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"AUFTRAGSTAKTIK" KEZAKO ?

Tout ce qui concerne la période entre le 3 septembre 1939 et le 25 juin 1940 environ, comme par exemple:
L'offensive de la Sarre, la mobilisation, le Pied de Paix Renforcé, la B.E.F., la campagne de France, l'effondrement de la République et de l'Armée Française, l'exode ...
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"AUFTRAGSTAKTIK" KEZAKO ?

Nouveau message Post Numéro: 1  Nouveau message de Dog Red  Nouveau message 22 Juil 2026, 21:24

L'Auftragstaktik, terme allemand de "Auftrags" (pour "mission" ou "objectif") et "Taktik" (autrement plus facile à traduire), soit "Commandement par objectif" laisse à l’officier qui exécute la mission le choix des moyens de l’accomplir. C’est la réponse allemande à l’inévitable « brouillard de la guerre » définit par CLAUSEWITZ dans son "Art de la guerre".

L'Auftragstaktik est une des pierres angulaires de la spécificité de l'armée allemande de la Seconde Guerre mondiale.
Mais que faut-il comprendre par là ?

1. Le chef doit donner des instructions qui doivent laisser toute leur place à :
. l'initiative ;
. l'autonomie ;
de l'exécutant, mieux à même de saisir l’évolution de la situation sur le terrain.
(SCHARNHORST)

2. « Les plans doivent contenir tout ce que le subordonné ne peut décider par lui-même en vue d’obtenir un but précis, mais seulement cela. Les situations dans lesquelles l’officier doit agir en se fiant à son seul discernement sont variées. Ce serait prendre les choses à l’envers que de vouloir attendre des ordres dans des situations où des ordres ne peuvent être donnés. »
(MOLTKE l'Ancien)

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Infanterie prussienne 1870-71 (https://www.herodote.net/La_defaite_en_ ... 58-163.php)

Cette doctrine suppose des officiers de haut niveau dont l’indépendance de caractère doit est encouragée.
Elle apparaît dans le règlement de 1888, après plus de quinze années de réflexion et de débats consécutifs à la Guerre de 1870 (des Grenadiers s'étaient rendus, au Bourget, dès lors que le lieutenant qui les commandait avait été tué. Sans ordres, ces soldats prussiens avaient cessé de combattre).

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Heinz GUDERIAN

En 1910, le jeune sous-lieutenant Heinz GUDERIAN est fortement imprégné de cette Auftragstaktik qu'il s'évertuera, toute sa carrière durant, à inculquer et développer. Et certainement, dans les années '30, dans la création et le développement de la Panzerwaffe. Dans son dernier ouvrage ("Heinz Guderian le maître des panzers"), Jean LOPEZ va même plus loin en écrivant que « …la future arme blindée allemande a été efficace par ce qu’elle a poussé sur le terreau fertile de l’Auftragstaktik. »

Il va sans dire que durant la campagne de 1940, cette doctrine basée sur l'initiative, l'autonomie et le discernement laissés au commandement de terrain (à tous les niveaux de la ligne hiérarchique) a permis à la ruée des Panzer de pousser jusqu'à la mer, parfois à des centaines de kilomètres des états-majors d'armée et de groupes d'armées. Face à un commandement allié à l'opposé, sclérosé par un système de commandement trop rigide.

Sources :
. JARDIN, P., Auftragstaktik in La Wehrmacht la fin d’un mythe, Perrin, Paris, 2019 pp.31-32
. LOPEZ, J., Heinz Guderian Le maître des panzers, Perrin, Paris, 2025, pp.32-34
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Re: "AUFTRAGSTAKTIK" KEZAKO ?

Nouveau message Post Numéro: 2  Nouveau message de bernard-1954  Nouveau message 23 Juil 2026, 08:24

Est-ce que cette "liberté" des exécutants a été remise en cause lors de la seconde guerre mondiale ?

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Re: "AUFTRAGSTAKTIK" KEZAKO ?

Nouveau message Post Numéro: 3  Nouveau message de Dog Red  Nouveau message 23 Juil 2026, 08:30

À ma connaissance, jamais.

Même si HITLER a pu se "mêler" des opérations, son action portait essentiellement sur les plans du haut commandement (OKH en Russie et OKW ailleurs).

