Connexion  •  M’enregistrer

Quand l'armée française répondait à nos "Et si?" (Matériels)

Une question sur un blindé, une arme, du matériel, un canon, un véhicule, une locomotive de la seconde guerre mondiale?
C'est ici.
MODERATEUR:

Quand l'armée française répondait à nos "Et si?" (Matériels)

Nouveau message Post Numéro: 1  Nouveau message de Elan Vital  Nouveau message 11 Sep 2026, 13:12

Bonjour à tous,

On se pose souvent la question "Et si on avait fait comme ça" a posteriori en connaissant la suite des évènements. Mais il arrive parfois que la question s'était déjà posée à l'époque de manière très explicite, avec une explication plus au moins argumentée sur le choix réalisé.

J'inaugure ici un sujet mettant en lumière quelques exemples issus mes recherches dans les archives de Vincennes et Châtellerault (donc surtout concernant des thèmes techniques). J'essaierai d'en présenter un par semaine. Vous pouvez également en présenter si vous en avez rencontré dans des écrits de l'époque, ou en discuter.

Le premier sujet dont je vais parler concerne une correspondance concernant l'étude du char B1 Ter, dans le carton GR 9 NN 12 176 aux archives de Châtellerault.

Le 17 Août 1937, le Ministre de la Défense Nationale et de la Guerre écrit à l'Atelier de Construction de Rueil après avoir été saisi d'une question concernant le B1 Ter (par l'EMA le 6 Août) , qui pourra faire ses premiers essais ce mois-ci.
La première partie de la lettre recommande l'étude d'une tourelle aussi blindée que la caisse (menant aux futures ARL 2 et 37 FCM), mais le point le plus intéressant est le suivant:

"En outre, il serait vivement désirable que l'arme principale de cette tourelle soit un canon antichar susceptible de perforer 70mm à 400m sous 30°. Enfin, la solution consistant à mettre l'arme principale sur pivot, ainsi qu'il est prévu sur le prototype Renault de 20 tonnes, pourrait peut-être être envisagée dans la nouvelle tourelle dont il s'agit."

Il s'agit d'enfin appliquer la règle désirable selon laquelle un char doit pouvoir perforer son propre blindage sous ces conditions. L'ingénieur de 1ère classe De Castelneau, directeur de l'ARL, répond le 27 Août:

"Le prototype de char B1 Ter est construit et en état de marche. Les prototypes de chars dits de 20 tonnes ne sont encore qu'à l'état d'avant-projet. Le char B1 Ter semble donc destiné à être construit en série dans un avenir prochain pour prendre la suite des chars B1 Bis en commande, en attendant qu'un ou plusieurs prototypes dits de 20 tonnes aient été étudiés, construits, essayés, mis au point, probablement remaniés et finalement adoptés. Le Char B1 Ter ne remplira ce rôle que s'il conserve son avance.

Des modifications importantes au char lui-même peuvent retarder sa mise en construction de série. Or, changer la disposition de son armement équivaudrait à reprendre sa conception générale, donc à refaire l'étude. Ce premier point doit conduire à éliminer la transposition sur sa caisse de l'armement prévu pour le char Renault dit de 20 tonnes.

Devançant les critiques, j'ai déjà mise à l'étude une tourelle mieux blindée que la tourelle APX 4 mais ayant même armement et même chemin de roulement (auteur: l'ARL 2 aura finalement un chemin un peu plus grand).

Son canon de 47 est insuffisant pour perforer 70mm à 400m sous 30°. Le canon de 47mm de casemate serait surabondant pour obtenir ces résultats et conduirait à une tourelle trop grande pour ne pas modifier le char lui-même. L'encombrement d'une telle tourelle est déterminé et connu, l'étude en ayant été faite par mes soins et pour le char lourd ARL et les chars dits de 20 tonnes (l'ARL 1).

