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Le système de transport militaire français

Une question sur un blindé, une arme, du matériel, un canon, un véhicule, une locomotive de la seconde guerre mondiale?
C'est ici.
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Re: Le système de transport militaire français

Nouveau message Post Numéro: 41  Nouveau message de bernard-1954  Nouveau message 26 Sep 2026, 07:08

Les formations de circulation routière du Train sont :
- les régulatrices routières (RR)
- les détachements de circulation routière (DCR)

Régulatrices routières

Une régulatrice routière compte 876 hommes, 232 véhicules (dont 150 voitures de tourisme), 14 remorques et 150 motos. Elle a la composition suivante :
- 1 état-major
- 1 compagnie de régulatrice routière comprenant :
- 12 cantons de circulation routière
- 3 pelotons de circulation routière

Un canton de circulation routière comporte :
- 1 section de commandement et de services généraux
- 1 section de transports (2 voitures et 1 camion de matériel de fléchage)
- 1 section de circulation à 6 postes (chacun à 1 gradé à moto et 4 plantons en voiture)

Un peloton de circulation routière dispose de 41 hommes, 5 voitures et 30 motos. Il permet de mettre en place 6 postes (chacun à 1 gradé et 4 plantons motocyclistes).

Le total des postes pouvant être mis en place par la régulatrice s'établit donc à 90. Chaque canton prend en charge un tronçon de route de 10 à 15 km de long en général. La réserve de personnel et de matériel de la régulatrice routière permet de mettre en place, provisoirement, des cantons "mobiles", soit pour renforcer un canton fixe, soit pour garder une nouvelle route en prévision d'une circulation importante.

Détachements de circulation routière

La structure des pelotons des DIM (3 pelotons), CA motorisés (3), DC (4) et DLM (4) est identique à celle des pelotons de régulatrice routière. De même pour la structure de la section de circulation des groupes de transport de la réserve générale du Train.

Dans un CA normal, la structure du détachement de circulation routière est la suivante :
- 1 section de commandement
- 1 peloton motocycliste (30 hommes)
- 2 pelotons de même composition que la section de circulation d'un canton

Fonctionnement des formations de circulation routière

Les formations de circulation routières :

1) mettent en oeuvre les plans de circulation établis par les grandes unités en fonction du plan de circulation de l'échelon supérieur, du plan de manoeuvre et du réseau routier :
- mise en place du personnel chargé des missions 2, 3 et 4 ci-dessous
- mise en place du matériel de signalisation et de balisage

2) surveillent la circulation :
- surveillance du respect des consignes par les usagers
- libération des itinéraires (respect des urgences, déroutement en cas d'obstacle, enlèvement des obstacles, assistance aux usagers en détresse)

3.)contrôlent les mouvements et les transports :
- installation de postes en communication avec le commandement pour remontée d'informations et transmission d'ordres aux colonnes

4) Régulent les déplacements :
- installation de postes de régulation aux points de destination intermédiaires des colonnes afin de leur indiquer les nouveaux points de destination (quand la destination finale est gardée secrète.)

Au préalable, il faut attribuer une zone d'action aux unités de circulation, effectuer les reconnaissances routières, mettre en place les postes et la signalisation et organiser les liaisons et les transmissions.

Les liaisons se font par déplacement du chef ou d'un officier de liaison.
Les transmissions utilisent le réseau téléphonique général des grandes unités ou un réseau spécifique, et des agents de transmission à moto ou en voiture de tourisme avec, éventuellement, un système de relai.

Le mémento à l'usage des officiers des commissions régulatrices routières et des formations automobiles de transport indique, au §19 que :
- le commandant de la C. R. R, doit pouvoir connaître, à tout instant, l’état de la circulation dans sa zone. Il doit pouvoir, dans les mêmes conditions, renseigner le Commandement sur la situation de tous les mouvements en cours dans sa zone.
- lorsque les circonstances l’exigent, le Commandement peut avoir besoin de modifier l’itinéraire suivi par une grande unité.
- dans ce cas, la C. R. R. doit être en mesure de réaliser immédiatement la variante demandée.
- tout ceci n'est possible que si la C. R. R. dispose de liaisons téléphoniques parfaites. Dans ce but, le siège central de la C. R. R. et les cantons doivent être reliés dès leur création avec le réseau général. Le commissaire régulateur routier établit aussitôt sa liaison téléphonique avec les états-majors d’armée, les commissaires régulateurs des chemins de fer. les commissaires régulateurs routiers voisins; les communications avec ces autorités lui sont accordées par priorité, s’il le demande.
- en outre, la C. R. R. demande l’aménagement dans sa zone d’une ligne téléphonique spéciale, sur laquelle les postes des chefs de cantons sont montés en dérivation, ce qui permet d’écouter simultanément toutes les communications.

