à rembourser l’énorme dette imposée par le Traité de Versailles. Je n’ai aucune idée des montants versés à l’Allemagne et mon impression est que cela reste très opaque. En tout cas les nazis furent bien représentés dans cette banque au point même que le service de contre-espionnage suisse finit par expulser l’un des responsables.
Donc voilà, au début de la guerre le franc suisse devint la monnaie internationale. En voici déjà une preuve peu connue, à savoir l’achat de CHF par la Russie au début de la guerre.
Les Transactions ne s’opèrent pas directement depuis Moscou mais depuis berlin ; en effet dans le sillage du Pacte Ribbentrop-Molotov , l’URSS entretient un dépôt auprès de la Reichsbank, dépôt partir duquel elle effectue ses livraisons différents pays , dont la Suisse.
Le rapport Bergier dans un discours qui manque de clarté en vient à amalgamer ces livraisons à celles de l’URSS qui vend de l’or, la Reichsbank ne faisant office que « d’entreprise de livraison »
Cet extrait provient d’un texte de Michel Fior sur le forum Cairn. Michel Fior est le véritable historien ayant vraiment étudié la question des achats d’or à l’Allemagne.
La raison de l’achat de CHF par la Russie est sa demande en biens de consommations, en particulier en provenance des Etats-Unis.
Donc la communauté internationale fait du CHF la principale monnaie d’échange pendant la SGm. Mais autant du côté des banquiers internationaux que des autorités suisses, s’est-on posé la question de savoir quelle serait la garantie de la valeur du CHF ? Comment par exemple, sans colonies, sans richesses minières, ni pétrole et surtout avec une industrie dépendant de l’approvisionnement allemand, comment donc cette monnaie pouvait atteindre une puissance internationale ? Il n’y avait que l’or. Mais l’or suisse avait été en grande partie transféré aux Etats-Unis qui le bloquèrent. On peut se demander si les autorités suisses se rendaient compte de cette réalité ? En tout cas Pilet- Golaz (Conseiller fédéral responsable du département politique) lui s’est bien rendu compte du risque d’achats d’or à l’Allemagne :
"Même si l'ouverture du crédit était réellement déjà promise et devenue inévitable, on devrait l'assortir de conditions que l'Allemagne, en particulier, ne serait pas en mesure de remplir, par exemple celle d'un dépôt d'or. L'ouverture d'un crédit à l'Allemagne serait une affaire très risquée, et le Conseil fédéral s'exposerait à de vives critiques s'il y prêtait la main. D'autre part, on doit cependant se demander s'il pourrait refuser une opération qu'il a accepté de faire pour l'autre partie."
Donc le Conseil fédéral était conscient des risques, mais comme c’est pratiquement toujours le cas en période de guerre, on ne choisit pas entre une bonne et une mauvaise action mais entre deux mauvaises actions…la moins mauvaise. On peut donc se poser la question de savoir quelles auraient été les conséquences en cas de refus d’achat d’or allemand. Le CHF était devenu la seule monnaie convertible en or.
Examinons un peu de savoir si ces achats d’or à l’Allemagne n’ont été que négatifs.
Bien entendu ce qui est connu comme négatif c’est d’avoir facilité l’achat de métaux par l’Allemagne au Portugal et à l’Espagne. Il était bien plus commode pour ces pays de payer leurs importations en CHF plutôt qu’en or difficilement transportable. Malgré tout ils n’auraient certainement pas renoncé au commerce avec l’Allemagne avec des paiements en or qu’ils auraient alors eux-mêmes changé en CHF. A partir de là la Suisse est accusée d’avoir prolongé la guerre. D’ailleurs le Portugal avait de l’or allemand qui lui a permis d’acheter des CHF. On voit donc autant pour la Russie que pour l’Espagne et le Portugal le désir d’obtenir des CHF pour leurs importations.
Par contre on parle peu du financement en Suisse du CICR et de l’admirable action à la fois de ses employés de Genève et au travail des délégués dans les pays en guerre qu’ils ont pu atteindre uniquement grâce au statu de neutralité.
L'activité de la Croix Rouge est mieux connue. Le CICR s'occupa de sept millions de prisonniers et de 175'000 internés civils. La seule agence centrale des prisonniers de guerre comprenait 3700 collaborateurs. Elle répondit à 6000'000 demandes de recherches et transmit 23 millions de messages pour des civils coupés de toute communication dans le pays ennemi où ils étaient retenus. Les prisonniers de guerre reçurent, par l'entremise du Comité international, 33 millions de colis contenant des vivres et des objets. Le Comité affréta des navires pour ces transports. D'autres envois de secours, en grand nombre, furent transportés sur des navires suisses de ravitaillement ou des trains suisses de marchandises, Marc-André Charguéraud parle de 2000 wagons par mois à destination des prisonniers Alliés en Allemagne. Plus de la moitié du financement du CICR provenait de Suisse
Il faut aussi parler du rôle de puissance protectrice joué par la Suisse auprès de 43 pays.