Une interpolation serait possible avec un canon de puissance intermédiaire: la chambre de combat du char B1 Ter est assez vaste pour supporter une petite augmentation du chemin de roulement de tourelle (auteur: ARL 2 finale, sans créer des renflements pour élargir le chemin encore plus). Il en résulterait une petite modification du toît du char et la refonte des aménagement. Les chars pourraient sortir avec un retard peu important, mais sans leurs tourelles définitives et sans qu'il soit possible de les doter provisoirement de tourelles APX 4. Si cette solution était retenue, néanmoins, il resterait à déterminer la bouche à feu. L'étude et la réalisation d'une nouvelle arme demanderait des délais trop longs pour résoudre le problème même tel qu'il se poserait dans ce cas. Il y aurait lieu de faire des recherches dans les services de la Guerre, et de la Marine et dans l'industrie civile pour savoir si une telle bouche à feu existe en France (auteur: le 47mm Schneider S.B.E.L. pourrait convenir).

La seule solution pratique pour conserver l'avance acquise semble donc tout en continuant les essais en cours du char, de poursuivre l'étude de la tourelle dérivée de la tourelle APX 4 et, par précaution, de commander quelques tourelles APX 4 pour attendre la sortie de ces nouvelles tourelles (une fois remplacées, ces tourelles APX 4 seraient utilisées comme rechanges sur les chars B1 Bis).

En effet, les premières de ces nouvelles tourelles ne seraient probablement pas prêtes en même temps que les véhicules, mais, suivant un fait d'expérience connu , leur cadence de sortie serait plus rapide que celle des chars."

Le Ministre se rangera à ces arguments le 11 Septembre, en arguant que l'augmentation de la puissance de perforation des projectiles de 37 par la DFA pourrait s'appliquer au 47mm SA35 en cas de réussite et s'approcher de la demande de la Direction de l'Infanterie.

Commentaire:

Les acteurs de l'époque estimaient que l'avance en temps du B1 Ter sur les chars de 20 tonnes (futurs G1) justifiaient de ne pas trop modifier son armement. On peut ajouter qu'à l'époque, les Français ne souhaitent pas trop dépasser la limite de 35 tonnes compatible avec le transport routier et ferroviaire, bien qu'il soit possible d'aller jusqu'à 44 tonnes avec de grosses incertitudes sur les itinéraires accessibles.

Les évènements vont doucher les espoirs des Français. La décision de fabrication de série du B1 Ter dès le 7e bataillon de chars B ne pourra être prise en Mai 1938 comme envisagé, ni même à partir du 8ème bataillon. 3 B1 Ter améliorés sont commandés pour sortir peut-être à partir de Novembre 1939 avec le 7e bataillon, mais sortiront finalement à la mi-1940 en raison de la guerre et d'autres retards. La fabrication de série du B1 Ter est alors repoussée après les commandes de mobilisation du B1 Bis, soit vers Mars-Avril 1941. Les prototypes de char G1 auraient dû sortir dans la deuxième moitié de 1940 et début 1941 sans le déclenchement de la guerre.

En même temps, le B1 Ter reçoit des modifications beaucoup plus profondes (nouveau moteur et mécanismes), et l'avance sur les G1 ou une autre étude est finalement assez minime. Par ailleurs, l'inspecteur des chars Keller puis la commission d'étude des chars relève la limite de poids à 45 tonnes tout en exigeant un canon de 47mm SA37 en tourelle début 1940, l'ARL répondant avec le B40. On se retrouve finalement avec le B1 Ter à canon antichar puissant proposé en 1937, prévu maintenant pour le Printemps 1942.

Pourtant, l'ARL avait restreint sont implication dans le programme G1 aux seules tourelles précisément car elle était déjà occupée à développer le B1 Ter qui devait avoir une avance temporelle. Et pour cause, les prémices du B1 Ter datent de 1935, alors que la réorientation des chars de 20 tonnes vers un 75mm puissant en tourelle date de Juillet 1937. Le développement du B1 Ter puis du B40 vont finalement converger en quelque sorte vers des idées qui auraient pu être appliquées à un G1 "sauce ARL", avec toutefois une configuration double armement discutable et la duplication des études de tourelle.

Voilà pour cette histoire, ce sera une nouvelle façon de parler de mes recherches. Bonne lecture!