Il s'agit du cas de figure où les cantons étaient installés de manière permanente dès l'arrivée de la régulatrice routière dans sa zone d'action (c'est à dire pendant la première guerre mondiale).

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Re: Le système de transport militaire français

Nouveau message Post Numéro: 42  Nouveau message de bernard-1954  Nouveau message 27 Sep 2026, 07:29

Les formations de transport automobiles du Train sont affectées aux grandes unités ou à la réserve générale.

Véhicules

Les capacités de transport des véhicules sont les suivantes :
- voitures de liaison : 3 à 4 hommes équipés ;
- camionnettes : 10 à 14 hommes équipés ou 1 à 2 tonnes de matériel ou 1 voiturette, un canon de 25, etc. ;
- camions :
- camions ordinaires : 16 à 22 hommes équipés ou 2 à 5 tonnes de matériel ou 3 à 4 voiturettes de mitrailleuses - 1 cuisine roulante - 2 essieux de matériel de 75, etc. ;
- camions aménagés transports toutes natures (TTN) : chevaux, mulets, matériel, personnel, munitions ;
- camions spéciaux : peuvent embarquer une chenillette.

Les véhicules peuvent également tracter des remorques ou des canons, éventuellement avec des dispositifs de roulement spéciaux (pour les vieux 75 par exemple).

Le Train dispose également de sanitaires (ambulances), de camions réservoir (35 à 50 hectolitres), de camions de transport de viande fraîche et de camions frigorifiques.

Formations des grandes unités

- à l'armée : un groupe du train automobile d'armée (sanitaires et camions d'une capacité totale d'emport de 1 020 t) ;
- au corps d'armée : une compagnie automobile de QG (sanitaires, transport de viande et camions d'une capacité totale d'emport de 240 t) ;
- au corps d'armée motorisé ou corps de cavalerie : une compagnie automobile de QG de CAM/CC (sanitaires et transport de viande) et une compagnie automobile de transport de CAM/CC d'une capacité totale d'emport de 380 t ;
- à la DIM : une compagnie automobile de QG de DIM (sanitaires) et une compagnie automobile de transport de DIM d'une capacité totale d'emport de 145 t ;
- à la DI : une compagnie automobile de QG de DI (sanitaires) ;
- à la DC : une compagnie automobile de QG de DC (sanitaires et camions d'une capacité totale d'emport de 85 t) ;
- à la DLM : une compagnie automobile de QG de DLM et une compagnie automobile de transport de DLM (sanitaires et camions d'une capacité totale d'emport de 110 t) ;

Formations automobiles de transport de la réserve du train

La réserve comprend des compagnies autonomes : (autocars, camionnettes, routières, sanitaires, réservoir, transport de viande) et des groupes de transport de personnel, légers ou lourds.

La capacité de transport des unités indiquée ci-dessous correspond aux deux tiers de la capacité théorique de l'unité pour tenir compte des indisponibilités : accidents, pannes et entretien. Un véhicule est immobilisé un jour sur cinq pour entretien. Chaque convoi comporte 10% de camions de secours.

Les sections comportent deux rames de 10 véhicules, espacées de 50 m, une voiture porte-mitrailleuse et un side-car porte FM. Sur la route, les sections sont espacées de 100 m.

- section de camionnettes : 25 véhicules dont 20 disponibles => 20 à 40 t de matériel ou 200 à 280 hommes équipés
- section de camions : 20 véhicules dont 17 disponibles => 40 à 85 t de matériel ou 270 à 340 hommes
- section d'autocars : 20 véhicules dont 17 disponibles => 200 à 500 hommes équipés
- compagnie : 4 ou 5 sections de même type et une section de 4 mitrailleuses
- groupe de transport : 3 ou 4 compagnies, 1 section de voitures de liaison, 1 section de circulation, véhicules armés de protection => 1 régiment d'infanterie
- groupement de transport : => 1 division d'infanterie

Compagnies et groupes ont également un équipe de fléchage.

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Re: Le système de transport militaire français

Nouveau message Post Numéro: 43  Nouveau message de bernard-1954  Nouveau message 28 Sep 2026, 06:57

Ce post sur les transports routiers est le dernier post didactique sur le système de transport de l'armée française.

Les transports routiers peuvent concerner :
- des transports de ravitaillement (vivres, munitions, matériel du génie, etc.) ;
- des transport d'unités, qualifiés de transports en cours d'opération lorsqu'ils ont lieu après la concentration ;
- des transports divers, hors convois.

