Comme toi mon cher Alfred, en 1940, poussés par les hordes teutonnes, nous avons jeté l'ancre en Bretagne, faute de carburant.
Nous y avons été bien accueillis, même si tout au début on nous nommait
«les boches du Nord » Probablement parce que les huit enfants Franco-Belges des deux familles avaient les cheveux de la couleur du blé avant les moissons. Enfants, nous y avons coulé des jours très heureux, malgré les vicissitudes résultant de la guerre et ce durant toute sa durée. Un grand Merci aux Bretons d'Ille et Vilaine. Une partie de moi reste et restera toujours en Bretagne.
Ceci dit la collaboration horizontale s'est perpétuée dès la présence américaine. Une
occupation chasse l'autre et nos braves
filles ont enfin eut la
joie cette fois ci d’œuvrer pour la bonne cause.
Je relate un fait dont j'ai été le témoin dans une de mes chronique vezinoises, ceci dit sans aucune modestie.
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Une drôle de maison à Vezin-le-CoquetCette fois-ci l’événement se passe la nuit. Des coup violents sont donnés contre le volet de la fenêtre de la maison, côté rue, comme toujours. Toute la maisonnée est réveillée. Que se passe-t-il ? Mon père ouvre la fenêtre sans déverrouiller les contrevents. Qui est là ? Que voulez vous ? Nous entendons alors une voix qui réclame. « Madmoisel !... Madmoisel ! ... » Mon père répond qu’il n’y a pas de mademoiselle ici, il n'y a que des enfants, Partez !. Les coups sur le volet redoublent « Madmoisel !... Madmoisel ! ... ». Ma sœur aînée a vraiment peur et pleurniche. On comprend bien à l'accent, qu'il s'agit d’un soldat américain. Peut-être est-il ivre, peut-être sont-ils plusieurs. Après de longues minutes d'insistance avec échanges de propos fermes et réduits dans leur contenu, les coups cessent et le silence revient. Enfin rassurés, tous, nous nous glissons sous la couette et je m’endors.
Cet événement est pour moi une péripétie de plus. Je l’interprète comme du spectacle, j’aime quand il se passe quelque chose. Précédemment il y avait des Allemands qui occupaient cette même place devant la fenêtre. Si ces derniers se sont manifestés d’une manière beaucoup plus bruyante et pour une durée plus longue, la peur ressentie par ma sœur aînée fut moindre, en comparaison de celle qu’elle a ressentie cette nuit quand l’Américain répétait sans cesse un unique mot madmoisel. Ma sœur se sentait l’élément principal du sujet.
Le lendemain matin, grande discussion dans la grand-rue du Bourg, à hauteur du portail de chez Touffet. Se trouvent là, toutes encore impressionnées par l’événement de la nuit, mesdames Trincart, Bigot, ma mère, la mère d’Alphonse sans doute et Léa Bordier la sœur de madame Pinel. Chacune constate qu’elle n’est pas la seule à avoir eu des visiteurs nocturnes. Ces dames commentent,
« Vous vous rendez compte, Ils sont passés par dessus le portail de chez Touffet… Des officiers sont venus ce matin pour enquêter, ils vont être jugés et fusillés... ». Ah! la rumeur, que ne dit-elle point.
C'est beaucoup plus tard que j’ai appris le fin mot de l'histoire. Voilà ce dont il s’agit.
Un habitant du pays qui demeure dans notre rue, fait venir de Rennes des péripatéticiennes. Il les installe dans un de ses locaux, créant ainsi, près de chez nous, une maison du genre de celle que madame Marthe Richard fit interdire et fermer après la guerre. En vérité il est faux de nommer ces dames de Rennes des péripatéticiennes, puisqu’en fait, elles ne hélaient pas le chaland vu qu’il était là et accourait en nombre, l’information se faisant de bouche à oreille. Ces messieurs connaissaient l’existence de la maison mais ne savaient pas la localiser. La lanterne rouge n’avait pas été installée vu aussi que ce commerce était clandestin. C’est en frappant à toutes les portes du voisinage que des militaires américains tentaient leur chance espérant trouver et ouvrir celle qui les mènerait vers une éphémère mais réconfortante félicité… moyennant quelques dollars bien sûr !