Technician 5th grade
Technician 5th grade

 
Inscription: 10 Aoû 2025, 15:02
Région: Bretagne
Pays: France

Re: Quand l'armée française répondait à nos "Et si?" (Matériels)

Nouveau message Post Numéro: 2  Nouveau message de Loïc Charpentier  Nouveau message 11 Sep 2026, 14:48

Bonjour,

J'aurais tendance à me méfier des résultats des études françaises qui auraient pu déboucher sur un armement renforcé en tourelle...déjà, parce que nos ateliers de fonderies avaient des limites physiques de construction de tourelles moulées, la gamme des tourelles APX (APX-1 à APX-R) étant conçue, au mieux, pour accueillir "un homme et demi".

En face, en Allemagne, les tourelles, réalisées en plaques de blindages et adoptées à bord des Panzer III et IV, permettaient d'accueillir "trois opérateurs" ( le chef de char, le pointeur-tireur et le pourvoyeur!) . De surcroit, dès courant juin 1940, il avait été prévu de remplacer le 3,7 cm KwK, par le 5 cm Kwk l/42- cette version courte (42 calibres) du 5 cm ayant été choisie pour permettre aux Panzer III d'opérer en zone boisée, en autorisant le débattement de la tourelle à un déplacement latéral aux limites de son encombrement en"largeur", soit, sur l'avant, un débattement de l'ordre de +/- 30° sur chaque bord! (entre les extrémités des deux garde-boues avant)

En juin 1940, la Panzerwaffe avait également mis en service sa toute première générations d'obus antichars à noyau de carbure de tungstène, ainsi que ses munitions à charge creuse. :mrgreen:

vétéran
vétéran

Avatar de l’utilisateur
 
Inscription: 25 Mai 2016, 16:26
Région: Alsace
Pays: France

Re: Quand l'armée française répondait à nos "Et si?" (Matériels)

Nouveau message Post Numéro: 3  Nouveau message de Dog Red  Nouveau message 11 Sep 2026, 15:33

Loïc Charpentier a écrit:...ainsi que ses munitions à charge creuse. :mrgreen:


Les Allemands sont ils les premiers à user d'obus à charge creuse au combat?
Image
Hommage à l'Ardenne de Philippe JARBINET

vétéran
vétéran

Avatar de l’utilisateur
 
Inscription: 11 Mar 2014, 22:31
Région: Hainaut
Pays: Belgique

Re: Quand l'armée française répondait à nos "Et si?" (Matériels)

Nouveau message Post Numéro: 4  Nouveau message de Elan Vital  Nouveau message 11 Sep 2026, 15:37

Loïc Charpentier a écrit:Bonjour,

J'aurais tendance à me méfier des résultats des études françaises qui auraient pu déboucher sur un armement renforcé en tourelle...déjà, parce que nos ateliers de fonderies avaient des limites physiques de construction de tourelles moulées, la gamme des tourelles APX (APX-1 à APX-R) étant conçue, au mieux, pour accueillir "un homme et demi".

En face, en Allemagne, les tourelles, réalisées en plaques de blindages et adoptées à bord des Panzer III et IV, permettaient d'accueillir "trois opérateurs" ( le chef de char, le pointeur-tireur et le pourvoyeur!) . De surcroit, dès courant juin 1940, il avait été prévu de remplacer le 3,7 cm KwK, par le 5 cm Kwk l/42- cette version courte (42 calibres) du 5 cm ayant été choisie pour permettre aux Panzer III d'opérer en zone boisée, en autorisant le débattement de la tourelle à un déplacement latéral aux limites de son encombrement en"largeur", soit, sur l'avant, un débattement de l'ordre de +/- 30° sur chaque bord! (entre les extrémités des deux garde-boues avant)

En juin 1940, la Panzerwaffe avait également mis en service sa toute première générations d'obus antichars à noyau de carbure de tungstène, ainsi que ses munitions à charge creuse. :mrgreen:


En l'occurence les tourelles à 2 ou 3 hommes (ARL 1, 3, 4) pour char de bataille étaient assemblées par soudure ou par un mix soudure/pliage/moulage, mis à part une version de l'ARL 3 brièvement conçue pour être moulée mais qui est justement revenue au mix, le moulage étant réservé à la plaque avant et le tourelleau qui sont deux pièces de forme complexe. De toute manière, tout le monde avait dû améliorer son outil de production pour produire de telles tourelles.

