Loïc Charpentier a écrit:
C'est, là, que ton récit "coince", car dans la nuit du 23 au 24 mai, il y avait eu un échange certes poli mais néanmoins très vif entre Rundstedt et l'OKH.
Bonjour Loïc,
Merci pour commentaire ! Mon récit pêche certainement à plusieurs endroits, hélas. Le journal du HGr A, en particulier, fait référence à des pièces jointes que je retrouve pas et qui éclaireraient certainement les choses.
Runstedt disposait des retours, notamment, ceux qui émanaient du Gruppe Kleist, qui, depuis plusieurs jours, tirait la sonnette d'alarme pour la situation des formations blindées et motorisées, qui exigeaient, toutes, un "minimum" d'entretien (vidanges, remplacement de pièces d'usure, telles que les patins de chenilles des chars, des SPW) et souffraient, également, d'un manque général de réapprovisionnement (carburant, munitions, etc.).
Si on jette un coup d’œil sur les cartes de l'OKH, en date du 21 et 22 mai, les Panzer-Divisionen de Kleist avaient "réédité" ce qu'on leur avait déjà reproché durant Fall Weiß (la Campagne de Pologne), à savoir "cavalcader en avant" en distançant l'infanterie - y compris les ID (mot.)! - et l'artillerie, toutes deux indispensables pour sécuriser et tenir le terrain! D'un autre côté, les formations blindées avaient, aussi, permis de conquérir le terrain, situation qu'on ne pouvait guère leur reprocher!Sauf que, dans leur course vers les côtes de la Manche, elles avaient excessivement étiré les lignes en exposant le flanc gauche du Heeresgruppe A à une "possible contre-attaque alliée", grosse crainte"permanente" de l'OKH, même si elle n'avait pas été menée!
En ce qui concerne les problèmes d'usure rencontrés par les formations blindées (et motorisées), l'Oberquartiermeister, patron de l'Intendance, avait, avec ses services, tiré la sonnette d'alarme, dès fin avril 1940, en touchant du doigt, plusieurs sujets alarmants, l'absence d'entretien régulier des véhicules depuis, en gros, fin mars 1940, ainsi que la faiblesse notoire des stocks de rechange existants - le 10 mai 1940, le stock de rechange de pneus, toutes dimensions et types confondus se résumait à "42 000 pièces", autrement dit "que dalle"! Kif-kif bourricot pour les chenilles et trains de roulements! -.
Le carburant et les munitions étaient en quantités estimées suffisantes, sauf qu'il fallait pouvoir les acheminer en "première ligne", ce qui compliquait très sérieusement ledit acheminement!
Le 23 mai au soir, Rundstedt et ses services avaient conscience de la situation, d'où le différent " hiérarchique mais orageux" qui les avait opposé à l'OKH, très tard, dans la nuit ! Là, on voit "surgir" Halder, qui s'empresse de réfuter les nécessités techniques avancées par Rundstedt, sachant que l'OKH était, lui-même, destinataire des alertes répétées émises par l'Intendance et des récentes remontées du Heeresgruppe A!
Cà "pète" sévère, cette nuit-là, entre l'OKH et le Heeresgruppe A, sauf que "Dodolf", lui-même, informé de la "dissension", décide alors de s'embarquer avant l'aube, dans sa tante Ju et de se pointer, en personne, à l'état-major de Rundstedt, afin de vérifier le bien-fondé de sa demande "d'arrêt technique".
D'après les documents existants, entre son arrivée, les salamalecs de rigueur et la tasse de café "réglementaire", il ne s'était guère écoulé plus de trois-quarts d'heure, avant que, depuis le lieu de résidence de l'état-major de Runstedt, sa décision entérinant son accord sur la demande d'arrêt demandée par ce dernier, le fameux "Haltbefehl" ne soit confirmé à l'OKH, par téléphone ou "télex". Sur ce coup-là, Halder avait encore été pris à revers!![]()
Le Haltbefehl ne s'était pas résumé au seul arrêt technique, pour procéder à un entretien rapide sur le matériel roulant, car il avait aussi permis de mettre en place un dispositif prioritaire de circulation des approvisionnements et des rechanges vers la Ligne de Front, de même que le ralliement et la jonction de l'infanterie piétonne et de l'artillerie hippomobile - afin de couvrir, entre autres, rapidement le flanc gauche -, tous les mouvements qui s'effectuaient depuis la Ligne de Front vers l'arrière, étant priés soit de se ranger sur le bord des routes, soit emprunter des voies secondaires!
