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L'importance de l'or pendant la guerre


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L'importance de l'or pendant la guerre

Nouveau message Post Numéro: 1  Nouveau message de Christian27  Nouveau message 16 Déc 2024, 08:56

La guerre mondiale perturbe la valeur des monnaies, probablement en raison de la focalisation de l’économie sur la production d’armements. Bien que l’on constate, comme le montrent les faits, que le franc suisse fut désigné comme monnaie internationale, comme l’a été après-guerre le dollar, on débat peu ou pas actuellement sur les raisons et responsabilités qui en ont été à l’origine. Mais on peut, à partir de lectures ou de suppositions, essayer d’éclaircir cette question.
Il y a déjà une chose connue mais peu débattue c’est le transfert important de l’argent des Juifs allemands dans des banques extérieures à l’Allemagne, ceci en raison des vols organisés par les nazis sur cette communauté. Ils mirent leur argent entre autres dans des banques suisses qui avaient pour avantage du secret bancaire. Le sait-on ? Les nazis enrageaient. Donc que cela plaise ou non ce fut une forme de résistance au nazisme. Peut-être que cela a pu influencer le monde de la finance, les banquiers internationaux.

[…] La polémique à la fin des années 1990, sur les 50'000 comptes suisses en déshérence a ignoré le rôle des banques suisses dans l'apport d'une sécurité financière aux juifs et autres opprimés par le régime nazi, suffisamment chanceux pour y échapper. En 1934, le principe du secret bancaire a été une réponse à la pression des nazis pour obtenir les noms des détenteurs de comptes. Maintenant que l'Allemagne inflige des amendes aux possesseurs de comptes au Liechtenstein, on peut difficilement expliquer qu'une telle loi était inutile."
Texte paru dans Le Monde en février 2008 et signé Jean-François Mabut


Les banquiers internationaux installèrent alors une banque à Bâle, la banque des règlements internationaux, la BRI.
Cette banque avait comme mission d’aider l’Allemagne à rembourser l’énorme dette imposée par le Traité de Versailles. Je n’ai aucune idée des montants versés à l’Allemagne et mon impression est que cela reste très opaque. En tout cas les nazis furent bien représentés dans cette banque au point même que le service de contre-espionnage suisse finit par expulser l’un des responsables.
Donc voilà, au début de la guerre le franc suisse devint la monnaie internationale. En voici déjà une preuve peu connue, à savoir l’achat de CHF par la Russie au début de la guerre.

Les Transactions ne s’opèrent pas directement depuis Moscou mais depuis berlin ; en effet dans le sillage du Pacte Ribbentrop-Molotov , l’URSS entretient un dépôt auprès de la Reichsbank, dépôt partir duquel elle effectue ses livraisons différents pays , dont la Suisse.
Le rapport Bergier dans un discours qui manque de clarté en vient à amalgamer ces livraisons à celles de l’URSS qui vend de l’or, la Reichsbank ne faisant office que « d’entreprise de livraison »


Cet extrait provient d’un texte de Michel Fior sur le forum Cairn. Michel Fior est le véritable historien ayant vraiment étudié la question des achats d’or à l’Allemagne.
La raison de l’achat de CHF par la Russie est sa demande en biens de consommations, en particulier en provenance des Etats-Unis.
Donc la communauté internationale fait du CHF la principale monnaie d’échange pendant la SGm. Mais autant du côté des banquiers internationaux que des autorités suisses, s’est-on posé la question de savoir quelle serait la garantie de la valeur du CHF ? Comment par exemple, sans colonies, sans richesses minières, ni pétrole et surtout avec une industrie dépendant de l’approvisionnement allemand, comment donc cette monnaie pouvait atteindre une puissance internationale ? Il n’y avait que l’or. Mais l’or suisse avait été en grande partie transféré aux Etats-Unis qui le bloquèrent. On peut se demander si les autorités suisses se rendaient compte de cette réalité ? En tout cas Pilet- Golaz (Conseiller fédéral responsable du département politique) lui s’est bien rendu compte du risque d’achats d’or à l’Allemagne :
"Même si l'ouverture du crédit était réellement déjà promise et devenue inévitable, on devrait l'assortir de conditions que l'Allemagne, en particulier, ne serait pas en mesure de remplir, par exemple celle d'un dépôt d'or. L'ouverture d'un crédit à l'Allemagne serait une affaire très risquée, et le Conseil fédéral s'exposerait à de vives critiques s'il y prêtait la main. D'autre part, on doit cependant se demander s'il pourrait refuser une opération qu'il a accepté de faire pour l'autre partie."

