bernard-1954 a écrit: Pour la France, l'alerte tardive a eu deux conséquences immédiates :
- certaines unités étaient déjà parties vers les terrains de manœuvre lorsque l'alerte a été reçue, d'où une perte de temps pour les faire revenir au camp,
- le plan d'intervention au Luxembourg nécessitait de franchir la frontière juste après les allemands et donc d'être prévenus à l'avance du déclenchement de l'invasion.
En ce qui concerne l'éventualité d'une intervention française sur le territoire luxembourgeois, j'ai un doute. Pour mémoire, durant la Der des Ders, le Grand-Duché, qui avait déclaré très officiellement sa neutralité, n'avait pas été inquiété, de même que les Pays-Bas et, sauf erreur, le Danemark; le plan
Schlieffen prévoyait de passer à l'Ouest, par la Belgique, et à l'Est, à partir de la "Moselle" annexée.
En mai 1940, l'option "mosellane" n'était plus d'actualité, puisque l'Alsace-Moselle avait réintégré le giron français, tandis que la France avait érigé la Ligne Maginot, qui, à l'Ouest, se prolongeait jusqu'à Montmédy, située au N-N-O, du département de la Meuse; il y avait donc, bel et bien, des ouvrages fortifiés qui avaient été construits "devant" la frontière franco-luxembourgeoise. Par contre, la Belgique s'était opposée à la construction du prolongement de la Ligne Maginot, sur le versant méridional de sa frontière commune avec la France.
Ensuite, il y avait bien eu un rapport établi, en 1938 - si j'ai bonne mémoire -, par un officier général français, qui avait "signalé" qu'une possible percée mécanisée ennemie, au travers du massif des Ardennes luxembourgeoises, n'était pas à écarter; mais le haut-état-major français, conforté, en cela, par ses "divisionnaires" de l'arme blindée, avait considéré cette "hypothèse" comme "techniquement irréalisable".
Maintenant, passons dans le camp adverse!

En octobre-novembre 1939, Halder, chargé de la "planification", avait établi un plan d'attaque, sur instruction de l'
OKH, un plan d'attaque, qui reprenait les grandes lignes du
Plan Schlieffen, le gros des forces allemandes passant, comme en 1914, par la Belgique, avec une variante (pour éviter de se retrouver "nez à nez" avec la Ligne Maginot), qui prévoyait une action de diversion, menée via le territoire luxembourgeois.
Là, était intervenu
Manstein, "largement" encouragé par les Kommandeurs des Panzer-Divisionen (dont Guderian) et ID (mot.), qui affirmaient, tous, que la "voie luxembourgeoise" était parfaitement exploitable par leurs formations! Ce très sérieux différent entre l'
OKH et les "patrons" d'unités blindées motorisées avait perduré jusqu'à fin février 1940-début mars 1940, avant que le
Führer ne tranche en faveur d'une action principale menée par le gros des forces blindées mécanisées , par les Ardennes "luxembourgeoises", l'offensive effectuée par les Pays-Bas et la Belgique devenant, dès lors, un solide"épouvantail", afin d'attirer les forces de pointe franco-britanniques en Belgique et aux Pays-Bas!
A dire vrai, même, l'
OKH n'y croyait qu'au moitié, tandis que Halder, de son côté, tirait une tronche de "
six pieds de long", n'ayant pas digéré de voir son plan très largement remanié. On va, d'ailleurs, le retrouver en "première ligne de l'opposition", le soir du 23 mai 1940, quand Runstedt avait établi, de son propre chef, le "
Haltbefehl", alors que les rapports alarmants des unités blindées motorisées - problèmes d'usure, de pièces de rechanges, manque d'entretien, de munitions - s'accumulaient sur son bureau de Charleville... problèmes que la Direction de l'Intendance (
Oberquartiermeister) signalait déjà avant le 10 mai 1940!
Dans la seconde partie de la nuit du 23 au 24 mai, le
Führer avait sauté dans son
Ju-52, pour débarquer à Charleville, où, en l'espace de trois quarts d'heure-une heure et une probable "tasse de café" d’accueil, il avait confirmé la décision du
Haltbefehl, réclamée par Rundstedt.
En mai 1940, cette option "ardennaise luxembourgeoise" était des plus risquées, car, si, en gros, les véhicules allemands, pour la plupart d'entre eux, avaient précédemment prouvé leur compétence et endurance - la trottinette blindée,
Panzer I, durant la GCE, ayant démontré qu'elle pouvait se cogner "5000 km" avec un entretien périodique des plus épisodiques! - , il y avait néanmoins à craindre un très sérieux problème de limite ne serait-ce qu'en regard de leurs capacités d'endurance "kilométrique".
Le tout, en passant sous silence, les problèmes "d'embouteillage" qu'impliquait une telle concentration d'unités, sur un réseau routier luxembourgeois, certes, goudronné, mais de largeur étroite, sur lequel, on pouvait mieux circuler en file!

Là, je vous invite à vous référer aux tableaux de progression établis par la
Heer...une
Panzer-Division "en colonnes", constituait, à 20 Km/h, en respectant les distances réglementaires, un défilé ininterrompu de 142 km... où, à 30 km/h, 229 km! .... En gros, lors de la traversée du territoire luxembourgeois, la tête de la division était, déjà, au contact de la "première ligne" adverse, tandis que sa queue franchissait la frontière!