Transports de ravitaillement

Ces transports concernent soit le ravitaillement régulier, soit la constitution de stocks en vue d'une opération.

Le trajet entre le point de chargement (une gare) et le point de déchargement (un dépôt) est en général inférieur à 50 km, ce qui permet un aller-retour quotidien. L'unité de transport est cantonnée entre les points de chargement et de déchargement.

Transports d'unités

Ces transports sont dits tactiques s'ils se font au sein d'une même armée. Ils sont organisés par le commandement de l'armée avec l'aide éventuelle de la régulatrice routière qui la dessert.

Ils sont dits stratégiques s'ils impliquent deux armées ou la réserve du commandement et une armée. Ils sont alors organisés par le directeur des mouvements et transport par route (DMTR).

Compte tenu des temps de trajet des troupes du cantonnement au point d'embarquement et du point de débarquement à la destination finale, il existe un distance minimale en dessous de laquelle le transport prend plus de temps que le mouvement (marche). Il est cependant possible de transporter les sacs des hommes (une centaine de sacs par camion) pour les soulager pendant leur marche.

Lorsqu'une unité arrive dans un nouveau cantonnement, elle établit de manière préalable un plan d'enlèvement qui règle l'embarquement des unités. Ce plan servira de brouillon en cas de transport inopiné.

Lorsqu'un transport stratégique est envisagé, le commandement effectue un arbitrage entre les éléments qui seront transportés en automobile, ceux qui seront transportés en train et ceux qui feront mouvement par voie de terre par leurs propres moyens.

Les calculs prennent en compte :
- le délai de préparation des premiers éléments à enlever,
- la durée du trajet du premier élément de son stationnement initial au chantier d'embarquement,
- la durée d'écoulement des autres éléments,
- la durée d'embarquement,
- la durée du transport,
- les mêmes informations pour le débarquement après transport que celles pour l'embarquement (à l'exception du délai de préparation).

Le déplacement des éléments automobiles de l'unité se fait en général par voie de terre (VT).

Le déplacement des éléments chenillés se fait en général par voie ferrée (VF), ce qui évite les problèmes d'itinéraire liés à la force portante des ouvrages d'art et conserve les véhicules en bon état de fonctionnement (pas de risque de panne).

Avec une densité de trains de 48/24 (2 trains à l'heure), il n'y a pas d'avantage à transporter par VF un CA à 2 divisions à moins de 100 km et une division à moins de 75 km.

Pour les GU motorisées capables d'étapes de 150 km, la VF n'a pas d'avantage à moins de 400 à 500 km de distance à parcourir.

Les combinaisons VF et VT nécessitent une coordination assurée par un régulateur de concentration.

Une fois le transport VT décidé, la régulatrice routière désigne un officier du train automobile comme "directeur du transport" dont la mission sera :
- de finaliser le plan d'enlèvement ;
- de faire exécuter le transport sur l'itinéraire choisi par les régulatrices routières successives. Cet itinéraire peut être modifié au fil du temps (on dit : varianté) ;
- d'établir le plan de débarquement ;
- d'assurer l'exécution du débarquement.

L'itinéraire choisi doit être libéré de toute autre circulation. La circulation étant libre par défaut, il faut commencer par garder les routes prévues en mettant en place les cantons et les postes de circulation. Il faut également prévoir le ravitaillement en vivres des hommes (centre de ravitaillement tous les 75 à 100 km) et le ravitaillement en essence des véhicules (dépôt tous les 50 km), l'idéal étant que les véhicules de l'unité combattante, arrivent à destination avec le réservoir plein.

L'embarquement se fait sur des tronçons de route appelés "chantiers". On compte, par exemple, 800 m de long pour l'embarquement d'un bataillon d'infanterie. Les véhicules vides sont stationnés tous les 5 m sur le chantier.

La durée d'embarquement va de une demi-heure à une heure et demi selon le type d'unité à embarquer.

Une halte est prévue toutes les deux heures pendant le trajet.

Les mitrailleuses anti-aériennes des sections de transport sont réparties dans la colonne. Les mitrailleuses de la troupe transportée peuvent également être utilisées pour la protection contre les attaques aériennes.

Le débarquement s'effectue dans des chantiers de débarquement (sa durée est un peu inférieure à celle de l'embarquement), puis les véhicules des groupes de transport reviennent à vide à leur emplacement de départ par un itinéraire différent.

Pour limiter les durées d'écoulement, on transporte une division sur 2 itinéraires parallèles et de bonne qualité. Le transport d'un CA motorisé et de deux DIM se fera sur 4 itinéraires. Ceci correspond à une largeur typique de zone de marche de respectivement 12 à 15 km et 35 à 40 km. La profondeur de la zone sera de 120 à 150 km.

