Je poursuis l'exploitation de l'historique du 4ème Bureau.
Le 16 mai les services de transport s'efforcent de réaliser les transports prévus avec rapidité malgré leur volume et l'action aérienne ennemie. Cependant, les renseignements qui parviennent dans la journée indiquent que la situation s'aggrave : la 9e armée n'a plus de liaison avec ses grandes unités. A 20h15 on apprend que l'ennemi s'est emparé de Solre-le-Château (15 km au SE de Maubeuge). La 9e armée est désormais considérée comme définitivement hors d'état d'agir.
Le 17 le commandement ordonne à la 7e armée de couvrir Paris sur une ligne Péronne - Coucy-le-Château (16 km au N de Soissons). De nombreuses unités en cours de transport ou à enlever lui sont affectées.
Le 17 au soir, de Rethel à St Quentin, s'étend un simple rideau discontinu de bouchons antichars visant à interdire le franchissement des ponts aux engins motorisés ennemis.
Le commandement veut également ressouder les armées du nord et du centre. Au nord, une partie de la 7e armée est redéployée au profit de la 1e armée pour sa couverture sur la haute Sambre : 4e DI, 9e DIM, 25e DIM, 1e DLM.
- la 4e DI, déplacée par VF, souffre de retards sur le réseau belge. Elle débarque entre le 16 à 16h et le 19 au matin ;
- la 9e DIM, déplacée par VT, débarque dans la nuit du 16 au 17.
- la 25e DIM doit se déplacer VT et VF (pour l'infanterie, les groupes de transport n'étant plus là). Ses transports s'échelonnent entre le 18 et le 21.
- la 1e DLM est déplacée par VT, plus 8 trains pour les éléments hors d'état de faire la route. Les itinéraires VT cisaillent les arrières des zones belges et britanniques enchevêtrées et encombrées de convois de réfugiés. Elle arrive malgré tout le 17 au soir dans la région du Cateau.
Les problèmes avec le réseau de manoeuvre belge
Les mouvements commencés le 10 mai dans le cadre du plan Y se passent bien. Mais, à partir du 15 mai, "il semble que les fonctionnaires du réseau ferré belge n'apportent pas aux organismes français tout le concours désirable." Le 19, une réunion à Gand fixe la subordination du réseau belge au réseau français. Cependant, cette mesure est trop tardive, le réseau devenant très vite inutilisable.
Dès le 13 mai les difficultés commencent à croître à cause :
- des bombardements aériens,
- des replis de l'armée et de la population belges,
- du repli du corps de cavalerie français,
- de l'encombrement des itinéraires,
- du manque de coordination dans les arrières des armées alliées.
L'historique (rédigé peu après les évènements) signale également quelques actes de sabotage ou d'abandon ("défaillances collectives") par les cheminots belges et l'action de la "5ème colonne".
A partir du 17 mai, le rendement du réseau ferré et du réseau routier tombe brusquement. C'est à la manoeuvre terrestre allemande qu'il faut attribuer cette baisse de régime. La poussée ennemie sur l'arrière des lignes de communication provoque rapidement l'embouteillage et la semi-paralysie dans toute la région menacée d'enveloppement. Reflux de matériel roulant du chemin de fer, reflux et enchevêtrement des arrières des 1e armée et armée britannique, mouvements concentriques de réfugiés s'ajoutent pour ralentir et compliquer les transports stratégiques du Nord au Sud, eux-mêmes rendus précisément très urgents par la menace d'enveloppement du GA 1.