Donc le Conseil fédéral était conscient des risques, mais comme c’est pratiquement toujours le cas en période de guerre, on ne choisit pas entre une bonne et une mauvaise action mais entre deux mauvaises actions…la moins mauvaise. On peut donc se poser la question de savoir quelles auraient été les conséquences en cas de refus d’achat d’or allemand. Le CHF était devenu la seule monnaie convertible en or.
Examinons un peu de savoir si ces achats d’or à l’Allemagne n’ont été que négatifs.
Bien entendu ce qui est connu comme négatif c’est d’avoir facilité l’achat de métaux par l’Allemagne au Portugal et à l’Espagne. Il était bien plus commode pour ces pays de payer leurs importations en CHF plutôt qu’en or difficilement transportable. Malgré tout ils n’auraient certainement pas renoncé au commerce avec l’Allemagne avec des paiements en or qu’ils auraient alors eux-mêmes changé en CHF. A partir de là la Suisse est accusée d’avoir prolongé la guerre. D’ailleurs le Portugal avait de l’or allemand qui lui a permis d’acheter des CHF. On voit donc autant pour la Russie que pour l’Espagne et le Portugal le désir d’obtenir des CHF pour leurs importations.
Par contre on parle peu du financement en Suisse du CICR et de l’admirable action à la fois de ses employés de Genève et au travail des délégués dans les pays en guerre qu’ils ont pu atteindre uniquement grâce au statu de neutralité.
L'activité de la Croix Rouge est mieux connue. Le CICR s'occupa de sept millions de prisonniers et de 175'000 internés civils. La seule agence centrale des prisonniers de guerre comprenait 3700 collaborateurs. Elle répondit à 6000'000 demandes de recherches et transmit 23 millions de messages pour des civils coupés de toute communication dans le pays ennemi où ils étaient retenus. Les prisonniers de guerre reçurent, par l'entremise du Comité international, 33 millions de colis contenant des vivres et des objets. Le Comité affréta des navires pour ces transports. D'autres envois de secours, en grand nombre, furent transportés sur des navires suisses de ravitaillement ou des trains suisses de marchandises, Marc-André Charguéraud parle de 2000 wagons par mois à destination des prisonniers Alliés en Allemagne. Plus de la moitié du financement du CICR provenait de Suisse
Il faut aussi parler du rôle de puissance protectrice joué par la Suisse auprès de 43 pays.
Le financement d’actions diplomatiques et le financement secret de l’armée aux mouvements de résistances, y compris la fourniture d’armes.
Il est souvent question des dents en or prises aux Juifs, qu’en est-il réellement ?
Il est bien clair qu’aucun banquier suisse ne pouvait imaginer cette provenance de l’or allemand. Mais même en Allemagne cela a posé des problèmes, y compris moraux et relevant du secret. Les autorités essayaient de cacher l’Holocauste, y compris au peuple allemand et ce n’est pas en répandant ces bijoux et or que cela y aurait aidé, voici un texte explicite à ce sujet

Angelo Codevilla historien américain:
LA SUISSE la guerre, les fonds en déshérence et la politique américaine
p.169

L'aspect moral de l'équation n'a jamais fait de doute. La Convention de La Haye de 1907 interdisait aux puissances occupantes de s'emparer des biens des particuliers, notamment de l'or. Le fait que les Nazis fussent des voleurs aussi bien que des assassins n'était pas une nouveauté. Ni d'ailleurs la création d’une unité de police nazie spéciale ayant pour mission de faire respecter - souvent sous peine de mort - les décrets pris en Allemagne aussi bien que dans les pays occupés, obligeant les particuliers à échanger tous leurs objets en or, y compris les alliances, contre des devises en papier. Ce programme visant à spolier les particuliers de leur or avait été baptisé « Plan quadriennal ». En dernière analyse, selon une vérification des comptes de la Reichsbank menée après la guerre par le gouvernement des États-Unis, le programme rapporta l'équivalent en or de 71,8 millions de dollars. Le vol d'or le plus odieux, commis sur les prisonniers des camps d'extermination, rapporta l'équivalent d'au moins 2,9 millions de dollars, déposés à la Reichsbank sur le compte dit Melmer. En admettant que la quantité d'or des victimes ait été beaucoup plus importante, il convient de souligner que le Reich n'en fondit jamais la grande partie - l'équivalent de 30 millions de dollars - et que cet or n'est par conséquent jamais entré dans le circuit international. En 1945, les forces américaines de Thuringe découvrirent des boîtes entières d'anneaux de mariage et de prothèses dentaires en or; apparemment, les personnes chargées de les ¬réceptionner à la Reichsbank n'avaient pas osé les remettre aux employés de la Monnaie, de crainte de les choquer. Après tout l'Holocauste était un secret d'État, et des masses d'anneaux de mariage et de prothèses dentaires auraient probablement horrifié la plupart des Nazis. Les Américains découvrirent les caches de la Reichsbank et en prirent possession, filmant par la suite ces abominables trophées. Ce sont les autorités américaines et non les Suisses, qui fondirent l'or des victimes, après la guerre. Pourtant, la possibilité - et même la probabilité très vraisemblable - qu'une quantité indéterminée de l'or du commerce ¬entre la Suisse et le Reich ait eu une origine illégale n'a fait de doute.