L'Aufkragstaktik était à ce point dans l'ADN de la hiérarchie allemande que, plus on s'approchait du terrain plus ce principe était de mise. Il est indissociable de la notion de Kampfgruppe (Groupe de combat), autre pierre angulaire des doctrines allemandes, qui ne disparaîtra jamais jusqu'à la capitulation.

Nb Le commandement US va fortement s'en inspirer.
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Re: "AUFTRAGSTAKTIK" KEZAKO ?

Nouveau message Post Numéro: 4  Nouveau message de bernard-1954  Nouveau message 23 Juil 2026, 09:14

Merci Daniel.

A ton avis, est-ce que le commandement par objectif fonctionne également dans la défensive (je pense que la réponse n'est pas simple mais je me trompe peut-être).

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Re: "AUFTRAGSTAKTIK" KEZAKO ?

Nouveau message Post Numéro: 5  Nouveau message de RoCo  Nouveau message 23 Juil 2026, 09:49

Bonjour Daniel,

Très intéressant l'ouverture de ton fil concernant l'Auftragstaktik .
Là où j'ai quelques difficultés à te suivre (et les éminents historiens) c'est le choix de prendre le Guderian de mai 1940 comme
exemple . Comme tu le dis très bien dans le post 1, l'Auftragstaktik encourage l'indépendance et l'initiative, mais elle exige que celles-ci s'exercent dans le cadre de l'intention du commandement supérieur et maintiennent l'unité de l'action. Guderian, en revanche, a souvent agi de manière autonome, ignorant délibérément les ordres explicites.
-franchissement de la Meuse à Sedan (contraire aux ordres de Kleist)
-élargissement de la tête de pont le 14 mai (contraire aux ordres de Kleist, de Rundstedt, de l'OKH et même de Hitler) "Auf nach Rethel"
-non-respect de la ligne d'arrêt du 16 mai (ce qui mène au conflit avec Kleist)
-le "raid" vers Abbeville
Agir en dehors de l' intention du supérieur ou sans coordination avec le "tout" fait basculer Guderian de l'indépendance vers l'insubordination, qui est formellement bannie .
Guderian n'a pu se permettre cette désobéissance que parce que ses succès militaires ont justifié a posteriori ces manquements à la discipline .
Guderian n'est pas le seul dans ce cas . On peut ajouter Reinhardt avec la décision d'avancer vers Montcornet (Kempf lui a un peu forcé la main) .
Ce n'est pas sans raison, que Rundstedt essaie de mettre en laisse les commandants des troupes rapides, en les mettant sous le commandement des armées
d'infanterie .

Un exemple du succès de l'Auftragstaktik serait plutôt la décision de Balck d'attaquer Martelange le 10 mai sans attendre des moyens lourds . C'est contraire
au règlement de service, mais il prend cette initiative parce qu'il commande à l'avant et voit la situation, parce qu'il a été formé à l'Auftragstaktik et qu'il reste
avec sa décision dans les limites des ordres donnés par ses supérieurs d'avancer le plus vite possible vers la Meuse . (il y a plein d'autres exemples mais c'est
le premier qui m'est passé par la tête probablement parce que je suis occupé à lire "Les Chasseurs Ardennais face à Guderian" de Hugues Wenkin)

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Re: "AUFTRAGSTAKTIK" KEZAKO ?

Nouveau message Post Numéro: 6  Nouveau message de Loïc Charpentier  Nouveau message 23 Juil 2026, 10:18

bernard-1954 a écrit:Est-ce que cette "liberté" des exécutants a été remise en cause lors de la seconde guerre mondiale ?


La Reichswehr avait été réduite, à dater de 1920, a l'état de force de police, soit 100 000 hommes regroupés dans 7 divisions d'infanterie et 3 de cavalerie, tandis que les clauses "versaillaises" imposaient un minimum de temps de service de 12 ans pour les hommes de troupe et les sous-officiers, 25 ans pour les officiers. L'intention première de ces dernières étaient, ainsi, d'empêcher l'Allemagne vaincue de lever une "armée de masse"; un certain nombre de généraux français, ayant repéré la "faille" de ces contraintes, les avaient alors jugées, à la fois "inadaptées" et "risquées" à moyen terme, mais les réserves qu'ils avaient émises n'avaient pas été prises en compte.

