Je cite:"Le sergent-chef Daniel Corrin pilote au GC 1/8,revient sur un épisode qui l'a particulièrement marqué.Malheureusement après avoir consulté ses carnets de vols,nous n'avons pas pu dater de manière précise cet événement qui a dû se produire dans le courant du mois de juin 1940*,mais nous n'avons aucune raison de douter de sa parole.
Début juin, comme mon avion était en réparation **, mon chef d'escadrille est venu me trouver. Il m'a dit qu'il cherchait un volontaire pour aller récupérer un Bloch neuf qui nous attendait à Châteauroux. Sans même attendre ma réponse,il m'a tendu un ordre de mission et un bon de transport. Je suis parti le lendemain matin :en train depuis Claye-Souillé, puis en métro entre la gare de l'Est et celle d'Austerlitz à nouveau en train jusqu'à Châteauroux. À la sortie de la gare, j'ai eu la chance de prendre un camion militaire qui se rendait, tout comme moi, à Déols,où se trouvait l'usine Bloch. À l'entrée de l'usine , j'ai été aiguillé vers le bureau d'un responsable, qui a examiné mon ordre de mission. Il m'a dit que tout était en ordre et que je trouverai mon avion de l'autre côté du bâtiment D. Il m'a indiqué le trajet à suivre. En débouchant de l'autre côté du bâtiment, celui qui donne sur les pistes, j'ai été saisi par la scène qui s'offrait à moi . Une bonne centaine d'ouvriers étaient assis par terre pour écouter l'un des leurs les haranguer. J'étais un peu loin pour comprendre tout ce qu'il disait, mais les mots 《camarades ,《horaires de travail 》et même 《grève 》m'ont sauté aux oreilles. J'ai commencé à sentir la colère bouillonner en moi. Nous étions en pleine guerre et ces gens là ne pensaient qu'à leur revendications syndicales ! J'ai avisé ce qui me semblait être un contre-maître un peu en retrait. Je lui ai dit que j'étais pilote de chasse et que je venais chercher un avion dont nous avions le plus pressant besoin au front. Il a haussé les épaules en me répondant :《il faudra attendre que le meeting soit terminé. Cette fois, mon sang n'a fait qu'un tour. Je ne me séparais jamais de mon arme personnelle:un colt avec la crosse en nacre que m'avait donné mon père. J'ai dégainé et ai tiré deux coups en l'air ! Les ouvriers se sont égayés dans la nature comme un vol d'étourneau. On m'a rapidement conduit à mon avion, sans même vérifier si mes papiers étaient en règle. Les plein avaient été faits et j'ai pu décoller rapidement. Une heure après, j'étais déjà retour à Claye-Souilly.Le lendemain, mon commandant de groupe m'a convoqué. Il m'a dit qu'il m'a dit qu'il avait été vaguement mis au courant de ce qui s'était passé à Châteauroux, qu'il ne voulait pas en savoir davantage et que,de toute façon, il ne me serait plus jamais confié de mission de convoyage.
*Entretien avec Daniel Corrin, 1996
**Le 3 juin, il a percuté au décollage sur alerte le Bloch 152 du sergent-chef Maurel:l'hélice a découpé l'avant du fuselage et le canon droit a perforé l'habitacle "
Source:aero_journal H-S n°30 page 42

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