Bonjour
quelques éléments sur cette période charnière et très méconnue du Maghreb dans l'angle mort de l'Opération Torch et de la défaite de l'Axe en Afrique du Nord dont le triomphe aurait ouvert des perspectives des plus sinistres notamment pour le destin des juifs d'Afrique du Nord
l'attitude de la population arabe de Tunisie lors de l'occupation
Cette opinion (du Bey) ne lui est nullement imposée par l’opinion publique tunisienne. Dans tout le pays règne un climat nettement favorable aux Allemands – vieille tradition due à la politique arabe de l’Allemagne dès le début du xxe siècle. Lorsque le problème palestinien se pose avec acuité, dès 1936, les mouvements arabes rejoignent la politique nazie : antisémitisme et antisionisme peuvent s’allier. En Tunisie, le nationalisme, bridé par le colonialisme français, a trouvé écho et appui dans le camp nazi. Les grandes manifestations de Bab-Souika, en 1942-43, acclament le Bey, le Destour, les leaders et les Allemands. Dans les campagnes, les troupes de Rommel ont été accueillies chaleureusement et ont trouvé un appui non négligeable. Le vieux Destour, très anglophile, échappe à la contagion, mais le Néo-Destour se laisse prendre à l’engouement ambiant et prête une oreille amicale à la propagande de Radio-Berlin. La direction du parti collabore poliment avec Rahn et certains d’entre eux préfèreront partir dans les bagages allemands pour ne pas subir la vengeance expéditive des Français. Seule, la bourgeoisie tunisienne, formée dans les lycées et universités françaises, ouverte sur le monde anglo-saxon, en liaison avec les émissaires américains, connaissant la formidable avance économique des U.S.A., a pris le parti des alliés, et forme le noyau des conseillers politiques du Souverain : Chenik, prévenu avant la date de l’imminence du débarquement, Badra, Mzali brillant caïd de Bizerte destitué pour appartenance à la Franc-maçonnerie, Annabi, premier polytechnicien tunisien.
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Le Souverain, francophile, est persuadé de la victoire alliée. Dès la réception du message de Roosevelt, il a chargé le Consul des U.S.A. d’un message oral très chaleureux. Pris entre la force physique de l’armée allemande, l’opinion publique tunisienne germanophile et la résignation pitoyable du Gouvernement de Vichy, le Souverain louvoie avec humour sachant que le temps travaille pour les alliés. Conscient de ses responsabilités, il reste avec son peuple pour partager ses dangers et lui éviter le pire, même s’il a peu d’influence sur le cours des choses37. En fait, cette politique de neutralité permet de maintenir l’unité, toute récente, du peuple tunisien autour de sa personne : sa véritable victoire.
L’Occupation germano-italienne de la Tunisie : un tournant dans la vie politique tunisienne
Annie Rey-Goldzeiguer
https://books.openedition.org/editionscnrs/496?lang=fr
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Relations germano-italiennes
Rahn avait reçu des instructions très précises de Ribbentrop : toutes les décisions concernant la Tunisie seraient soumises à l’allié italien. De nombreuses réunions eurent lieu sur la question tunisienne entre les deux alliés. L’une d’elles se tint au Palazzo Chigi à Rome le 31 décembre 1942. Elle réunit de hauts fonctionnaires des ministères des Affaires étrangères allemand et italien, en présence de Möllhausen, conseiller de Rahn. Il fut décidé que le problème tunisien était avant tout un problème militaire et qu’il fallait attendre la victoire pour discuter de l’avenir politique du pays. Sur le terrain, les Italiens se montrèrent beaucoup moins conciliants que lors des discussions entre diplomates. Retrouvant en Tunisie leurs compatriotes installés depuis des décennies, ils se sentaient en territoire conquis et entendaient profiter de la nouvelle situation pour s’affirmer définitivement. Rahn nota dans ses Mémoires que « les Italiens se considéraient comme les maîtres légitimes du pays dont ils revendiquaient la direction politique », et qu’il avait rencontré les pires difficultés dans ses relations avec eux. Le régime établi en Tunisie s'orientait de plus en plus vers une occupation germano-italienne, car les contingences militaires l'exigeaient. Mais il semblait approprié pour les puissances de l'Axe de respecter les fonctions du bey et celles du résident et de maintenir les