L'été étant arrivé, place à la lecture décontractée.
J'avais repéré depuis un moment la parution de ce roman, Le second objectif, puisque je suis destinataire, entre autre, du catalogue trimestriel des éditions First et qu'il avait été annoncé en janvier.
Les bouquins grand public sur la seconde guerre mondiale, et une bataille particulière en l'occurrence, se faisant plutôt rares, je me suis demandé ce qu'on pouvait bien encore raconter outre-atlantique à ce sujet.
Ne vous attendez pas à de la grande Histoire, solidement documentée, avec des témoignages et tout et tout. Non non, nous sommes bien dans le domaine du roman.
Ici, on oscille entre la caricature et le mythe, saucé d'une trame à suspense assez bien tournée.
Le mythe, c'est l'arrière plan historique, avec cette emblématique bataille du saillant (Bulge) des Ardennes, son attaque soudaine qui a surpris tout le monde, sa neige, ses gros chars tigre royaux imbattables, ses divisions SS, et surtout, surtout, son Skorzeny et ses diables de commandos maîtrisant l'anglais.
Ceux-ci, on le sait, avait été (mal) formés afin de se répandre sur les arrières des lignes américaines afin de semer une certaine confusion en donnant de faux renseignements, en tournant les poteaux indicateurs et en essayant de se rendre maîtres de ponts sur la Meuse.
En réalité, cela s'était très mal passé pour eux puisqu'ils avaient été à peu près tous découverts, leur activité de nuisance ayant été à peu près nulle. Bref, un fiasco, ce que ce m'as-tu-vu de Skorzeny a été obligé de reconnaître après la guerre.
Mais voilà, la capture d'Anvers étant un objectif assez peu romantique, Mark Frost a remis au goût du jour un vieux bobard né pendant la bataille elle-même attribuant aux commandos de Skorzeny l'objectif d'assassiner Eisenhower. Voilà donc le ressort principal du livre.
Outre le fait que c'était un objectif complètement idiot, puisqu'en cas de coup dur, Ike eût été remplacé illico, et pas forcément avec de mauvaises conséquences pour l'issue de la guerre, l'auteur a décidé de nous concocter des personnages de derrière les fagots.
C'est ici que viennent se placer nos caricatures. On a tout d'abord le SS serial killer (mais pourquoi personne n'y avait pensé avant ?). Il a tout du monstre, glacial, sadique, assoiffé de sang, il tue tout ce qui bouge. Un Hannibal Lecter du Silence des agneaux puissance dix sous l'uniforme nazi. Mais il ne bouffe pas ses victimes, lui au moins.
Ensuite on a l'américain enrôlé de force dans l'armée allemande, le gentil qui n'y peut rien, emporté par les événements comme un fétu de paille, complice par obligation et qui tourne casaque au milieu du livre.
Enfin on a le flic, le vieux de la vieille à qui on ne la fait pas, sorti d'un roman de Chandler, mais sans son costard et son chapeau. En uniforme vert olive comme tout le monde ! Il mène son enquête à Malmédy comme dans le Bronx, tout pareil.
Tout ce petit monde se poursuit, s'échappe, se trucide au fil d'un suspense efficace et bien troussé.
Je ne vous raconte pas la fin, puisque vous la connaissez !
Donc historiquement, c'est faible, même si le livre est assez documenté pour certains détails (lieux, unités, etc.)
La traduction est du niveau maternelle supérieure avec effets comiques garantis (Squad = escadron ou engeneers = ingénieurs).
Le roman se tient malgré tout, si on fait abstraction de l'aspect historique, et il se lit bien.
Mais je parierais bien une bouteille de scotch que les spécialistes de la Bataille des Ardennes n'y trouveront certainement pas leur bonheur !
Mark Frost, Le second objectif, Editions First, 2008, 20€

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