Le financement d’actions diplomatiques et le financement secret de l’armée aux mouvements de résistances, y compris la fourniture d’armes.
Il est souvent question des dents en or prises aux Juifs, qu’en est-il réellement ?
Il est bien clair qu’aucun banquier suisse ne pouvait imaginer cette provenance de l’or allemand. Mais même en Allemagne cela a posé des problèmes, y compris moraux et relevant du secret. Les autorités essayaient de cacher l’Holocauste, y compris au peuple allemand et ce n’est pas en répandant ces bijoux et or que cela y aurait aidé, voici un texte explicite à ce sujet
Angelo Codevilla historien américain:
LA SUISSE la guerre, les fonds en déshérence et la politique américaine
p.169
L'aspect moral de l'équation n'a jamais fait de doute. La Convention de La Haye de 1907 interdisait aux puissances occupantes de s'emparer des biens des particuliers, notamment de l'or. Le fait que les Nazis fussent des voleurs aussi bien que des assassins n'était pas une nouveauté. Ni d'ailleurs la création d’une unité de police nazie spéciale ayant pour mission de faire respecter - souvent sous peine de mort - les décrets pris en Allemagne aussi bien que dans les pays occupés, obligeant les particuliers à échanger tous leurs objets en or, y compris les alliances, contre des devises en papier. Ce programme visant à spolier les particuliers de leur or avait été baptisé « Plan quadriennal ». En dernière analyse, selon une vérification des comptes de la Reichsbank menée après la guerre par le gouvernement des États-Unis, le programme rapporta l'équivalent en or de 71,8 millions de dollars. Le vol d'or le plus odieux, commis sur les prisonniers des camps d'extermination, rapporta l'équivalent d'au moins 2,9 millions de dollars, déposés à la Reichsbank sur le compte dit Melmer. En admettant que la quantité d'or des victimes ait été beaucoup plus importante, il convient de souligner que le Reich n'en fondit jamais la grande partie - l'équivalent de 30 millions de dollars - et que cet or n'est par conséquent jamais entré dans le circuit international. En 1945, les forces américaines de Thuringe découvrirent des boîtes entières d'anneaux de mariage et de prothèses dentaires en or; apparemment, les personnes chargées de les ¬réceptionner à la Reichsbank n'avaient pas osé les remettre aux employés de la Monnaie, de crainte de les choquer. Après tout l'Holocauste était un secret d'État, et des masses d'anneaux de mariage et de prothèses dentaires auraient probablement horrifié la plupart des Nazis. Les Américains découvrirent les caches de la Reichsbank et en prirent possession, filmant par la suite ces abominables trophées. Ce sont les autorités américaines et non les Suisses, qui fondirent l'or des victimes, après la guerre. Pourtant, la possibilité - et même la probabilité très vraisemblable - qu'une quantité indéterminée de l'or du commerce ¬entre la Suisse et le Reich ait eu une origine illégale n'a fait de doute.
Tout cela est important mais il est honnête de relever que ce rôle attribué au CHF a bien évidemment profité aussi à la Suisse lui permettant de bénéficier d’un pouvoir d’achat. C’est normal que cela suscite de la rancune, particulièrement de la part de tous ces pays ayant souffert d’une épouvantable occupation nazie. Cela je le comprends, mais ce que je comprends moins c’est pourquoi on ne cherche pas à comprendre les raisons qui ont fait que le CHF ait été choisi sans manifestement savoir comment cette monnaie pouvait tenir un rôle aussi important.
Je me demande entre autres si les banquiers internationaux ne comprenaient pas que sans achat d’or à l’Allemagne le franc suisse ne valait pas grand-chose.
Il faut encore souligner que d’autres pays ont acheté de l’or allemand, y compris chez les Alliés et Neutres, mais en plus petite quantité. Moralement il ne me semble pas que cela ne leur ait posé des problèmes.
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Mais posons-nous la question de savoir quel aurait été l’autre monnaie internationale au cours de la guerre. Car force est d’admettre qu’il en fallait bien une, le commerce ne pouvait pas se faire uniquement en échanges de biens ou avec de l’or. Ce n’était pas possible d’attribuer ce rôle à un pays en guerre, donc en Europe il n’y avait que les Neutres. Pourquoi cela n’a pas été déjà le dollar, les Etats-Unis étant encore neutres au début de la guerre.
Mais ce fut le franc suisse. Cela s’est-il fait uniquement au sein de la finance internationale ou en plein accord et connaissances des autorités suisses, Parlement et Conseil fédéral ? Mon impression est que cela s’est fait à l’insu de son plein gré (j’aime bien cette expression….).
Qu’en pensez-vous ? C'est un sujet tabou, donc intéressant

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