Tout cela est important mais il est honnête de relever que ce rôle attribué au CHF a bien évidemment profité aussi à la Suisse lui permettant de bénéficier d’un pouvoir d’achat. C’est normal que cela suscite de la rancune, particulièrement de la part de tous ces pays ayant souffert d’une épouvantable occupation nazie. Cela je le comprends, mais ce que je comprends moins c’est pourquoi on ne cherche pas à comprendre les raisons qui ont fait que le CHF ait été choisi sans manifestement savoir comment cette monnaie pouvait tenir un rôle aussi important.
Je me demande entre autres si les banquiers internationaux ne comprenaient pas que sans achat d’or à l’Allemagne le franc suisse ne valait pas grand-chose.
Il faut encore souligner que d’autres pays ont acheté de l’or allemand, y compris chez les Alliés et Neutres, mais en plus petite quantité. Moralement il ne me semble pas que cela ne leur ait posé des problèmes.
………………………..
Mais posons-nous la question de savoir quel aurait été l’autre monnaie internationale au cours de la guerre. Car force est d’admettre qu’il en fallait bien une, le commerce ne pouvait pas se faire uniquement en échanges de biens ou avec de l’or. Ce n’était pas possible d’attribuer ce rôle à un pays en guerre, donc en Europe il n’y avait que les Neutres. Pourquoi cela n’a pas été déjà le dollar, les Etats-Unis étant encore neutres au début de la guerre.
Mais ce fut le franc suisse. Cela s’est-il fait uniquement au sein de la finance internationale ou en plein accord et connaissances des autorités suisses, Parlement et Conseil fédéral ? Mon impression est que cela s’est fait à l’insu de son plein gré (j’aime bien cette expression….).
Qu’en pensez-vous ? C'est un sujet tabou, donc intéressant

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Re: L'importance de l'or pendant la guerre

Nouveau message Post Numéro: 2  Nouveau message de Christian27  Nouveau message 17 Déc 2024, 09:55

Je me suis aperçu que la citation du texte de Michel Fior contenait des erreurs. Manifestement elles proviennent de Word avec des sauts dans le texte...mais c'est bien sûr finalement de ma faute de ne pas avoir bien relus mon texte, voici le texte corrigé avec le lien sur le texte de Michel Fior

Dans l’état actuel des recherches il est possible d’identifier toutes les ventes de métal jaune de l’URSS à la Suisse pour la période allant de 1939 à 1941. Les Transactions ne s’opèrent pas directement depuis Moscou mais depuis Berlin ; en effet dans le sillage du Pacte Ribbentrop-Molotov , l’URSS entretient un dépôt auprès de la Reichsbank, dépôt à partir duquel elle effectue ses livraisons à différents pays , dont la Suisse.
Le rapport Bergier, dans un discours qui manque de clarté en vient à amalgamer ces livraisons à celles que la Reichsbank effectue pour son propre compte. Or toutes les sources convergent c’est bien l’URSS qui vend de l’or, la Reichsbank ne faisant office que « d’entreprise de livraison »
Cet extrait provient d’un texte de Michel Fior sur le forum Cairn. Michel Fior est le véritable historien ayant vraiment étudié la question des achats d’or à l’Allemagne.


https://shs.cairn.info/revue-relations- ... 95?lang=fr

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Re: L'importance de l'or pendant la guerre