Mais de toute manière, je ne pense pas que la proposition de la Direction de l'Infanterie était applicable ou même la plus adaptée. Je ne suis pas convaincu qu'on aurait accepté de relever la limite de poids en temps de paix, et à partir de là la seule solution technique viable est celle adoptée par les chars G1 d'un seul canon en tourelle, ce qui était estimé comme faisable sous 35 tonnes à condition d'avoir un châssis compact sans transmission électrique lourde (les G1 Fouga remanié et Renault, par opposition aux G1 BDR et Lorraine trop lourds).

En fait cette histoire montre plutôt le dilemme de l'ARL qui a mené l'étude du B1 Ter bien avant le programme G1 et se retrouve un peu coincé: soit on garde le principe d'un remplaçant du B1 Bis peu ambitieux mais faisable rapidement, soit il aurait fallu s'intégrer au programme G1 pour intégrer l'armement modifié. Le problème étant que le B1 Ter a finalement évolué pour être plus ambitieux que prévu et a donc largement perdu l'avantage du temps.

Technician 5th grade
Technician 5th grade

 
Inscription: 10 Aoû 2025, 15:02
Région: Bretagne
Pays: France

Re: Quand l'armée française répondait à nos "Et si?" (Matériels)

Nouveau message Post Numéro: 5  Nouveau message de Loïc Charpentier  Nouveau message 11 Sep 2026, 17:33

Dog Red a écrit:
Loïc Charpentier a écrit:...ainsi que ses munitions à charge creuse. :mrgreen:


Les Allemands sont ils les premiers à user d'obus à charge creuse au combat?


Le principe de fonctionnement était connu, mais son premier emploi à usage militaire, initié par la Wehrmacht, date, au plus tôt, du début de l'automne 1940! Il y aurait long à dire sur l'évolution des munitions à charge creuse et leurs performances. :mrgreen:

vétéran
vétéran

Avatar de l’utilisateur
 
Inscription: 25 Mai 2016, 16:26
Région: Alsace
Pays: France

Re: Quand l'armée française répondait à nos "Et si?" (Matériels)

Nouveau message Post Numéro: 6  Nouveau message de Alfred  Nouveau message 11 Sep 2026, 20:56

Si je ne fais pas d''erreur les allemands sont les premiers a utiliser les charges creuses pour faire sauter les coupoles de forts en Belgique....

vétéran
vétéran

 
Inscription: 21 Aoû 2011, 13:41
Région: Litus saxonicum
Pays: Grande Bourgogne

Re: Quand l'armée française répondait à nos "Et si?" (Matériels)

Nouveau message Post Numéro: 7  Nouveau message de Dog Red  Nouveau message 11 Sep 2026, 21:26

Pour percer effectivement les blindges des tourelles du seul fort d'Eben-Emale.

Je me questionnais sur l'usage des projectiles à charge creuse contre les chars.
Image
Hommage à l'Ardenne de Philippe JARBINET

vétéran
vétéran

Avatar de l’utilisateur
 
Inscription: 11 Mar 2014, 22:31
Région: Hainaut
Pays: Belgique

Re: Quand l'armée française répondait à nos "Et si?" (Matériels)

Nouveau message Post Numéro: 8  Nouveau message de Elan Vital  Nouveau message 15 Sep 2026, 17:51

Voici le sujet de cette semaine, qui concerne cette fois le montage d'un canon de 25mm sur les chars légers en attendant le 37mm SA38 et fait parallèle en quelque sorte à "Et si on avait réarmé les chars légers en 25mm?".

Cette histoire provient du compte-rendu de la 22ème réunion du Conseil Consultatif de l'Armement qui s'est tenu le 3 Mai 1937 (côte GR 7 N 4210 aux archives de Vincennes).

L'Ingénieur général Happich annonçait alors la présentation du premier prototype du futur 37mm SA38 en Juin 1937.

"Le Général Velpry (auteur: Inspecteur des Chars) fait remarquer qu'il faudra au moins un an pour sortir un canon de 37 puissant et qu'une étude est faite pour monter le canon de 25 sur les chars.
Une discussion s'engage à ce sujet de laquelle il ressort que le canon de 25 pour chars est un canon raccourci par rapport au modèle normal, nécessitant une fabrication spéciale demandant un délai d'au moins 7 à 8 mois et susceptible de ralentir la fabrication des autres canons de ce calibre.

