L'ERREUR FONCTIONNALISTE DANS TOUTE SA SPLENDEUR
Ulrich Herbert, né en 1951, a bien mérité des études sur le nazisme en braquant un projecteur sur ce personnage. Un travail commencé de son vivant (deux ans avant sa mort, en 1989), débouchant en 1996 sur un livre
enfin traduit en 2010 dans l'un des deux pays étrangers qu'il avait contribué à asservir, la France (une traduction en danois ne semble pas exister).
Recension dans L'Histoire https://www.lhistoire.fr/livres/werner- ... -de-lombre :
Si le nom de Werner Best n’est guère passé à la postérité, l’homme ne saurait pour autant être tenu pour un comparse. Idéologue de la SS, chef de la police de la Hesse en 1933, bientôt numéro trois de la Gestapo, il créa les Einsatzgruppen chargés de la répression à l’arrière des troupes allemandes en Pologne. Accédant en 1940 à la direction de l’administration auprès du commandement militaire en France, il acheva sa carrière comme proconsul au Danemark. La toute relative quiétude dont jouit le royaume durant les années sombres a contribué à présenter ce haut responsable sous des couleurs amènes, Best se targuant même, aux lendemains de la guerre, d’avoir favorisé le sauvetage des Juifs danois en 1943. Légende, rétorque Ulrich Herbert, au terme d’une enquête accablante dont l’absence de notes préserve hélas les secrets.
Car Best, loin d’être un opportuniste, fut un nazi convaincu. Héraut des thèses volkisch sur la supériorité de la race germanique, s’agitant avant 1933 dans les réseaux d’extrême droite, il plaça ses talents d’organisateur au service de la SS tout en ambitionnant de devenir son idéologue. Mais son désir de peupler la SS de juristes compétents le plaça sur la route de Heydrich, qui barra son ascension en l’expédiant à Paris. Courtois et policé, Best refusait la violence bestiale et ostensible des SA ainsi que les brutalités inutiles. Il s’opposa ainsi tant aux exécutions d’otages réclamées par Hitler en 1941 qu’aux mesures de contre-terreur que ce dernier ordonna au Danemark en 1944.
Best privilégiait l’efficacité. Il préféra ainsi, en France, déporter Juifs et communistes plutôt que d’ordonner des fusillades impopulaires, accélérant de facto le processus d’extermination. En 1943, il recommanda de déporter au plus vite les Juifs danois ; mais, constatant que le moment opportun était passé, il les laissa s’enfuir, se réjouissant de cette « déjudaïsation » sic spontanée. Relativement épargné par l’épuration, il s’engagea après guerre au sein du parti libéral allemand, le FDP - une formation décidément bien accueillante aux anciens nazis.
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L'école fonctionnaliste d'histoire du nazisme, hégémonique pendant les quatre dernières décennies du XXème siècle, se caractérise par une alternance entre la sous-estimation du rôle d'Hitler et son oubli complet.
Le livre, comme son résumé dans le magazine, en offrent un magnifique exemple. Le rôle du dictateur est soigneusement tu, tant lors de la nomination de son principal représentant dans Paris occupé que lors de la solution finale, exceptionnellement non sanglante, du "problème juif" au Danemark.
Sans doute le Führer rêvait-il dans ses montagnes pendant que ses lieutenants géraient comme ils pouvaient, tour en se jalousant et en s'étripant, le chaos de ce régime non viable ?
http://sophieg7387.erog.fr/article-19111260.html

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