Nouveau message Post Numéro: 3  Nouveau message de Christian27  Nouveau message 27 Déc 2024, 10:03

Je reviens sur le sujet m'apercevant qu'en fait il n'existe à l'heure actuelle pas de véritable analyse ou explication sur l'origine du CHF en tant que monnaie internationale au cours de la Seconde Guerre mondiale.
La question est:
Est-ce la Suisse, ses autorités qui l'aurait imposé ou
Est-ce la communauté internationale qui l'aurait imposé à la Suisse ou encore
Est-ce que cela s'est fait naturellement

Première hypothèse la Suisse
Comment les autorités suisses pouvaient-elles imaginer devenir la première puissance monétaire mondiale ? Avec quelles ressources ? Par rapport à d'autres pays ses réserves d'or n'étaient pas immenses. Il y avait bien sûr ses banques mais l'argent déposé ne lui appartenait pas.

Deuxième hypothèse la communauté internationale menée par la finance
Là il y a tout de même un argument solide, à savoir la nécessité de disposer d'une monnaie internationale, rôle que ne pouvait pas jouer un pays en guerre. Il fallait un pays neutre.

Troisièmement cela s'est fait naturellement

Je pense que l'on peut écarter la première hypothèse et des deux autres admettre une combinaison. A partir de là on doit se demander si les autorités suisses avaient compris l'enjeu. Je pense que Pilet-Golaz, avec son incroyable intuition, l'avait bien compris, lui qui avertissait du risque des achats d'or à l'Allemagne. Donc la communauté internationale savait parfaitement que dans la situation à la fois de la SGm et de la Suisse, seule une couverture or pouvait garantir la valeur du CHF en tant que monnaie internationale.

Cela s'est donc fait, il faut donc maintenant se demander si la Suisse s'est enrichie pendant la guerre. Voyons en premier ce tableau:

Evolution du revenu par habitant

1938 1941 1944 1946 1954

CH 100 85 87 100 122
GB 100 112 87 100 123
EU 100 137 175 150 173

Il faut donc distinguer la Suisse des personnes qui se sont effectivement enrichies, dont bien sûr en premier les banquiers et certains industriels.

Cette richesse comme déjà dit a permis de financer des institutions telle que le CICR, la diplomatie et l'aide aux résistances.

Il y a une chose que l'on doit dire, c'est que sans richesses minière ou d'origine fossile (gaz, pétrole) et sans couverture or, la Suisse ne pouvait strictement rien faire, même pas fabriquer des armes, elle ne possédait rien. La Suisse, ses autorités ce n'étaient pas les banques.

Je m'étonne du peu d'analyse de cette question, autorisant ainsi n'importe qui de dire n'importe quoi sur des vidéos youtube. Même s'il n'est pas question de blanchir la Suisse, on peut au moins tenter une explication en rapport avec la situation de l'époque.

Les Américains ont bien compris tout l'intérêt de posséder la monnaie internationale et il était bien clair que la Suisse ne pouvait plus remplir ce rôle après la guerre.

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Re: L'importance de l'or pendant la guerre

Nouveau message Post Numéro: 4  Nouveau message de Christian27  Nouveau message 30 Déc 2024, 07:53

En cherchant un peu dans mes fichiers, j'ai retrouvé cet article fort intéressant de l'historien spécialiste de la question, le professeur Philippe Marguérat de l'université de Neuchâtel. On y trouve l'explication que je cherchais du pourquoi le CHF était devenu la principale monnaie internationale, voire la seule au cours de la guerre.

Achats d'or par la Banque nationale suisse

"(...) A la veille de la Seconde Guerre mondiale, quatre monnaies passent pour des moyens de paiements internationaux, valables partout dans le monde et pour toutes les transactions possibles : l'or, le dollar américain, la livre sterling et, dans une certaine mesure, le franc suisse : (...) parce que la Suisse, en dépit de sa taille, et pour reprendre les termes de J. Hotz, chef de la Division du commerce, est étroitement mêlée au commerce mondial, exporte des capitaux dans toutes les directions et réalise sans trop de peine deux équilibres fondamentaux : celui de la balance des comptes et celui du budget, assurant ainsi à sa monnaie stabilité externe et maintien du pouvoir d'achat; sans oublier une importante couverture métallique (95 % en 1938-1939), gage de premier ordre.