Le Général Gamelin prescrit d'examiner cette question de manière qu'une décision puisse être prise le plus tôt possible."

Cette question fait l'objet d'une note le 20 Mai 1937 (la n°4 à la côte AA 206 4H2 44 1 à Châtellerault), appelée "Comment armer nos chars légers: Canon de 37 S.A. ou canon de 25?"

Il est argué que:

"a) La mission normale des chars légers étant l'accompagnement de l'infanterie, ils doivent pour permettre la progression de cette dernière, être en mesure de détruire (ou au moins de neutraliser) les armes, la plupart automatiques, qui s'opposent à son avance. C'est donc d'abord et avant tout un canon de destruction des armes automatiques que doit porter un char léger.

b) Notre système de chars comporte une série d'appareils dont chacun est plus particulièrement apte à remplir une des missions des chars au combat. On vient de voir qu'en ce qui concerne le char léger cette mission normale est l'accompagnement de l'infanterie; celle des chars plus puissants - dits de manœuvre d'ensemble - comporte la destruction des armes anti-chars; ils sont armés en conséquence.

Il en résulte que le char d'accompagnement combat sous la protection des chars de manoeuvre d'ensemble; il n'y a donc lieu de l'armer d'un engin antichar que dans la mesure ou sa mission essentielle le permet. En d'autres termes, le char léger n'a pas à être un engin antichar absolu mais essentiellement un engin contre les armes automatiques. C'est dans cet esprit qu'il a été conçu et qu'ont été fixées ses spécifications.

Ceci posé il apparait que pour s'attaquer aux armes automatiques il faut disposer d'un projectile contenant la plus grande quantité d'explosif de manière que l'éclatement de l'obus ait des effets de destruction à quelque distance du point d'éclatement.

Or le canon de 37 tire un obus explosif (le SA38 aussi, alors appelé Mle 35), tandis que le canon de 25 tire une balle. Armer les chars d'un canon de 25 pour la lutte contre les armes automatiques ce serait donc leur donner un gros fusil à un coup à la place du canon dont ils ont besoin.

Cette solution serait d'autant moins acceptable qu'elle conduira à réaliser une tourelle pour canon de 25 plus volumineuse et vraisemblablement plus pesante que la tourelle actuelle. Or, on sait qu'il y a tout intérêt à ne pas "enfler" délibérément le poids du char d'accompagnement. Par ailleurs essayer d'éviter cette augmentation de poids par un raccourcissement du canon de 25 ne peut conduire qu'à diminuer les possibilités de perforation de cette arme et à en faire une arme comparable au canon de 37 puissant actuellement à l'étude pour les chars légers. Cette dernière arme, en effet, sans avoir en ce qui concerne la perforation, des possibilités aussi élevées que le canon de 25 a cependant sur les blindages des effets qui ne sont pas négligeables.

En résumé:
- le canon de 25 est incapable de remplir la mission normale d'un canon de char léger
- le canon de 37 puissant au contraire donnera satisfaction dans l'accomplissement de cette mission et ne sera pas complètement désarmé contre les blindages ennemis; il est susceptible d'arrêter, en particulier, tous les chars légers étrangers actuellement connus.


Le choix entre les 2 armes ne peut faire l'objet d'une hésitation."

Ce postulat était basée sur les essais imminents du 37mm puissant et l'espoir d'en entamer la fabrication de série dès Juillet 1938, permettant de réarmer tous les chars légers en 1939.

Commentaire: En fait, le 37mm puissant n'a pu achever ses essais qu'en Août 1938 après la création de 2 autres spécimen pour améliorer les conditions d'utilisation dans la tourelle APX-R (médiocres avec le 1er spécimen), reléguant en théorie à fin 1939 la fabrication de série. De fait, il a fallu attendre début 1940 pour voir les premières livraisons de ce canon. Le problème de timing était donc réel.