Les figures suivantes, extraites du Mémento à l'usage des officiers des commissions régulatrices routières et des formations automobiles de transport de 1934 illustrent l'embarquement, le transport et le débarquement d'une division d'infanterie.

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Re: Le système de transport militaire français

Nouveau message Post Numéro: 44  Nouveau message de bernard-1954  Nouveau message 29 Sep 2026, 07:50

Le réseau routier de la zone des armées est utilisé pour le ravitaillement des troupes et pour la manoeuvre. Il est également utilisé par les transmissions "motorisées" : officiers et agents de liaison, agents de transmission. Les textes règlementaires, comme l'Instruction sur l'emploi tactique des grandes unités pointent la nécessité de l'organisation de la circulation dans la zone des armées. Les cas de ralentissement ont été étudiés, ainsi que leurs contre-mesures :
- retards dans les transports ferroviaires (pour les transports rail-route)
- arrivée inattendue de convois automobiles ou hippomobiles venant d'une zone voisine
- arrivée inattendue d'un grand nombre de petits éléments [militaires, organisés, près du front] de provenance diverse
- véhicules avariés
- présence dans les colonnes de véhicules plus lents
- croisements et doublements sur routes étroites
- coupures de routes (destruction d'ouvrages d'art)

Cependant, la situation à laquelle va être confronté le réseau routier dans les premiers jours de la guerre n'a pas été prévue : l'encombrement des routes par des soldats en fuite et surtout par la population civile.

Cet encombrement se traduits par des retards dans les transports, pouvant atteindre la demi-journée, et des difficultés de liaison entre les unités. Les témoignages se trouvent partout : dans les journaux des hommes, des unités, dans les dépositions des commandants de divisions. Voici, à titre d'illustration, les mentions qu'en fait le journal du général Doumenc, major général et spécialiste du transport automobile de la première guerre mondiale.
Source : Les papiers secrets du général Doumenc, de François Delpla

13 et 14 mai : "Le reflux des populations gênait ou retardait les liaisons. Les armées paraissaient déjà coupées des E.M. subordonnés." (p. 223)

17 mai: "Du coté débarquement, nous nous débattions avec le directeur des chemins de fer, et avec le directeur des transports routiers pour avoir des précisions sur les fins des mouvements en cours... (p. 239)
"Restait la 3e DLI qu'on prenait à paris par camions. [...] On eut un retard ridicule parce que les routes étaient bouchées par des obstacles antichars, et qu'il fallut aller chercher des travailleurs pour les libérer. (p. 239)
Il s'agit ici de manques d'information sur l'état du réseau et la situation des unités en cours de transport.

17 mai : "L'autre question fut celle des évacuations. La panique gagnait les villes et leurs habitants. Nous connaissions tous les difficultés que donnait le reflux général de la population belge". (p. 240)

18 mai : "Toutes nos rocades donnaient à plein, sans qu'il y eut de perturbation graves". (p.243)

18 mai : "Les retards de mise en place et les difficultés de liaison, qu'entraînait le flot continu des populations civiles, refluant de tous côtés, vers l'intérieur du pays, ne simplifiaient pas la besogne." (p.245) Une note de F. Delpla indique que les notes journalières portent : retards dus aux flots de fuyards, formule qui pourrait inclure quelques militaires.

L'historique sommaire du 4e bureau de l'état-major donne des informations que je ne suis pas en mesure d'approfondir pour l'instant :
- ordres d'évacuation des zones menacées du 10 au 14 mai,
- filtrage des réfugiés belges à partir du 11 mai
- évacuation des réfugiés vers l'intérieur, par exemple : dégagement de la région Reims- Soissons où sont repliés les évacués à la suite de la percée des Ardennes (130 000 évacués le 15)
- ainsi que les difficultés du transfert de rocade des unités de la 7e armée à travers les arrières de l'armée britannique.

A partir de ces éléments, je dégage une hypothèse : l'encombrement du réseau routier au moment même de la percée allemande, sans oublier l'attaque de ce même réseau par la Luftwaffe, neutralise pendant quelques jours critiques l'armée française en ralentissant la remontée des informations, la transmission des ordres et l'arrivée des renforts. L'armée ne fonctionne plus correctement. Ce premier échec, n'explique cependant pas le second, celui des tentatives de reprise de contact avec le GA 1 par Weygand.

J'espère être en mesure d'apporter sur ce fil, dans quelques semaines, des précisions concernant l'encombrement du réseau routier.

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