Avec la guerre tout change. La livre sterling - dès septembre 1939 -, puis le dollar - dès décembre 1941 - deviennent des monnaies belligérantes, autrement dit des monnaies dont la valeur externe est aléatoire, liée aux vicissitudes des armes. Elles perdent dès lors de leur attrait, comme moyens de paiements internationaux.

(...) Restent l'or et le franc suisse. Mais l'or (...) pose lui aussi des problèmes : son transport devient difficile, en raison de la capacité réduite de fret ou des obstacles opposés par le blocus et le contre-blocus; ensuite, sa provenance fait peser une hypothèse sur son utilisation. On aura donc tendance à lui préférer une devise forte. Quelle devise forte ? La seule qui subsiste : le franc suisse. Le franc jouit pendant la guerre d'un statut particulier. Tout d'abord, il est une monnaie non-belligérante. Ensuite, il reste une monnaie libre : la Suisse n'a pas introduit le contrôle des changes; marché des devises et marché de l'or continuent à fonctionner sans restrictions - ou presque (contrôle souple du marché de l'or depuis fin 1942) -, c'est-à-dire que l'on peut vendre ou acheter des devises ou de l'or sans grandes entraves; sans entraves, et, il faut le souligner, à prix constant : la législation monétaire fait en effet à la banque émettrice - la Banque nationale suisse - l'obligation de maintenir le franc à un niveau constant par rapport à l'or et aux grandes monnaies comme le dollar.

Enfin, le franc suisse demeure dans une certaine mesure convertible. On sait que jusqu'après la Seconde Guerre mondiale toute monnaie se définit légalement par un certain poids d'or (pair métallique) : tant de milligrammes d'or par unité monétaire, dans notre cas par franc; quantité d'or qui gage en quelque sorte la monnaie et se matérialise dans les réserves (ou encaisse) de la banque émettrice. (...) les détenteurs de billets suisses peuvent se procurer du métal précieux sur le marché suisse de l'or, marché caractérisé par des fluctuations de prix - cours de l'or - très faibles. Cette particularité tient à l'action de la Banque nationale, qui régularise ce marché en achetant ou en vendant de l'or de manière à maintenir le prix de ce dernier au niveau du pair métallique (...).

Bref, non-belligérance, liberté et stabilité, convertibilité : telles sont les caractéristiques de la monnaie suisse, caractéristiques qu'elle est seule à réunir au sein du système monétaire international entre 1941 et 1945.

(...) On comprend, dans ces conditions, l'importance du franc suisse pour l'Allemagne : c'est une des modalités de paiement privilégiées par ses fournisseurs de matières stratégiques (...), c'est aussi la devise reine de ses services d'espionnage et de renseignements. L'acquisition de francs se fait de trois manières : soit par vente d'or contre de la monnaie suisse auprès des banques commerciales suisses, donc sur le marché suisse de l'or, soit par vente d'or contre de la monnaie suisse auprès de la Banque nationale suisse, soit enfin par vente de devises contre de la monnaie suisse auprès des banques suisses. De ces diverses modalités, c'est la vente d'or qui est la plus utilisée; la vente de devises porte sur des montants relativement faibles : il s'agit d'une somme inférieure à 50 millions de francs, soit moins de 5 % du volume des transactions sur l'or. C'est donc ce dernier qui retiendra notre attention.

(...) De 1940 à 1945, la Banque nationale suisse a absorbé l'équivalent de 1,2 à 1,3 milliard. Quant au métal absorbé par les grandes banques commerciales suisses, (...), son montant n'est pas exactement connu : probablement aux alentours de 150 millions de francs.

Ce total de 1,2 à 1,3 milliard absorbé par la Banque nationale suisse provient de diverses sources : or des réserves allemandes d'avant-guerre bien sûr; mais aussi or belge et hollandais. L'or hollandais est de l'or cédé par la Banque de Hollande à la Reichsbank en 1940-1941. Il ne s'agit pas d'or pillé ou volé par le Reich à proprement parler, mais d'or cédé dans des conditions douteuses : sous la pression de l'occupation et par un gouverneur pro-nazi placé par le Reich à la tête de la banque centrale de Hollande; autrement dit d'or entaché pour la Reichsbank d'un vice de possession. Il en va de même de l'or belge : cet or provient d'un dépôt fait par la Banque de Belgique auprès de la Banque de France en 1939, dépôt cédé en 1940, à la demande du gouvernement de Vichy, par la Banque de France à la Reichsbank (...). Par la suite, cet or a été falsifié à Berlin, c'est-à-dire refondu et antidaté de manière à avoir l'apparence de lingots des réserves allemandes d'avant-guerre, et c'est sous cette forme méconnaissable qu'il a été vendu à la Banque nationale suisse.