Par ailleurs, on peut discuter des objections au montage d'un canon de 25, même raccourci, sur la tourelle APX-R. La tourelle APX 5 à un homme et canon de 25 pour automitrailleuse ne semble pas plus spacieuse. D'ailleurs, la masse estimée de 1800 kgs pour une tourelle APX 5 blindée à 60mm (pour l'AM 40P) indique que la surface blindée et donc le volume de la tourelle sont de l'ordre de l'APX-R qui ne pèse guère moins pour 40mm de blindage. Par ailleurs, le 25mm raccourci pour automitrailleuse utilisait une charge forte pour garder la même vitesse initiale que le 25 antichar.

Les Français de l'époque n'envisagent pas non plus la possibilité d'armer un ou deux chars par section (ou une section entière par compagnie) avec le canon de 25mm, à la manière des futurs Britanniques employant des Sherman Firefly en conjonction avec des chars classiques...

Technician 5th grade
Technician 5th grade

 
Inscription: 10 Aoû 2025, 15:02
Région: Bretagne
Pays: France

Re: Quand l'armée française répondait à nos "Et si?" (Matériels)

Nouveau message Post Numéro: 9  Nouveau message de alain adam  Nouveau message Hier, 05:53

Hello,

Cette question revient à se demander si nous devrions pas avoir un seul char bon pour toutes les missions … un MBT quoi !
Ce concept est apparu très tardivement et on ne fait que l’effleurer durant la seconde guerre mondiale. Si dans l’esprit du français moyen char= Leclerc = canon puissant sur des chenilles, cela n’a pas toujours été le cas et il ne faut pas aller bien loin dans le passé pour découvrir un char léger (AMX-13) ou toute une série de chars sur roues.

Avant-guerre, les concepts sont bien différents du MBT dans l’état-major français, et il faut déjà comprendre deux missions bien différentes, celle de la cavalerie et celle de l’infanterie. La cavalerie doit exploiter, reconnaitre, protéger la mise en place de l’infanterie, donc il lui faut du matériel capable de soutenir un premier contact, si possibles rapides et d’une forte autonomie, mais sans forcément tout miser sur la carapace blindée et la puissance de feu. L’infanterie doit repousser les attaques adverses, percer les lignes fortifiées, engager les chars ennemis. Il lui faut donc des chars légers d’accompagnement, des chars moyens capables d’engager les chars ennemis et des chars lourds de rupture (ou chars de forteresse) capables de percer une ligne fortifiée. L’artillerie, qui a perdu sa possibilité d’avoir des engins blindés (mais pas l’espoir avec le retour progressif des engins autopropulsés, au moins dans les cartons), doit soutenir les deux et proposer des armes antichars puissantes.

Nous parlons ici d’une sous-catégorie de blindés de l’infanterie qui sont destinés à accompagner les soldats au feu : les chars d’accompagnement d’infanterie, héritiers des chars FT de la première guerre mondiale. Leur mission n’est pas de s’opposer aux chars ennemis, mais bien protéger les soldats des tirs de mitrailleuse et canons légers, et avoir la puissance suffisante pour faire taire des nids de mitrailleuse et positions légèrement fortifiées. Pour cela, il faut une combinaison mitrailleuse et obus explosif. Ainsi que l’a évoqué Alexis, le canon de 25mm ne réponds pas à la nécessité d’avoir des obus explosifs, et si on avait eu à réfléchir sur l’arme à employer il aurait été plus judicieux de s’orienter vers le 47mm pour remplacer le 37mm. Cependant ce dernier apporte de nouvelles contraintes, comme la taille de la tourelle, l’emport de moins de munitions, du coup une augmentation du poids qui nécessiterait un autre moteur etc etc. Aussi la solution la plus correcte, pour augmenter un peu la puissance de feu contre des blindages, sans devoir carrément changer de blindé revenait à remplacer le canon de 37mm SA 1918 par un canon plus moderne, le 37mm SA 1938. Car oui, on n’était pas dupes, si nous avions des chars, l’ennemi outre-rhin en avait aussi, et les chars d’accompagnement d’infanterie avaient une probabilité d’en rencontrer. Si leur épais blindage devait les protéger, il fallait au moins pouvoir riposter et la recherche s’est effectuée dans un premier temps sur les canons et les obus eux-mêmes.