organes administratifs de la Régence, même si leurs activités étaient contrôlées par les forces d'occupation. Rahn et le consul général Silimbani, assistés d'un commissaire civil français chargé des contacts entre les autorités françaises et celles de l'Axe, supervisaient la vie politique du pays. Rahn rencontra rapidement l'amiral Esteva, ce « gentilhomme d'un certain âge, trapu, à la grande barbe grise, réputé pour sa profonde piété et son engouement quelque peu enfantin », et le jugea « difficile à manœuvrer, têtu… voulant toujours avoir raison ». L'amiral Platon l'avait également jugé « complètement dépassé par les événements et en conflit ouvert avec le colonel Fiedler, vice-président de la Commission de contrôle germano-italienne ». Tous deux souhaitaient sa révocation, mais Pétain refusa. Pour gérer le pays, Rahn créa cinq commissions mixtes réunissant Allemands, Italiens, Français et Tunisiens. Chaque communauté était représentée par un ou deux membres. Cette mesure fut approuvée par le gouvernement italien, car elle permettait à la France de réduire considérablement son influence au sein de l'administration. Les Tunisiens étaient également satisfaits, se retrouvant sur un pied d'égalité avec les Français. Les décrets officialisant les commissions furent signés par Esteva seul, qui y délégua ses proches collaborateurs Riberau et Couder, respectivement vice-présidents de la Chambre d'agriculture et de la Chambre de commerce françaises. Les commissions siégeaient, sous la haute autorité de Rahn, dans sa résidence privée, le Dar Hussein, un ancien palais mauresque, ancien quartier général du commandant en chef des troupes françaises en Tunisie, le général Barré. Elles fonctionnaient comme un organe de contrôle, conseillant à la fois la Résidence et les autorités militaires et réglementant chaque branche de la vie publique : agriculture, approvisionnement, transports, défense passive, hygiène, etc. Mais les réunions quotidiennes de ces commissions n'étaient que formelles. Chaque groupe surveillait l'activité de l'autre et cherchait à démontrer davantage de connaissances, d'expérience et d'énergie. Nous assistons ainsi à un véritable travail de collaboration entre l'Allemagne, la Résidence, la communauté italienne et la communauté musulmane. Les Italiens veulent tout superviser, se tenir prêts à parer à toute éventualité en cas de cessation du fonctionnement de l'administration française. Le représentant italien impose le plus souvent les souhaits de son gouvernement et les transmet, par l'intermédiaire du consul général italien Silimbani, aux autorités d'occupation allemandes. Le Premier ministre tunisien, Mohammed Chenik, refuse toute participation officielle aux commissions économiques mixtes germano-italo-franco-tunisiennes.
Rahn devait maintenir l'équilibre entre les ambitions italiennes et certaines prétentions nationalistes. La Tunisie était un véritable « théâtre ouvert de conflits et de problèmes ». Les Italiens avaient sur place le ministre plénipotentiaire Enrico Bombieri et le consul général Giacomo Silimbani à Tunis, ainsi que le consul italien à Sfax, Bellegarde ; leurs relations avec Rudolf Rahn étaient, en apparence, très cordiales, Rahn et Silimbani se consultant avant chaque décision importante. Mais Rahn eut du mal à empêcher les Italiens d'interférer dans les affaires de la Résidence. Les Allemands estimaient que la politique de prestige menée par les Italiens nuisait aux opérations de l'Axe et irritait les Français. Jouer ouvertement la carte de l'amitié franco-allemande n'était pas chose aisée dans un tel contexte.
Mais s'ils admiraient l'Allemagne et surtout Rommel, les Tunisiens haïssaient leur allié italien. Ils n'avaient pas oublié les excès commis par Graziani dans les années 1930 en Tripolitaine, notamment l'exécution de Sidiomar, l'un des plus grands dirigeants du Maghreb, refusait que la puissance protectrice française soit remplacée par l'Italie. Lors d'une rencontre avec Esteva le 20 février, le Bey demanda au Résident de prendre des mesures pour épargner à son peuple les brutalités et exactions commises par les Italiens. Il craignait particulièrement le remplacement des directeurs français placés à la tête de l'administration tunisienne par des Italiens. Pour éviter cela, le souverain proposa astucieusement de les remplacer par des autochtones, ce qu'Esteva refusa.