(...) Les francs suisses ainsi acquis constituent pour le Reich le coussin de devises fortes dont il a besoin. Très souvent, les destinataires ultimes de ces francs : exportateurs d'Espagne, du Portugal, de Roumanie, etc., demandent après coup - eux ou leur banque centrale - la conversion de ces francs en or : c'est de l'or suisse qu'ils obtiennent ainsi, autrement dit de l'or apparemment non suspect de vice de possession, de l'or lavé, blanchi par l'intermédiaire de la banque centrale suisse.

L'évaluation des services rendus

(...) à partir de la fin de 1941, la Suisse devient comme place monétaire une pièce maîtresse de l'économie de guerre allemande. On peut parler dans ce domaine d'une dépendance directe et décisive du Reich, dépendance qui exerce une dissuasion certaine.

(...) Le franc suisse constitue donc, de l'aveu même des experts de l'époque, un atout décisif en faveur de la Suisse. Un atout, c'est-à-dire une arme, mais il faut le souligner, une arme à double tranchant : favorable à la Suisse aussi longtemps que la Banque nationale accepte d'acheter de l'or allemand, problématique dès lors que se poserait la question d'un refus de la Banque nationale. Comme en témoignent divers rapports de la Banque, cette dernière éventualité n'a cessé d'agiter les esprits et a fait peser une hypothèse sur le comportement de l'institution (...).

Le franc suisse devient à partir de l'été 1941, (...) la seule monnaie internationale. Les Allemands en ont besoin pour payer leurs importations de matières stratégiques depuis les pays neutres. Mais ils ne sont pas les seuls : les Alliés en ont également besoin pour opérer divers règlements; par ailleurs, de nombreux pays neutres ou non-belligérants commercent entre eux en francs suisses. (...) Bref, tout le monde cherche à acheter des francs suisses : c'est un phénomène général. Ces achats se font, d'où qu'ils émanent : camp de l'Axe ou camp allié, selon des mécanismes analogues : pour se procurer des francs suisses, les Allemands vendent de l'or au système bancaire suisse; pour se procurer des francs suisses, les Alliés vendent de l'or à la Suisse. Or, ces mécanismes posent de redoutables problèmes d'ordre monétaire et d'ordre conjoncturel, qui nécessitent l'intervention de la Banque nationale

(...) Soumise à une très forte demande, celle-ci [la monnaie helvétique] voit son prix monter sur le marché de l'or : elle tend à s'apprécier par rapport à l'or et par rapport aux autres monnaies rattachées à l'or. Mais une telle évolution est incompatible avec le régime monétaire en vigueur, régime qui établit (...) un rapport fixe entre le franc et l'or. D'où la nécessité pour la Banque nationale d'intervenir : elle le fait en achetant de l'or contre des francs suisses, de manière à faire remonter le prix du métal précieux et à ramener le cours du franc au niveau fixé par la législation monétaire. (...)

Il y a donc hémorragie d'or pour la Banque nationale suisse, hémorragie qui menace son existence même et son activité. Des raisons légales et économiques contraignent en effet l'institution à disposer d'importantes réserves d'or, et à en disposer en Suisse même.

(...) la Banque nationale suisse, pour remplir sa mission monétaire, se voit acculée à acheter de l'or à la Reichsbank, technique parfaitement efficace monétairement parlant, mais ayant pour désavantage d'exposer politiquement - et juridiquement - la Banque nationale ainsi que la Confédération. (...)

Les achats d'or allemand posent en effet un problème de politique de neutralité. La Banque nationale achète de l'or à la Reichsbank; mais, (...), elle achète aussi de l'or aux Alliés; et elle leur en achète de plus en plus à partir de 1942. (...)

Au total les achats d'or allié par la Banque nationale et par la Confédération représentent de septembre 1939 à mai 1945 une somme supérieure à 2 milliards de francs suisses. (...) Soit une somme supérieure aux achats d'or allemand par le système bancaire suisse (1,35 à 1,45 milliard de francs environ) et égale au montant cumulé des achats d'or allemand par la Suisse et des avances de clearing au Reich (2,45 à 2,55 milliards de francs).
(...)"