Dans la foulée avait également été très rapidement mise en place, dès le 24 mai, une structure d'expertise technique et de gestion des pièces de rechange pour les Panzerounets, car les formations techniques divisionnaires s'étaient avérées insuffisantes, pour traiter et gérer les dégâts subis au combat par leurs matériels.
Toutes ces dispositions avaient été précisées "noir sur blanc" par l'OKH et l'Oberquartiermeister, dans les heures qui avaient suivi la réception de l'ordre de Haltbefehl, établi, à la louche, entre 11H30 et 11H45, le matin du 24 mai 1940.
J'ai vu dans le sujet sur le Haltbefehl que tu avais déjà mentionné ces points, mais de la nuit du 23 au 24, je ne trouve que cela dans le journal du HGr A du 23.
Ma traduction :
À minuit, un ordre du Haut Commandement de l'Armée (OKH) arrive – déjà annoncé verbalement par le colonel von Greiffenberg malgré des communications très difficiles – plaçant la 4e armée sous le commandement du Groupe d'armées B pour la phase finale de la bataille d'encerclement et définissant une nouvelle frontière entre les groupes B et A. La nouvelle organisation doit entrer en vigueur à 20h00 le 24 mai.
Le chef d'état-major du groupe d'armées avait déjà fait part au chef du département des opérations, le colonel von Greiffenberg, lors de la conversation téléphonique susmentionnée, de son opinion défavorable quant à la modification envisagée de la structure de commandement. La réponse du colonel von Greiffenberg fut interprétée par le lieutenant-général von Sodenstern – la communication étant exceptionnellement mauvaise et constamment interrompue – comme signifiant que cet avis avait été pris en compte, mais qu'aucun changement n'était à prévoir. (Toute clarification ultérieure fut omise, la question étant devenue sans objet.)
Toutefois, le chef d'état-major général a mis par écrit son évaluation de la situation actuelle, qui devait servir de base aux rapports préliminaires à remettre à l'OKH le lendemain, et a ordonné qu'elle soit ajoutée aux dossiers (cf. PJ . 31b).
Dans le journal du lendemain, à propos de la visite de Hitler :
À 11 h 30, le Führer arrive et est informé de la situation par le commandant en chef du groupe d'armées. Il approuve pleinement la décision d'attaquer Arras à l'est avec de l'infanterie, tandis que les troupes rapides peuvent être maintenues sur la ligne établie Lens – Béthune – Aire – Saint Omer – Gravelines afin d'intercepter l'ennemi repoussé par le HGr B. Il insiste sur le fait qu'il est absolument nécessaire de préserver les blindés pour les opérations à venir et que tout resserrement supplémentaire de la zone d'encerclement ne ferait que restreindre considérablement les activités de l'aviation.
En ce sens, un ordre sera donné à la 4ème armée à 12 h 45.
Ordre téléphoné à 12h31 : « Sur ordre du Führer, l’attaque à l’est d’Arras doit se poursuivre vers le nord-ouest avec le VIII. et le II. AK, en coordination avec l’aile gauche du HGr B. Cependant, au nord-ouest d’Arras, la ligne générale Lens-Béthune-Aire-St Omer- Gravelines (ligne du canal) ne doit pas être franchie. En revanche, sur l’aile ouest, la priorité est de mobiliser toutes les forces mobiles et de contraindre l’ennemi à attaquer la ligne de défense favorable. »
Comme il s'agit d'une traduction, il est difficile d'en tirer des conclusions certaines. L'expression peuvent être maintenues peut signifier qu'il s'agit d'une confirmation d'un ordre donné et Sur ordre du Führer n'être qu'une clause de style. Je vais creuser pour tenter de trouver l'ordre d'arrêt de Rundstedt du 23.
Pour finir, voici un extrait du journal de Kleist du 24 :
Compte tenu de la faiblesse de l'ennemi face à sa ligne, le XXXXIe Corps d'armée demande et obtient l'autorisation d'avancer jusqu'à la ligne Merville-Hazebrook-Cassel afin d'empêcher d'emblée l'établissement d'un nouveau front défensif ennemi. À 15 h 00, après un bref bombardement, les troupes doivent se rassembler à cette fin, le Führer ayant expressément ordonné le passage à des opérations défensives sur le front de la Manche. Cet ordre repose apparemment sur l'idée de laisser initialement l'ennemi encerclé attaquer, tandis que, dans l'intervalle, toutes les forces rapides dispersées doivent se resserrer. Les têtes de pont doivent rester ouvertes pour une nouvelle offensive depuis la position défensive. Plus tard dans l'après-midi, le XXXIe corps d'armée entame la réorganisation de ses forces sur la ligne.

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