Le Maghreb dans la guerre 1939-1945
Chapitre 2. La Tunisie dernière tête de pont de l’Axe en Afrique
Chantal Metzger
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Les Juifs de Tunisie et la politique Italienne perçue comme bienveillante lourde de cynisme et d'antisémtisme camouflés
Avec l'occupation de la Tunisie par les troupes italo-allemandes, le statut du Protectorat resta inchangé, du moins en théorie. En pratique, l'autorité n'était plus entre les mains du Bey ou du Résident, mais du commandant des forces armées allemandes, le général Nehring ; du général von Armin ; du représentant du ministère allemand des Affaires étrangères, Rudolph Rahn ; et du chef de la SS (SS-Obersturmbannführer) Walter Rauff. Les Italiens, officiellement alliés, furent privés de tout pouvoir effectif, même si les Allemands, et von Ribbentrop lui-même, affirmèrent à plusieurs reprises que toute décision politique concernant la Tunisie aurait tenu compte du statut privilégié des Italiens dans la région.
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À l'instar de leurs coreligionnaires tunisiens, les Juifs de Livourne furent immédiatement pris pour cible par les Allemands, sans distinction de nationalité. Malgré la position prise par le consulat italien auprès des autorités allemandes suite aux premières mesures antisémites, la rafle du 8 décembre toucha de plein fouet la communauté juive italienne, dont plusieurs membres furent arrêtés ou pris en otage.
Les autorités italiennes en Tunisie et l'ombre de la Shoah
L’intervention des autorités italiennes, en décembre 1942, a laissé des traces profondes dans la mémoire des Juifs italiens de Tunisie : la bienveillance du consul Silimbani, en particulier, est devenue le véritable leitmotiv de toute narration et autonarration sur la période d’occupation. L’historiographie a également reconnu l’importance de la médiation consulaire dans la mise en place d’un dispositif diplomatique de protection des Juifs de citoyenneté italienne. En revanche, une analyse sérieuse des limites externes et internes de cette protection a été rarement abordée. De même, il manque actuellement une étude sur le rôle joué par les forces d’occupation italiennes dans la persécution des Juifs de Tunisie, ainsi que sur le clivage qui s’est créé, après la guerre, entre la réalité et la mémoire. Le jugement bienveillant sur les autorités italiennes ne découle pas uniquement du processus parallèle de diabolisation des Allemands, mais aussi d’une série d’expériences directes, reprises ensuite par la littérature mémorielle (des Juifs italiens ainsi que tunisiens) et l’historiographie. L’intervention précoce de Silimbani pour soustraire ses compatriotes juifs des rafles des SS fut observée par Robert Borgel et a trouvé confirmation dans les archives italiennes. Les autorités militaires italiennes s’attirèrent le même jugement positif, par les Juifs de toute nationalité, en raison de la protection accordée lors des réquisitions ou bien pour un comportement plus humain. La famille d’Elia Boccara invita les soldats de la brigade San Marco à dîner chez elle ; ensuite, quand les Allemands réquisitionnèrent la maison des Boccara, ces mêmes soldats se déclarèrent prêts à la reprendre par les armes. De même, les notables twansa du comité constatèrent avec stupeur que les militaires italiens, qui administraient plusieurs camps de travail, semblaient imperméables à la haine antisémite qui dominait les actions des Allemands. En mars 1943, Paul Ghez visita les camps de Djouggar et Sbikha et y trouva des conditions beaucoup plus tolérables que dans le secteur allemand : « [Les travailleurs] passent le plus clair de leur temps à fabriquer des briquets en aluminium très ingénieux » écrivit dans son journal, « ils sont bien traités et ne demandent qu’une permission ». L’accueil des autorités militaire lui réserva d’autres surprises : au lieu d’être menacé et insulté comme d’habitude, Ghez se trouva face à un officier italien – lui aussi avocat – qui l’appelait « mon cher collègue » et qui lui confessa qu’à son avis toute la mobilisation des Juifs était « une stupidité ». Robert Borgel aussi, dans ses mémoires, a donné de l’armée italienne une image positive : « Les Italiens – on doit le reconnaître – agissaient à l’égard des nôtres avec humanité. Avec eux, on pouvait s’expliquer, éventuellement faire admettre certains points de vue légitimes. » L’impression des travailleurs employés dans les camps italiens ne différa guère : Albert Memmi qualifia son expérience de « tragi-comédie italienne ».
