Bonjour et meilleurs vœux à tous pour la Nouvelle Année.
Ce qui est "fatigant" dans ce genre de reportages historiques, quand il s'agit des allemands et de leurs matériels, est qu'on a le droit, à chaque fois, au couplet sur la "démesure", qui serait "l'unique" résultat des ambitions démesurées de AH.
Dans le cas du Bismarck, ses dimensions étaient, au mieux dans l'air du temps. J'avais évoqué, précédemment la classe du HMS Prince of Wales brit, mais on pourrait, tout aussi bien, faire référence à nos deux cuirassés nationaux, classe Richelieu, dont la construction avait été contemporaine à celle des Bismarck & Tirpitz, de la classe Littorio, chez les Italiens, ou, pire, ceux que les Américains étaient alors en train de construire, les classes South Dakota (4 unités) & Iowa (4 unités) - 57 500 tonnes de déplacement, 270 mètres de long et 9 pièces de 406 (16" L/50) installées en tourelles triples- sans parler des deux "monstres" japonais , les Mushashi & Yamato!
Curieusement, on n'accuse jamais Roosevelt d'une telle supposée démesure, c'est juste réservé à "Dodolf"! Sachant que, dans la réalité, en ce qui concerne le domaine militaire naval, il s'était contenté d’emboîter le pas aux programmes de constructions établis par la Kriegsmarine, y compris le "Plan Z"; à un "détail" près, contrairement à l'amiral Raeder et bien d'autres, il était, extrêmement, lucide sur le rapport de puissance qui existait entre la flotte de surface britannique et les moyens dont disposait la Kriegsmarine.
Alors que la RN pouvait, si nécessaire et sans problème, déployer deux lignes de combat de cuirassés, dans le cadre d'un éventuel affrontement, en Atlantique Nord, "façon Jutland", en 1916, la Kriegsmarine, elle, n'aurait pu aligner, dans le meilleurs des cas, en 1941, que quatre malheureuses unités (Gneisenau, Scharnhorst, Bismarck, Tirpitz); ce qui constituait, tout à la fois, une ligne de "pôvre" déséquilibrée et en infériorité patente! En cas d'affrontement direct, c'était la "pâtée" assurée!
La Guerre de course (au commerce) est un vieux concept inventé par les Français. L'air de rien, il avait régit la mise en chantier de notre premier croiseur-cuirassé, "Dupuy de Lôme", qui avait sérieusement inquiété les Brits. Pour de sombres raisons budgétaires, la deuxième génération mise en chantier avait débouché sur d'aimables croiseurs à vocation "coloniale".
Les générations suivantes, conçues par Emile Bertin et ses "élèves", elles, étaient beaucoup plus conformes à l'esprit de la "Guerre de course", sauf que l'Amirauté les avaient fait évoluer en ligne, comme des cuirassés! De toute manière, l'avènement de la propulsion par turbines à vapeur, dont aucun de nos croiseurs cuirassés, contrairement aux Brits et aux Allemands, n'avait, alors, pu bénéficier, avait tuer dans l’œuf, notre concept de la "Guerre de Course"; bon nombre de "marchands" et de paquebots, convertis ou non en croiseurs auxiliaires, durant la Der des Ders, associaient machineries alternatives et turbines - c'était le cas, par exemple, du Titanic et de ses sisters-ships-.
De surcroît, avant même 1914, cuirassés et croiseurs lourds, sensés assurer la protection des convois de "marchands", affichaient, souvent, même, encore, équipés de machineries alternatives, des performances de vitesse comparables à celles de nos croiseurs cuirassés. En parallèle, les "croiseurs de bataille" brits et grands croiseurs allemands, successeurs du croiseur cuirassé, avaient , le plus souvent, évolué en formation en ligne.
Celà dit, c'était "tordu", car, Tirpitz, en Allemagne, avait, alors, vu l'occasion, à dater de 1906-1907, de se faire, ainsi, attribuer par le Reichstag, des crédits supplémentaires pour constituer une flotte de "Großkreuser", qui n'étaient, bien souvent, que le pendant, à dates de mise en chantier comparables, de cuirassés d'escadre britanniques; sauf que les Allemands n'ayant pas les mêmes contraintes coloniales que les brits, ils avaient largement pu rogner sur le confort intérieur de leurs équipages, au profit de la vitesse et du blindage. Résultat, en 1916, au Jutland, l'hécatombe des "battlecruisers" de la RN et la fin "immédiate" de leur concept, issu des idées de Fisher!
Après-guerre, les progrès techniques avaient permis, à la toute fin des années 20, de concevoir le "cuirassé rapide", une sorte de mélange réussi entre le cuirassé d'escadre et le rapide "croiseur de bataille". En 1916, les cuirassés les plus rapides flirtouillaient avec les 22 nœuds, sauf que la vitesse était loin d'être leur priorité, tandis que Battlecruisers & grands croiseurs allemands marchaient, eux, à 28 nœuds, mais grâce à des débauches dimensionnelles et de puissances installées!
La Reichsmarine renaissante avait, alors, conçu, ses trois premiers "Panzerschiffe", la classe Deutschland, une sorte de croiseurs lourds, qui avait, en réalité, fait plus de peur que de mal - le tristounet sabordage du Graf Spee "acculé", en baie de Montevideo, étant explicite -
En 1940-1941, la Kriegsmarine manquait, désespérément, de croiseurs lourds rapides, qui, dans l'esprit de nos vieux croiseurs cuirassés, auraient pu mener la guerre de course - un des très rares exemples étant le "Prinz Eugen", associé au Bismarck, qui avait, certes, pu opérer, après sa trace perdue & leur séparation, suite à la Bataille du Détroit de Danemark, au large du Groenland, en Atlantique "centre", puis rentrer indemne, mais avec un bilan de "destructions" des plus miséreux.
Faute de disposer d'une flotte de croiseurs lourds rapides, plus adaptée à ce genre de mission de surface, Raeder avait planifié, de son côté, sans en référer, la guerre de course avec les cuirassés qu'il avait sous la main! L'Opération Berlin, menée par les Gneisenau& Scharnhorst s'était achevée par une nécessaire immobilisation de (très) longue durée des deux bâtiments, sans parler des effets des bombardements aériens britanniques sur Brest. Dès lors, l'opération Rheinübungs, qui prévoyait, au départ, l'engagement des quatre cuirassés allemands, était condamnée.
Sans s'égarer, pour autant, dans "l'uchronie", une escadre de quatre cuirassés, qui aurait suivi la route du "Bibi " et du "Prinz Eugen" aurait posé de très sérieux problèmes à la Navy. Imaginez, juste, un affrontement du Hood & Prince of Wales, à la sortie du Détroit de Danemark, avec ces quatre mêmes cuirassés! Çà aurait vite viré à la catastrophe et l'escadre allemande aurait, dès lors, disparu des "écrans".