La Reichswehr, durant la décennie 1920-1930, avait effectivement su tirer avantage de ces durées de service imposées, en "instituant" les principes de l'Auftragstaktik jusqu'au troupier de base, qui, lui-même, avait été formé pour, au besoin, assurer les fonctions des deux "grades" supérieurs; le troufion pouvait ainsi prendre la relève des caporaux et caporaux-chefs, ceux-ci, assumés le rôle des sous-officiers, tandis que ces derniers pouvaient remplacer, au pied levé, les officiers subalternes, etc..

Ces dispositions avaient permis à la Reichswehr de se doter, à tous les niveaux hiérarchiques, d'une structure d'encadrement solidement instruite et bien formée, qui, à dater de 1929-1930, quand elle avait entrepris de se "reconstituer" à l'horizon de 1938, lui avait très sérieusement facilité l'instruction de ses nouvelles recrues. Au sein des unités, en sus de l'instruction de base à laquelle avaient droit systématiquement les nouvelles recrues, les "anciens" avaient, également, pour mission de leur inculquer le fruit de leurs propres expériences.

Malheureusement, au fil des combats de 1939, 1940, et particulièrement ceux meurtriers de 1941 sur le Front Est - 800 000 hommes hors de combat à la sortie de l'hiver 1941-1942! -, cette "troupe" expérimentée avait vu ses rangs très sérieusement se clairsemer. Néanmoins, le principe de l'Auftragstaktik était resté bien ancré dans les usages; ainsi, aussi bien dans les K.St.N. que sur le terrain, il était courant qu'un sous-officier assume les fonctions d'un officier subalterne, d'autant que le corps des officiers éprouvait des difficultés pour compléter ses rangs.

Lors des préparatifs en vue d'une opération (attaque, contre-attaque, etc.), l'état-major de la formation avait l'habitude de prendre l'avis de ses cadres, pour, au besoin, "affiner" ses dispositions préparatoires. Bien entendu, l'Auftragstaktik ne permettait pas de remettre en cause la raison d'être de l'opération, mais d'adopter les meilleurs dispositions possibles en fonctions des moyens existants, du terrain et du dispositif ennemi; une fois, les dispositions prises, il n'était plus question d'y déroger, mais, au sein des différentes composantes de la formation, leur encadrement avait la liberté" de s'adapter au mieux et au plus vite aux circonstances et aux situations rencontrées - évidemment, il valait mieux ne pas se planter! :mrgreen: -.

Cette souplesse d'action accordée avait, également, démontré son efficacité avec la constitution de Kampfgruppe, qui pouvait, selon le cas, soit associer simplement des compagnies de différentes "spécialités", lors d'une action locale ponctuelle, soit engager, sur des secteurs plus étendus, des formations de la taille d'un bataillon, d'un régiment, etc. Elle est également à l'origine de la "valse quasi-permanente" des unités allemandes sur les lignes de front . A dater de 1943-1944, les formations de la taille de la compagnie ou de la batterie étaient censées disposer des moyens nécessaires (ravito, munitions, etc.) afin de leur assurer une autonomie suffisante d'action durant "+/- 48 heures".

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Re: "AUFTRAGSTAKTIK" KEZAKO ?

Nouveau message Post Numéro: 7  Nouveau message de Loïc Charpentier  Nouveau message 23 Juil 2026, 12:19

bernard-1954 a écrit:Merci Daniel.

A ton avis, est-ce que le commandement par objectif fonctionne également dans la défensive (je pense que la réponse n'est pas simple mais je me trompe peut-être).


Dans la doctrine allemande de combat, il n'y avait que deux actions "envisageables", l'attaque et la contre-attaque, sachant que l'adoption d'une position défensive ou un "nécessaire et autorisé" repli, compte-tenu des circonstances, ne pouvait être qu'une disposition"provisoire" destinée à organiser une contre-attaque! Généralement, un dispositif défensif, quand il s'avérait nécessaire, était établi selon trois lignes échelonnées de "repli", les deux premières faisant office de défenses "temporaires", la troisième étant destinée à y regrouper les forces, alors éventuellement +/- dispersées, afin de préparer "l'incontournable" contre-attaque qui devait s'en suivre! :mrgreen:

Par exemple, après la rupture du Front en Normandie, qui avait "provisoirement" exigé une "retraite générale +/- désorganisée" et une fois que les formations étaient revenues sous contrôle, les règles de l'attaque et de la contre-attaque n'avaient cessé d'être appliquées jusqu'aux derniers jours du conflit, y compris à l'Est.