Ce qui émerge de la quasi-totalité des témoins est donc l’image d’une grande bienveillance qui caractérisa, sinon la population italienne dans son ensemble, du moins les responsables civils et militaires. En réalité, le comportement de l’État-major italien et surtout du consulat fut beaucoup plus ambigu. D’abord, en continuité avec la période de Vichy, les autorités fascistes encouragèrent la diffusion de propagande antisémite parmi la population italienne. En profitant de la nouvelle situation politique, Silimbani fit reprendre la publication du quotidien L’Unione, qui à partir du 21 janvier jusqu’au début de mai s’employa à propager stéréotypes antisémites et racistes. Le premier numéro, par exemple, désignait comme ennemi « l’abominable collusion anglo-saxon-bolchévique-judaïque », en reprenant le cliché de la guerre voulue et provoquée par les Juifs. En particulier, la campagne militaire de l’Axe fut présentée comme une lutte contre l’impérialisme américain au service du judaïsme : « Washington a l’intention de confier aux nègres du Nouveau Monde la tâche de remplacer les expulsés, en collaboration avec les Juifs ». Cette image était intériorisée par la population et par l’armée : « Le capitaine italien commandant le corps de Génie qui dirigeait notre camp nous traitait régulièrement d’Americani », signala Albert Memmi dans son journal.
La propagande développée par les autorités italiennes en Tunisie prenait appui sur un effort plus vaste du régime fasciste, et sur un discours antisémite qui était diffusé par les organes de propagande de Rome, par exemple « Radio-Bari ». Le choix de ne pas déployer la même virulence antisémite que les Allemands n’est pas donc à attribuer à une prétendue bienveillance du consulat, mais plutôt à des considérations d’ordre politique (les mêmes qui avaient guidé Silimbani les années précédentes) visant à présenter l’antisémitisme de l’Italie fasciste comme plus « humain » et raisonnable, donc plus légitime, que celui de Vichy et de Berlin. Les Hauts Commandements de l’armée italienne agirent de la même façon : si les officiers des camps de concentration se montrèrent souvent tolérants et humains envers les Juifs, les autorités militaires de Tunis suivirent de près l’enrôlement forcé des travailleurs juifs, en collaborant activement avec les Allemands De plus, ils agirent en synergie avec le ministère des Affaires étrangères pour répandre une propagande subtilement antisémite.
Les limites de l’action des autorités italiennes, notamment du consulat, furent évidentes également à l’égard des Juifs de nationalité italienne. D’abord, en dépit des garanties obtenues par Berlin, le consul italien n’essaya jamais d’imposer ses décisions hors de la ville de Tunis. À Sousse, à Sfax et dans d’autres localités mineures, plusieurs Juifs italiens subirent ainsi les mêmes vexations réservées aux coreligionnaires tunisiens, y compris le port de l’étoile jaune. D’une façon plus générale, la protection accordée continua à se fonder plus sur des considérations d’ordre politico-diplomatique que sur des soucis humanitaires. En Tunisie, l’arrivée des troupes allemandes au lendemain du débarquement allié en Afrique du Nord avait brisé le rêve, caressé par les chefs de l’armée italienne depuis mai 1942, d’une occupation exclusivement italienne. De ce fait, l’Italie se trouvait en Tunisie dans une condition de gênante infériorité matérielle et politique que l’accord de janvier 1943 avait pu déguiser, mais pas résoudre. Le régime était parfaitement conscient de cette faiblesse : d’où l’obsession de sauvegarder le prestige national par tout moyen, y compris par la protection des citoyens « non aryens ». De ce point de vue, le comportement du consul au sujet des Juifs faisait partie d’une politique plus vaste, appliquée par la diplomatie fasciste dans les autres régions occupées, notamment en France et en Yougoslavie. Mais cette tolérance apparente se fondait toujours sur des considérations de type impérialistes : consolider le prestige italien, se légitimer comme des interlocuteurs éclairés, renforcer le contrôle du territoire en vue d’un réaménagement des pays occupés après la victoire de l’Axe. De plus, bien que sans envisager des mesures d’extermination, la politique italienne continuait à se fonder sur le principe antisémite de l’exclusion des Juifs et de leur abaissement à une condition de paria. Bref, en Tunisie le comportement de Silimbani et des autorités fascistes en général n’avait rien d’exceptionnel : il traduisait dans un contexte spécifique une norme appliquée partout ailleurs.