Philippe Marguerat, La Suisse face au IIIe Reich. Réduit national et dissuasion économique, 1940-1945, Editions 24 heures, Lausanne, 1991, pp. 85-159.


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Re: L'importance de l'or pendant la guerre

Nouveau message Post Numéro: 5  Nouveau message de Christian27  Nouveau message 13 Avr 2025, 07:00

Je ne pouvais pas laisser passer cette information que j'ai trouvée dans cet entretien de Jacques Baud. Jacques Baud est un colonel suisse qui a travaillé pour le renseignement y compris au sein de l'OTAN. Etant donné que dès le début de la guerre en Ukraine il a compris l’impossibilité à l'Ukraine de vaincre la Russie, cela lui vaut, bien sûr de nombreuses critiques dont celle d'être pro Russes. Mais l'information que je montre n'a rien à voir avec la guerre en Ukraine mais bel et bien avec la Seconde Guerre mondiale et particulièrement avec ce qui s'est passé entre Américains et Suisses dès la fin de la guerre. Ce qui est continuellement répété à souhait c'est que les Alliés en voulaient à la Suisse et que donc, la dite Suisse devait payer. On en prend pour preuve qu'effectivement la Suisse paya 250 millions de CHF pour la reconstruction. Seulement ce qui n'a jamais été dit et que j'ai donc appris dans cet entretien c'est que bien entendu les vainqueurs s'empressèrent de prendre l'or allemand, en Allemagne bien sûr. Et, chose pour le moins surprenante, en donna une part à la Suisse, combien ? Peu importe. L'important de ceci c'est que les Alliés comprenaient parfaitement que le CHF avait été la principale monnaie de la SGm.
Intéressantes aussi ses remarques sur Allen Dulles
Voici le lien:

https://youtu.be/72e8pm3SE3U?si=13A6Y0OyOrUASz5R

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Re: L'importance de l'or pendant la guerre

Nouveau message Post Numéro: 6  Nouveau message de Margont  Nouveau message 13 Avr 2025, 21:06

Christian27 a écrit:On en prend pour preuve qu'effectivement la Suisse paya 250 millions de CHF pour la reconstruction.


Bonsoir Christian,
Je n'ai pas encore vu ton lien Youtube, peut-être la réponse à ma question s'y trouve-t-elle (en ce cas excuse-moi de poser la question), mais à qui la Suisse a-t-elle payé ces 250 millions de FCH, et pour la reconstruction de quoi (ou de quel pays) ?
« L’ennemi se déguise parfois en géranium mais on ne peut s’y tromper,
car tandis que le géranium est à nos fenêtres, l’ennemi est à nos portes.
»
Pierre Desproges

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Re: L'importance de l'or pendant la guerre

Nouveau message Post Numéro: 7  Nouveau message de Clauster  Nouveau message 14 Avr 2025, 07:26

Pas vu non plus, en revanche j'ai trouvé ça sur WIki.

Les nazis possèdent de grandes quantités d’or qu’ils ont pillé dans les banques des pays conquis et volé à leurs victimes juives. Seule la Suisse accepte de racheter cet or aux nazis contre des francs suisses qui, eux, sont convertibles. Ces francs permettent au Reich d’acheter aux pays producteurs de précieux matériaux, dont ils ne disposent pas sur leur territoire, pour leur armement. C’est un service important que la Confédération rend aux Nazis et qui explique en grande partie pourquoi la Suisse n’a pas été envahie. À la fin de la guerre, les Alliés sanctionneront la Suisse pour ce rachat d'or pillé en lui imposant une amende de 250 millions de francs, un accord signé à Washington le 25 mai 1946[8].

https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Honne ... _la_Suisse

et : Accord de Washington

2. Le Gouvernement suisse s’engage à mettre à la disposition des trois Gouvernements alliés un montant de 250 millions de francs suisses, payable à vue en or à New‑York. Les Gouvernements alliés, de leur côté, déclarent qu’en acceptant ce montant ils renoncent, pour eux‑mêmes et pour leurs Banques d’émission, à toutes revendications contre le Gouvernement suisse ou la Banque Nationale suisse relatives à l’or acquis par la Suisse de l’Allemagne pendant la guerre. Toute question relative à cet or se trouve ainsi réglée.

https://www.fedlex.admin.ch/eli/cc/62/661_657_683/fr
Claude

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Re: L'importance de l'or pendant la guerre

Nouveau message Post Numéro: 8  Nouveau message de Christian27  Nouveau message 14 Avr 2025, 08:08

Ce chiffre de 250 millions apparaît deux fois.