Initialement le projectile de rupture du char FT, « Cartouche de 37 à obus de rupture Mle 1892 M.24 ( non coiffé ) » n’a que des performances minimales, 12mm de perforation à la bouche, mais sera remplacée , sur les canons de 37mm SA 18 modifié 1937 (sur chars modernes), par la « Cartouche de 37 à boulet de rupture mle 1935 ( coiffé avec fausse ogive ) » perçant 18mm à 400m sous 35°. Cela permettait d’engager les chars allemands les plus légers puisque leurs blindages n’excédaient pas 16mm. Ensuite vient la « Cartouche de 37 à boulet de rupture mle 1937 (coiffé avec fausse ogive) » perforant 21 mm à 400m sous 35°, ce qui améliorait encore la capacité antichar. J’ai cependant quelques doutes sur la disponibilité de cette dernière munition dans les unités d’accompagnement d’infanterie, il faudrait mener une analyse fine pour vérifier sa distribution.

Evidemment, le changement vers le canon SA 38 (qui sera effectué progressivement sur les chars Renault et Hotchkiss) améliorera encore les statistiques, avec son « Boulet de rupture de 37mm Mle 1938 (coiffé sans fausse ogive) », il perfore 32 mm à 400m sous 35°. Aucun char allemand de 1940 n’a un blindage supérieur à 30mm (le Stug III mis à part … et ce n’est pas un char).
Pour autant, le char d’accompagnement d’infanterie disposait de munitions explosives avec son 37mm et pouvait donc s’en prendre à l’infanterie autrement qu’avec sa mitrailleuse. Un canon de 25mm aurait tout de suite apporté de meilleures caractéristiques antichar, mais au détriment des obus explosifs, ce qui était un critère majeur de ce type de blindé.

J’en profite pour parler rapidement des autres types de chars de l’infanterie : le char de manœuvre initié avec le D1, pas une franche réussite qui deviendra le char de combat moyen D2, le char de combat moyen B1 puis B1bis, et le char de rupture lourd FCM 2C, concept plus ou moins abandonné avant de revoir le jour avec le projet du FCM F1. Ainsi donc, on a bien trois types de blindés, et la plus forte masse est représentée par le char d’accompagnement d’infanterie (sur les trois modèles Renault 35-R, Hotchkiss 35-H et FCM 36, en sus du vénérable FT encore en service).
Mais il y a aussi la cavalerie et dans ce domaine, on dispose également de trois grandes familles, les AMR, les AMD et les AMC (automitrailleuses de reconnaissance, découverte et combat). Seules les AMC sont assimilables à des chars et on y retrouve le Somua S35 (pour les AMD , la « Pan-Pan » P178, pour les AMR, les AMR33 et 35 ).

La grande variété de matériel s’explique par le fait que les concepts ont évolué dans le temps et que les matériels les plus anciens sont petit à petit remplacés par du matériel neuf, mais on a bien en théorie que 3 type de blindés d’infanterie et 3 de cavalerie. S’y ajoutera un 7e type (ou 4e dans chaque catégorie) crée par manque de capacité industrielle que l’on peut nommer « char léger » représenté majoritairement par le char Hotchkiss H35 et H39 qui fut utilisé comme bon à tout faire aussi bien dans l’infanterie que la cavalerie. On le retrouve ainsi dans les DCR, les DLM, les GRDI, prenant les rôles de char de combat d’infanterie, d’AMR, d’AMC .. Mais il ne faut pas se leurrer, c’était un pis-aller et ce blindé avait bien été développé initialement comme char d’accompagnement d’infanterie.
Cela ajoute à la confusion du novice qui observe l’arme blindée française de 1940, mais s’explique très facilement.

Pour simplifier l’approche, voici ce que l’on peut retenir : 3 type de blindés modernes dans l’infanterie, accompagnement doté en tourelle du canon de 37, combat doté du canon de 47, rupture avec le canon de 75. Pour la cavalerie et avec une approche similaire, AMR avec mitrailleuse, AMD avec canon de 25, AMC avec canon de 47. On comprend alors plus facilement que les Hotchkiss (canon de 37) n’étaient pas à leur place initialement prévue lorsqu’on les trouvait, par exemple, dans les régiments de combat des DLM en tant qu’AMC à coté des S35 ou dans les DCR comme char de combat à coté des B1bis.

