Dog Red a écrit:Sur base des sources que tu nous partages aimablement et en se rangeant à ton analyse, la situation de la qualité globale du soldat allemand est pire encore que l'avis partagé par le petit caporal.
Dog Red a écrit:Sur base des sources que tu nous partages aimablement et en se rangeant à ton analyse, la situation de la qualité globale du soldat allemand est pire encore que l'avis partagé par le petit caporal.
Disons que c'est un poil plus compliqué. Globalement, au moins jusqu'au début de l'été 1944, l'instruction de base était bonne, voire d'excellente qualité. Néanmoins, les lourdes pertes cumulées depuis l'été 1941 avaient sérieusement "clairsemé" les rangs des "Anciens".
Je dispose des
Meldungen de la 2.SS-Pz.Div. DR, de 1943 à 1945. Son cas est intéressant, car début 1944, elle avait été retirée du Front Est et expédiée du côté de Montauban pour reconstitution. Un vieil ami, Charles, désormais décédé, avait fait partie des recrues "Malgrés-Nous" alsaciennes incorporées d'office, à 18 ans (même pas révolus!), dans la
Waffen-SS, puis à la fin de son instruction de base, suivi d'un cours de "spécialité" (conducteur de SPW) et versé, alors, dans la DR. En juin 1944, il avait participé à la "montée en ligne" de la division, sur le Front de Normandie, où il avait été fait prisonnier, de mémoire par des Brits, fin juillet ou début août 1944, alors qu'il allait "pisser" avec ses "copains" (effet du cidre et du calva!), entre deux pilonnages de l'artillerie alliée, devant la ferme, où ils s'étaient réfugiés dans la cave (et y passaient l'essentiel de leur temps à jouer aux cartes, à vider les réserves de cidre et de calva du "paysan" et bouffer des "pommes à cidre" (pas super pour le "transit" intestinal ou plutôt "trop efficaces"

).
Jusqu'en 1946, il avait été PoW aux States, où, après un séjour dans un camp où il y avait un bon nombre d'anciens de l'
Afrikakorps, emprisonnés depuis 1942 et 1943, il avait été expédié au Texas; il y avait été employé dans un ranch, en tant que cowboy - Eh, oui, çà ne s'invente pas!