Il y a d'abord un prêt accordé à la France, référence: Histoire de la neutralité suisse, Vol VI, par Edgar Bonjour, p.375
" Au cours des pourparlers, la Alliés avaient demandé avec insistance l'octroi d'un prêt à la France. Les 250 millions de francs qui furent ainsi prêtés étaient destinés au financement d'achat en Suisse et à la réparation de locomotives et véhicules automobiles. Cette avance avait le caractère d'une contribution à la reconstruction de l'Europe. Elle facilita grandement la conclusion de l'accord avec les puissances occidentales"
Cela fut discuté en Suisse, en 1945,, avec les Américains

Ensuite il y eut de nouvelles discussions en 1946 mais aux États-Unis. Référence: La Suisse dans les tempêtes du XXè siècle par Jean-Jacques Langendorf, p 208

"Quand il se fut agi de fixer le montant du dédommagement à payer par les Suisses, les négociations s'envenimèrent et frôlèrent même la rupture. Stucki proposa 100 millions de CHF constituant une partie de la valeur de l'or acheté la Reichsbank, et qui serait versé à titre de contribution la reconstruction de l'Europe. Cette somme était le résultat d'un calcul très simple: le 24 février 1944 les Alliés avaient averti la Suisse de ne plus acquérir de l'or allemand. Cependant , jusqu'à la fin de la guerre elle en avait encore acheté pour 150 millions, 50 millions ayant été d'ailleurs acquis pendant les négociations Currie (en 1945 en Suisse), avec l’acquiescement de ce dernier. La Suisse était donc prête à payer les 100 millions qui restaient. Pour leur part les Américains exigeaient 560 millions qu'ils finirent par réduire 378 millions. Stucki proposa alors 250 millions et 50% (contre 20% initialement) du montant de la liquidation des avoirs allemands. A noter que ces 250 millions représentaient, comparé au pouvoir d'achat actuel (2001), 1,1 milliard de francs."

....................

Donc en fait ce sont les Américains qui encaissèrent cette somme destinée la reconstruction en Europe.

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Re: L'importance de l'or pendant la guerre

Nouveau message Post Numéro: 9  Nouveau message de Danibar  Nouveau message 09 Juin 2025, 18:14

Bonsoir

Un documentaire fort instructif sur le rôle de la Suisse et le IIIe Reich ou comment les banques suisses ont blanchi l'or et l'argent des nazis durant la seconde guerre mondiale :

https://www.dailymotion.com/video/x5jz001

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Re: L'importance de l'or pendant la guerre

Nouveau message Post Numéro: 10  Nouveau message de Christian27  Nouveau message 09 Juin 2025, 20:46

Il y a des dizaines de documentaires pareils à ce sujet, ce qui fait que jusqu'à présent le monde est absolument persuadé que ces achats d'or n'ont été voulu par la Suisse uniquement pour enrichir les banquiers et non pas pour jouer le rôle de monnaie internationale voulue par les banquiers internationaux.
Le seul qui a vu le danger de ces achats c'est Marcel Pilet-Golaz, je rappelle ses propos

"Même si l'ouverture du crédit était réellement déjà promise et devenue inévitable, on devrait l'assortir de conditions que l'Allemagne, en particulier, ne serait pas en mesure de remplir, par exemple celle d'un dépôt d'or. L'ouverture d'un crédit à l'Allemagne serait une affaire très risquée, et le Conseil fédéral s'exposerait à de vives critiques s'il y prêtait la main. D'autre part, on doit cependant se demander s'il pourrait refuser une opération qu'il a accepté de faire pour l'autre partie."

Donc si on comprend les critiques ont aimerait qu'elles aillent plus loin, à savoir les conséquences d'un refus de la Suisse de servir de monnaie internationale. Et surtout alors éviter de faire croire que ce rôle aurait pu être tenu sans couverture or, sachant parfaitement que rien d'autre ne pouvait servir à cela. Mais alors si la Suisse avait refusé, alors il n'y aurait pas eu de CICR, donc absolument aucun soutien aux prisonniers de guerre, ni correspondance, ni envoi de colis..Sauf si l'on imagine que tout cela aurait pu se faire bénévolement. Cela aurait pu probablement se faire mais seulement en partie. On oublie aussi tout le reste....aide humanitaire, puissance protectrice etc.

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