Excalibur a écrit:Bonjour,
Quand on regarde les films de cinéma avec des U-Boot on voit tout et n’importe quoi.
Du coup je me pose pas mal de questions sur le torpillage pendant la seconde guerre.
1/ Peut-on tirer une torpille autre qu’en surface ou profondeur périscopique ?
2/ A quelle distance maximum pour être sur de faire but ? (prise en compte du temps de propulsion, dérive des courants, etc)
3/ Sous quel état de mer maximum ? (forte, très forte, grosse, etc)
4/ Pourquoi une torpille reste bien à la même profondeur ? Ou pas !!!! (profondimètre intégré ?)
Question 1 : De nos jours, oui, mais on va se cantonner à la seule période de la Seconde Guerre Mondiale.
Question 2 : A l'époque, la vitesse de la torpille était directement proportionnelle à la distance de tir (autonomie du dispositif de propulsion)
Exemples: En 1922, la Marine française utilisait deux types de torpilles de 550 mm
Le modèle 1919 V - vitesse 43 nœuds, portée 2000 m ou vitesse 35 nœuds, portée 4000 m
Le modèle 1919 D - vitesse 35 nœuds, portée 6000 m ou vitesse 25 nœuds, portée 14 000 m.
La vitesse des torpilles atteindra 50 nœuds, à l'entrée en guerre, en 1939, mais çà nous donne une bonne idée de la durée du trajet entre le tireur et sa cible. Admettons 2000 m, çà nous donne à 50 nœuds ( 92,6 km/h, arrondie à 93 km/h), soit 25, 8 m/s... 2000 m/25,8s = 77 secondes où 1mn et 17 s de course... pour 4000 m, à 38 nœuds (hypothèse perso), çà nous donne 19,54 m/s... 4000/19,54 = 205 secondes à l'excès, soit 3 mn et 25 secondes! Là, pour faire simple, j'ai tablé sur une vitesse constante, mais, dans la réalité, la vitesse de progression de la torpille, à l'instar de l'obus, chute en fonction de la distance; il existait des abaques, résultats de nombreux exercices de tir, qui permettaient à l'officier-torpilleur de calculer la vitesse finale de la torpille, en fonction de la distance estimée de la cible et la durée de son parcours.
Je me suis volontairement limité aux distances de tir de 2000 ou 4000 m, mais çà se complique sérieux, au-delà de 5000m, sans parler des tirs de torpilles à 14 000 m, effectués, en général, depuis un croiseur, doté d'un poste de télémétrie dans les hauts, l'immersion périscopique, avec l'optique du périscope à +/- moins 2 m au-dessus de l'eau, ne permettant pas de visualiser un éventuel objectif à une telle distance!
Question 3 : Les cours de torpillage professés à l’École Navale, dans l'entre-deux-guerre, ne font pas mention de l'état de la mer; de toute manière, çà tombe sous le sens, quand çà "bouge" trop en surface (pour les torpilleurs) ou à profondeur périscopique (pour les soums), on oublie d'effectuer des tirs, sauf en cas d'extrême urgence, mais, alors, avec des résultats proches de zéro!
Question 4 : Cà n'est pas un gros problème, car il existait, depuis un bail - aux alentours de 1880 - un dispositif de stabilisation du "poisson".
Par contre, durant la Première Guerre Mondiale, il avait été installé un système de guidage gyroscopique - doté d'un gyroscope à trois axes, réglable par tranche de +5° -, qui permettait, déjà, d'effectuer des tirs "rectangulaires", le tireur naviguant en parallèle avec une formation en ligne ennemie, sa torpille, tirée selon l'axe de progression de l'adversaire, effectuant, en fin de course, un virage à 90° pour aller frapper une cible choisie. On en revient, toujours, à un calcul de trajectoire, de temps de navigation de la torpille, d'estimation de la vitesse de progression de la "cible".
Durant les années 1920, les Brits - les allemands ayant été "effacés" de l'Histoire Navale - étudiaient des tactiques de torpillage en "zig-zag", afin d'atteindre un bâtiment visé au sein d'une formation marchant sur plusieurs lignes de front, en programmant intentionnellement les variations du système gyroscopique à pas de 5°.
De manière générale, le tir de torpilles "inertes" ou réputées telles, vu leur relative imprécision, s'effectuait par gerbes. De nos jours, çà a changé, car un soum est, désormais, capable de tirer "à l'aveugle" sa torpille, dotée des derniers perfectionnements, coûtant, certes, une fortune, mais capable, depuis les années 1960, après avoir effectué une série de cercles de repérage, de cibler, toute seule, sa proie , aussi bien sous l'eau qu'en surface!