C'était, lors de ces contre-attaques locales, que les Werkstatt-Kompanien, les compagnies de récupération et remorquage s'efforçaient de récupérer et de ramener à l'arrière les blindés, les véhicules et le matériel abandonnés lors du "repli" - sous réserve que le délai qui s'était écoulé entre le repli et la contre-attaque n'avait pas été trop long, laissant ainsi à l'adversaire le temps de les rendre définitivement irréparables -. Bon nombre de véhicules allemands avaient souvent été abandonnés pour "panne sèche" ou "défaut mécanique", tandis que les équipages des Panzer, avant d'abandonner leurs chars dans l'urgence, se contentaient bien souvent de démonter le frein de bouche, afin de rendre le canon inutilisable; les Alliés, de leurs côtés, ayant vite pigé la tactique allemande de la "contre-attaque", s'empressaient, lors de leur progression, de dézinguer systématiquement, à grands coups de canons ou de charges de démolitions, les Panzerounets abandonnés, pour interdire toute possibilité de "récupération". :D

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Re: "AUFTRAGSTAKTIK" KEZAKO ?

Nouveau message Post Numéro: 8  Nouveau message de Dog Red  Nouveau message 23 Juil 2026, 12:42

bernard-1954 a écrit:Merci Daniel.

A ton avis, est-ce que le commandement par objectif fonctionne également dans la défensive (je pense que la réponse n'est pas simple mais je me trompe peut-être).


Je complète la réponse de Loïc de la façon suivante:

Que l'objectif ou la mission soient défensifs plutôt qu'offensifs ne change en rien la doctrine de l'Auftragstaktik : le supérieur donne le cadre de la mission, son subalterne a toute autonomie (de moyens et de décisions) dans ce cadre.

Comme l'a évoqué Loïc, le cadre d'une mission défensive peut souvent être plus étroit que le cadre offensif.

@Roger : ta question demande un minimum de développement. Le temps me manque maintenant mais je te répondrai plus tard.
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Re: "AUFTRAGSTAKTIK" KEZAKO ?

Nouveau message Post Numéro: 9  Nouveau message de Loïc Charpentier  Nouveau message 23 Juil 2026, 14:12

Je me suis permis d'aborder l'Auftragstaktik dans le cadre d'actions locales "ponctuelles" +/- limitées, car, dans les derniers mois et semaines du conflit, alors que l'armée allemande était, désormais, contrainte à la défensive, la "contre-attaque" avait continué à être la règle, ce et y compris lors des ultimes combats menés durant la "Bataille de Berlin", durant laquelle les quartiers et les groupes d'immeubles avaient longtemps changé de mains.

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Re: "AUFTRAGSTAKTIK" KEZAKO ?

Nouveau message Post Numéro: 10  Nouveau message de Dog Red  Nouveau message 23 Juil 2026, 15:44

Loïc Charpentier a écrit:Je me suis permis d'aborder l'Auftragstaktik dans le cadre d'actions locales "ponctuelles" +/- limitées, car, dans les derniers mois et semaines du conflit, alors que l'armée allemande était, désormais, contrainte à la défensive, la "contre-attaque" avait continué à être la règle,...


Dès la Normandie !
La contre-attaque est dans l'ADN des combattant allemands pour la plus grande déconvenue des anglo-américains.

Dès qu'une position allemande est conquise, parfois au prix de lourdes pertes (cote 112 ou autour de La Haye-du-Puits pour ne citer que deux exemples emblématiques), une brutale contre-attaque rejette les Alliés avant que la position fraichement conquise n'ait pu être renforcée.

Loïc met le doigt sur une rapidité de réaction typique de l'autonomie de décision laissée aux commandant de première ligne (compagnies ou bataillons), seuls à même de juger des moyens immédiatement disponibles et de leur meilleur mode d'emploi pour repousser un assaut victorieux.
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