- avant d'être embarqué sur un transport, débarqué au Havre, sous la protection de la Gendarmerie; car il y avait des "piquets" de "camarades du PCF" qui avaient pour intention première de s'en prendre "physiquement" aux supposés "collabos" (!!). La Gendarmerie les avait provisoirement "hébergés" dans une caserne désaffectée, puis, leur ayant refilé des fringues civils, les avaient "exfiltrés" de nuit, vers la Gare de l'Est, où ils avaient embarqué à bord d'un train à destination de Strasbourg!
L'avantage, avec la
DR, est que son "parcours", entre février et aout 1944, étant connu, il est un peu plus facile d'essayer "d'analyser" et "interpréter" ses déclarations mensuelles d'effectifs, sauf que ces dernières brillent par leur absence entre le 1
er juillet et le 1
er octobre 1944 (!).
De manière générale, les documents y relatifs, dont je dispose, permettent de constater la nécessité d'incorporation de "nouvelles recrues (officiers, sous-officiers, hommes de troupe), par voie de conséquence, l'amoindrissement du personnel expérimenté ou spécialisé, relevé, bien souvent, dans le rapport joint, personnel ou par intérim, du chef de corps!
Par contre, pour exploiter au mieux, mais surtout m'efforcer de faire comprendre (ou traduire) la réalité "immédiate" contenue dans ces documents d'archive, il va me falloir quelques jours, car il y a pas mal de boulot à la clef! ... Respectez le vieux retraité, scrogneugneu!
Sinon, pour "
Le Petit caporal", à propos des armes collectives, la dotation réglementaire "théorique" (
Soll) des mitrailleuses (
MG 34,
MG 42), entre 1939/1940 et 1944/1945, au demeurant très conséquente, n'avait pas changé, sauf que la dotation "réelle" (
Ist), elle, avait très généralement "chuté", la plupart des unités d'infanterie déclarant une disponibilité existante à leur dotation théorique (
Soll).
Par contre, entre 1940 et 1944, si la dotation en "pistolets-mitrailleurs" (MP 38, MP 40) n'avait guère changé - à la louche, 174 armes par régiment, le troupier allemand avait vu, à dater de 1941, sa dotation en fusils semi-automatiques (
Gewehr 41/42) augmentée, car attribuée, pour l'essentiel, aux "estafettes". On était très loin de l'attribution réglementaire du M1 Garand, au sein de l'US Army, le
Kar 98 k, "carabine à répétition constituant l'essentiel de l'attribution à la troupe "teutonne".
Cas particulier, à dater de fin 1943, puis "généralisé" courant 1944, au sein de chaque bataillon d'infanterie, avait été mise en place une compagnie dotée de fusils d'assaut (
Stg.43, puis
Stg.44), ainsi que dans des "
Begleitkompanien" (compagnies d'assaut "spécialisées"). Au sein d'une
Infanterie-Division, cette dotation en "fusils d'assaut" n'excédait guère "1500 pièces".
Il y avait derrière tout çà, une bonne raison; car, depuis la fin du XIXème siècle et la mise en service des premiers fusils à répétition (munis de chargeurs ou de magasins), les intendances militaires, quelques était leur nationalité, avaient "pleuré leur mère", en regard de leur consommation de munitions qu'elles jugeaient très excessives! Côté allemand, çà ne s'était arrangé avec la mise en service du
Sturmgewehr, qui exigeait la mise en fabrication de munitions, certes, du même calibre que celles du
Kar 98, mais dotées de douilles "raccourcies". En parallèle, les
MG 34 (cadence de tir théorique, 900 coups/minute) , mais surtout les
MG 42 (1500 coups/minute) bouffaient un max de munitions de 7,92 mm!
En parallèle, la
Heer ne disposant pas de "mitrailleuses lourdes", les canons de
2 cm Flak, simples ou quadruples, faisaient office de "pièces de défense" terrestres; sans parler des triplettes de 15 et 20 mm (
MG 151/15,
MG 151/20), récupérées (au départ) sur le stock de "canons" déposés par la
Luftwaffe, mises en services à dater de 1944; toutes ces pièces étaient de "grandes bouffeuses" en munitions, qui avaient exigé la production et la mise en place de stocks. Or, en Allemagne, on s'était retrouvé, dès 1944, avec une situation militaro-industrielle, quasiment "catastrophique", faute de ressources en matières premières et, le plus souvent, démunie des "composants" métalliques nécessaires pour la production de munitions de "qualité".
Il y a pas mal de "détails" à prendre en compte. Par exemple, sauf erreur de ma part, même, si toutes les armées connaissaient "l'efficacité", à courte et moyenne portée, de la munition antichar à "noyau de carbure de tungstène", l'armée allemande avait été la première à "généraliser" son emploi, dès le printemps 1941, avant de devoir se résumer à son emploi exceptionnel, dès l'été 1942, sur injonction des services d'Albert Speer, qui avaient réservé l'emploi du carbure de tungstène à la seule fabrication des outils de coupe, dans les ateliers d'usinage.
Un truc dont on parle peu, vu qu'il avait été très peu employé par les Alliés (occidentaux et russes), c'est l'emploi des munitions à charge creuse, largement développé par les allemands, qui avait l'avantage d'être peu coûteux à produire et qui - allez, soyons fous (!), jusqu'à 1000 mètres de portée -, s'était, au final (
Hl/C), avéré être redoutablement efficace! La "Victoire" arrive... et on glisse aimablement "sous le tapis" l'emploi allemand des munitions "à charge creuse", dans son rôle antichar! ... Enfin, cet "oubli" n'avait pas duré trop longtemps, car, dès "1946", notamment au sein de l'US Army, on avait mis en service des munitions à "charge creuse".
Cela dit, avec ces munitions à charge creuse, il y a deux "problèmes", la rayure de l'âme de la pièce , qui les met en rotation dans le tube, déviant leurs trajectoires et la vitesse (Vo) imprimée au pélot, trop importante pour son emploi, qui, elle, accélère leur dispersion au prorata de la distance -.
Là, on va tomber dans le domaine du "perfectionnement"! A dater du printemps 1941, au cours duquel les premières dotations en "munitions à charge creuse" avait été effectuées, si le pélot s'était avéré efficace durant ses essais, la toute première génération (
Hl/A), avait révélé, sur le terrain, sa (fâcheuse) tendance à "ricocher", sur le blindage adverse, selon son angle d'impact! Par exemple, en 1941, après avoir tiré, sans succès, à courte distance, six projectiles, aussi bien antichars qu'à charge creuse, sur un KV-1, un chef de char de la
Sturmartillerie (véridique!), s'était emparé d'un lot de "grenades à manches", qu'il était allé déposer (en évitant les tirs des mitrailleuses du blindé adverse), sur le blindage du KV-1, pour le mettre hors de combat
C'est assez compliqué à "comprendre", mais, à bord des
Panzer IV et
StuG III, armés du
7,5 cm Kwk/StuK de 24 calibres, l'emploi du canon court de 24 calibres avait, de par sa moindre "Vo" et la longueur de son tube, facilité l'usage de munitions à charge creuse; l'adoption du canon "long" de 43, puis 48 calibres, ayant interféré avec leur emploi. A bord des
Tiger I, il avait bien existé, en 1942/1943, une dotation réglementaire théorique de munitions de 8,8 cm à charge creuse, sauf que les équipages, qui l'armaient, avaient vite pigé que sa pièce de 56 calibres était quasiment "incompatible" avec ce type de "pélots"; la bizarrerie des circonstances avait fait attribuer une dotation d'obus à charge creuse au
Tiger II, mais les performances de son canon de 8,8 cm et 71 calibres étaient, elles-aussi, encore moins compatibles avec ce type de munitions, qui ne servaient à rien, compte-tenu des performances de ladite pièce avec de bêtes projectiles antichars classiques!

... A contrario, le canon de 7,5 cm et 70 calibres du
Panther (
Panzer V), doté, lui-aussi, d'une trop grande vitesse initiale, n'avait pas été approvisionné de munitions "à charge creuse".