Mais, comme je l’ai dit, tout ceci est « pollué » par le matériel ancien ici et là, et on retrouve par exemple des ex AMD devenues AMR avec canon de 37 (P16), des AMD avec canon de 37 (White-Laffly 50) ou des chars d’accompagnement avec mitrailleuse (FT). Sans parler des tentatives qui ont été effectuées, comme les AMR « antichar » dotées de canon de 25 (ZT2 et ZT3) qui viennent remplacer partiellement les pièces de 25mm tractées des GRDI. Une harmonisation était en cours, mais elle n’aurait pu être atteinte au mieux qu’a la mi 41, soit un an trop tard.

Alexis évoque sur la fin de son intervention l’idée de placer tout de même un char « plus puissant en antichar » au sein de chaque section. En fait cela a été fait, par exemple dans les DLM dotées des premiers H39 on trouve un mix de chars dotés de canons SA18 (mod 37) et SA 38. Chaque peloton de cavalerie disposait d’un ou deux chars dotés du canon long, les autres étant sur canon court. Il en ira de même lors des premières formations d’infanterie mixant des R-35 classiques (SA18) avec des R-35 modifiés 39 (SA38), pour la même raison, mieux distribuer la puissance de feu antichar à travers chaque section du bataillon. Par contre, il n’y avait pas de différence de calibre ou de typologie de blindé, donc on évitait des problèmes supplémentaires d’entretien/logistique.
Bon, pour clore cette intervention, évidemment que non, on ne pouvait pas remplacer le canon de 37mm par un canon de 25mm sur les chars d’accompagnement d’infanterie, vous l’avez maintenant compris, simplement car il fallait un potentiel explosif (HE), ce dont le canon de 25 ne disposait pas. (*)
Alain

(*) Lorsque le 25mm antichar a fait son apparition dans les unités d’infanterie pour remplacer le vénérable 37mm TR16, c’est la critique majeure qu’il a reçu, cette impossibilité de fournir un appui « explosif » , mais là c’était compensé en partie par les lance grenades VB et les mortiers légers de 60mm.
Armée de Terre Française 1940
http://atf40.fr/

vétéran
vétéran

Avatar de l’utilisateur
 
Inscription: 05 Aoû 2013, 23:13
Région: rhone
Pays: france


Connexion  •  M’enregistrer

Retourner vers LES ARMES, VEHICULES ET MATERIELS TERRESTRES




  • SUR LE MEME THEME DANS LE FORUM ...
    Réponses
    Vus
    Dernier message
 
  ► Les 10 Derniers Posts du jour Date Auteur
    dans:  Les Feux de la rampe 2.0 : Parachutes, parachutisme, parachutistes 1934-1945 
Aujourd’hui, 20:19
par: iffig 
    dans:  Les Feux de la rampe 2.0 : « La vie quotidienne des soldats, au front et à l’arrière 1936-1945 » 
Aujourd’hui, 19:57
par: iffig 
    dans:  "Pressure" 
Aujourd’hui, 19:34
par: th.reynaud 
    dans:  Mon coup de gueule 
Aujourd’hui, 18:48
par: Dog Red 
    dans:  Kôgun Histoire de l'Armée Japonaise 1853-1948 
Aujourd’hui, 17:48
par: Dog Red 
    dans:  La bataille de Gaulle 
Aujourd’hui, 16:27
par: Jumbo 
    dans:  12 MAI 1940 - LES ALLEMANDS TRAVERSENT LA SEMOIS A BOUILLON 
Aujourd’hui, 15:17
par: alain adam 
    dans:  Bataille aéronavale en mer de Bismarck 2-4 mars 1943 
Aujourd’hui, 14:18
par: coyote 
    dans:  Assassinats politiques et tentatives de putsch dans le Japon des années 1930 
Aujourd’hui, 13:59
par: NIALA 
    dans:  Quiz suite -13 
Aujourd’hui, 13:00
par: Prosper Vandenbroucke 

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 141 invités


Scroll