Le caractère instrumental de la protection accordée aux Juifs de Tunisie par l’Italie fasciste émerge avec évidence d’une analyse du projet de domination de la Régence que le régime, au moyen d’une commission spéciale du ministère des Affaires étrangères, avait élaboré depuis 1940. Dans sa version finale secrète de 1943, dont un exemplaire fut réquisitionné par les Alliés à la libération de Tunisie, le gouvernement italien prévoyait une restructuration profonde de la Tunisie de l’après-guerre. Un chapitre spécifique était dédié à la population juive, avec une distinction nette entre Juifs italiens et tunisiens
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Il convient de souligner la gravité des mesures envisagées, bien que dissimulée sous un langage administratif neutre. Contre les Juifs tunisiens on prévoyait un traitement radical, légitimé par des stéréotypes antisémites grossiers (les Juifs accapareurs, antifascistes, subversifs), des distinctions captieuses et illogiques (les commerçants juifs tunisiens étaient « spéculateurs avides », ceux juifs italiens étaient une « classe moyenne de professionnels ») et des démonstrations anachroniques (les naturalisations touchaient 19 % de la population italienne « patriote », contre 10 % de celle juive tunisienne « francophile »). La déportation forcée de la population juive-tunisienne n’était pas précisée dans les détails, mais en 1943 on peut raisonnablement supposer que la destination finale des expulsés aurait été, dans la meilleure des hypothèses, l’exil, et dans le pire, le camp d’extermination. De toute façon, le régime ne montra aucune hésitation face à la perspective d’éradiquer complètement de la Tunisie une communauté bimillénaire de plus de 60 000 personnes
(...) Ce fut donc dans une perspective de persécution et de soumission que les autorités italiennes en Tunisie développèrent leur action « bienveillante » envers les Juifs, italiens compris.
Bien que sans subir les mêmes violences que leurs coreligionnaires tunisiens, les Juifs italiens de Tunisie se retrouvèrent donc dans l’ombre de la Shoah, qui en Afrique du Nord s’appuyait sur le plan d’extermination « de Casablanca au Caire» élaboré par les nazis et sur le projet de déportation prévu par les fascistes. Si les Livournais échappèrent à la solution finale, ce fut à cause des problèmes de temps et d’organisation des Allemands et par les soucis stratégiques des autorités italiennes, et non pas pour un manque de volonté des uns et des autres. Ils ne furent pas non plus épargnés par de pertes, bien qu’elles ne survinrent pas sur le territoire de la Tunisie (à exception peut-être du docteur Ugo Bensasson, qui se suicida en 1943). La communauté livournaise gardait des liens étroits avec la péninsule et ce fut parmi les Grana qui s’étaient transférés en Italie – avant ou pendant la guerre – que la persécution antisémite s’abattit dans toute son ampleur. Les traces archivistiques, unies aux témoignages oraux, nous ont permis de retracer certaines trajectoires. Le professeur Augusto Gallico fut arrêté à Florence avec sa famille (sa femme Amelia Gallico et leurs enfants Lucio et Sergio), tandis que Massimo « Max » Darmon, dont l’histoire tourmentée avait même attiré les attentions du ministre Ciano, fut saisi lors de la rafle de Rome, en octobre 1943. Giacomo Cohen, cousin d’Ugo Moreno, fut arrêté à Gênes avec son fils Renato et sa femme Margherita Artom. Ils furent tous déportés à Auschwitz, personne ne revint.
Les juifs italiens de Tunisie pendant le fascisme
Une communauté à l’épreuve (1921-1943)
Martino Oppizzi
https://books.openedition.org/pur/164051?lang=fr

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