C’est la torpille à oxygène Type 93 modèle 3 qui sert de base à ce projet censé ’’ changer le cours de la guerre ’’ avec une charge explosive de 1 550 kg à l’avant. Engin monoplace, les instruments de contrôle sont situés dans le poste de pilotage rudimentaire, le contrôle horizontal est assuré par un gyrocompas ainsi que par un gouvernail manuel. Transportés sur le pont d’un sous-marin de classe B1 ou C2 qui peuvent recevoir quatre Kaiten, ils sont maintenus par des bandes métalliques serrées depuis l’intérieur. Lorsqu’une cible au mouillage est en vue, le sous-marin doit remonter à la surface pour permettre aux opérateurs d’accéder à leur Kaiten. Afin de remédier à ce problème, un accès direct par un tunnel de circulation reliant le sous-marin à la torpille permet à l’opérateur de pénétrer par une écoutille en plongée. Un kiosque miniature est installé avec un périscope, le pilote du Kaiten peut ajuster le bon cap pour se diriger e’ pénétrant dans le mouillage. Une fois lancé sur sa cible à une vitesse supérieure aux torpilles conventionnelles, le pilote ne peut plus s’extraire du Kaiten, devenu son propre cercueil pour une mission suicide. Fin 1943, le projet est présenté une première fois au Ministère de la Marine qui le rejette. Une nouvelle demande écrite avec le sang de Kuroki et Nishina est finalement retenue en février 1944.
La mise au point des Kaiten
Le développement d'un prototype débute en février 1944 et trois prototypes sont achevés en juillet de la même année. Les essais sont effectués sur le site de lancement de torpilles à longue portée de Dainyu près de l’arsenal de Kure.
Pour préserver le secret, l’entraînement des opérateurs s’effectue à Otsushima à partir du 1er 1944. Les premiers volontaires sont encadrés par Kuroki et Nishina qui disposent de trois prototypes. 34 opérateurs sont formés au pilotage des Kaiten. Face à l’augmentation du recrutement des équipages, trois autres bases sont ouvertes : Hikari le 25 novembre, Hirao le 1 mars 1945, Oga le 25 avril. Au total, 1 375 opérateurs seront formés.
Le 7 septembre 1944, Kuroki effectue un essai d’un Kaiten accompagné du capitaine Higuchi Takashi malgré le mauvais temps. Le Kaiten, incontrôlable s’échoue au fond et les deux hommes, privés d’oxygène ne peuvent être secourus. Avant de mourir, Kuroki laisse un poème patriotique et rédige un rapport sur le dysfonctionnement du Kaiten. Les deux hommes sont retrouvés morts le lendemain dans leur cercueil d’acier. Une quinzaine d’apprentis pilotes ont trouvé la mort à l’entraînement.

Le capitaine Kuroki
Description

Longueur : 14, 75 m
Maître-bau : 1 m
Profondeur max. : 80 m
Déplacement : 8,3 t.
Vitesse/autonomie : 30 nœuds / 23 000 m[/size]
Propulsion : oxygène, hélice contre rotative 4 pales
Puissance : 410 kW
Nombre d’unités produites :
Type 1 : 330 (100 modèles utilisés en mission)
Type 2 : 1
Type 3 : 1
Type 4
Type 5 : 1
Type 6 : 1 prototype
Type 10 : 6
L’attaque d’Ulithi

Au cours de la première mission spéciale, le 8 novembre 1944, 12 unités de Kaiten sont transportées à bord des sous-marins I-36 navire-amiral, I-37 et I-47 formant l’unité Kikusui ( Chrysanthème flottant ). La flottille quitte à 9 heures Otsushima, le I-36 et le I-47 ont pour mission de lancer leur attaque Kaiten sur la base avancée de la force opérationnelle américaine, pouvant accueillir jusqu’à six cents navires dans l'atoll d'Ulithi des îles Caroline occidentales tandis que le I-37 doit attaquer les navires alliés à Palau.

Le 16 novembre 1944, un avion de reconnaissance Nakajima C6N1 Saiun ( Myrt ) effectue un vol à haute altitude au-dessus de l'atoll d'Ulithi et aperçoit quatre porte-avions (Essex, Lexington, Bunker Hill, Ticonderoga) et trois cuirassés Washington, North Carolina et Pennsylvania ainsi que des croiseurs lourds Wichita, Pensacola, Salt Lake City, Chester et des destroyers dans la partie nord-centrale du lagon et des transports, des pétroliers et d'autres navires dans la partie sud-centrale, en tout 200 navires, grands et petits, ancrés dans tout le mouillage.

Les I-36 et I-47 atteignent les eaux au large d'Ulithi le 19 novembre, et le I-36 se dirige vers sa zone de lancement à l'entrée du canal de Mugai, l'ouverture orientale du mouillage d'Ulithi. Il fait surface au nord de l'îlot Loosiyep à 00h30 le 20 novembre 1944 afin que les pilotes des deux Kaiten sans tubes d'accès sous-marins puissent prendre place à bord de leurs engins et replonge ensuite. Après 3 h, les deux autres opérateurs de Kaiten prennent place dans leurs embarcations via les tubes d'accès sous-marins. Son équipage découvre rapidement que les deux Kaiten équipés de tubes d'accès étaient coincés dans leurs supports et ne pouvaient pas être lancés, et que l'un des autres Kaiten présente une fuite importante dans son compartiment pilote. Un seul Kaiten est lancé à 4 h 15, à 9,5 milles marins, le destroyer USS Case (DD-370) l'a probablement coulé à 2 milles marins au sud du canal Mugai.

L'I-47 fait surface à 00h30. Entre 03h28 et 03h42, les quatre Kaiten sont lancés, pilotés par le lieutenant Nishina Sekio, les enseignes Sato Akira et Watanabe Kozo, et le lieutenant Fukuda Hitoshi. Un premier Kaiten s’échoue sur un banc de sable, l’opérateur se fait sauter pour éviter que les Américains s’emparent de l’arme secrète, un autre est détruit par des charges sous-marines et le troisième est empêtré dans les mailles d’un filet anti-torpilles. À 5h47, le pétrolier ravitailleur auxiliaire USS Mississinewa (AO-59) ancré au mouillage n°131 situé à mi-chemin entre l'île Marsh et l'île Magayan, est touché à l'avant tribord explose et prend feu. Le coup au but est attribué à Nishina. Quelques minutes après la première explosion, les flammes atteignent la soute arrière et une autre explosion, plus violente que la première, oblige l’équipage à abandonner le navire, rapidement envahi par des flammes de plus de 30 mètres de haut. Des remorqueurs de la flotte sont immédiatement dépêchés sur place pour tenter d'éteindre l'incendie, mais malgré leurs efforts, vers 9 heures, le navire s'est lentement renversé et a disparu entraînant la mort de 63 membres d'équipage sur 299.


A suivre.

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