Dog Red a écrit:Loïc Charpentier a écrit:J'y ai, néanmoins, déniché, quelques informations (françaises) numériques erronées, à propos des forces de l'adversaire, qui auront la vie dure.
C'est un document de 2e Bureau (renseignement) de fin 1940/début 1941, ses rédacteurs n'avaient pas l'ordre de bataille allemand comme nous aujourd'hui.
Entièrement d'accord, mais, désormais, certaines "approximations" peuvent être signalées et, au besoin, "corrigées", sans que pour autant ces rares corrections ne mettent en péril le fond de la narration d'époque, qui, hormis ces "détails", reste globalement un excellent résumé "sincère" de la situation militaire en mai-juin 1940, ainsi que des diverses manœuvres "tentées" par le GQG français pour tenter de bloquer la progression allemande.
La manoeuvre allemande, dès les tous premiers jours de l'offensive - pour ne pas dire les premières heures! -, avait, certes, totalement pris à contre les intentions du CQG, mais, en gros, jusqu'au 10 juin 1940, il s'était efforcé de prendre les dispositions, les plus judicieuses possibles, compte-tenu de la situation, pour s'efforcer de l'enrayer.
Je peux, certes, largement me tromper, mais le CQG français, en cette occasion, n'avait pas pour autant fait preuve de l'incompétence tactique qu'on s'empresse, hélas, (bien trop) souvent à lui attribuer et que la mascarade du Procès de Riom avait, également, très largement pollué durant de nombreuses décennies. Disons-le franchement, la qualité "remarquable" de la manoeuvre allemande, incitant l'armée française à monter en Belgique et dans les Pays-Bas, dégarnissant, ainsi, en partie, son dispositif au "débouché" des Ardennes (en gros, de Givet à Sedan) avait constitué un exercice stratégique ou tactique - là, je ne sais plus trop où en est! - exceptionnel. Sauf qu'on a l'impression que 70-80 ans, l'admettre fait encore mal aux lèvres brutalement gercées, en cette occasion, de certains historiens français, mais ce ne sont pas les seuls!
La malfaisance mortifère du régime du
III Reich n'est en rien contestable, mais, en cette occasion, la compétence de son état-major militaire, ainsi que la décision personnelle de son principal dirigeant, AH, à dater de fin février 1940, d'adopter la solution risquée du franchissement du massif ardennais par la
Heeresgruppe A, désormais renforcée, sont difficilement contestables.
Effectivement, au sein de l'état-major français, un certain nombre de voix militaires de haut grade avaient, déjà, alerté, dès 1939 et même plus tôt, sur les possibilités de franchissement du massif ardennais par des éléments motorisés, sauf que, aucun d'entre eux n'avait sérieusement envisagé une manoeuvre engageant, au bas mot, 7 divisions blindées mécanisées, avec armes et bagages, plus les troupes motorisées, ainsi que celles "à pied" ou, au mieux, hippomobiles, les premières destinées à opérer en pointe, les secondes, en deuxième ligne!

Il suffit de reporter aux opinions des généraux allemands, qui avaient précédé le déclenchement de l'offensive, à dater de la décision de fin février 1940, elles variaient, chez les plus optimistes, entre un résultat non décisif, et, chez les plus pessimistes, avec le loupé général! Sans parler de Halder, en charge, au sein de l'
OKH, de concevoir les plans d'action qui s'y rapportaient, alors que, depuis l'automne 1939, il était foncièrement opposé à la solution "ardennaise"!
Ne jamais oublier, non plus, que, avant-même le 10 mai 1940, l'
Haupquartermeister et ses services, chargés, au sein de l'
OKH, de l'intendance et de la fourniture des pièces de rechange, avait, très officiellement, alerté, un, sur les carences en pièces de rechange ( pneus, chenilles, pièces détachées), deux, sur l'absence de tout entretien périodique programmé, depuis février-mars 1940, sur la plus grosse partie du parc de véhicules blindés de tous types, engagés dans l'offensive! Le 10 mai 1940, le stock de "boudins" de rechange pour les VL et et les PL se résumait à 40 000 pneus!
On aura beau tenter de m'expliquer que le
Haltbefehl du 23-25 mai 1940, décrété par Dodolf, après sa rapide incursion au QG de Rundsted, était, ainsi, censée accorder, même si celà n'avait été que très partiellement vrai et tout aussi peu avéré, un délai de réflexion à la gouvernance britannique, afin qu'elle envisage d'accepter une cessation "isolée" des combats - ce qui n'était pas trop le genre de Winston Churchill, mais bon! -; sur le terrain, le
Haltbefeld avait, en réalité, été décrété, tout en tenant la ligne de front, afin de permettre, en autres, au sein des unités blindées et motorisées, d'effectuer les nécessaires vidanges et indispensables remplacements des nécessaire pièces d'usure! En sus des "boudins" - à carcasse longitudinale - usés jusqu'à la trame, les maillons de chaine des trains de chenille (Panzer, SPW, etc.) étaient distendus et définitivement rincés! On peut, aussi, rajouter le fait que les stocks divisionnaires de munitions flirtouillaient, alors, souvent entre le pas grand chose et le "zéro"!
NOTA : Je ne connais pas suffisamment les problèmes d'approvisionnement de l'armée française, ou, encore moins ceux des forces alliées, mais, par contre, toute supposée prétention bue, je tatouille pas trop mal, grâce aux sources primaires existantes, sur la réalité des manques constatés, côté allemand, au printemps 1940!
Dans le cadre du
Haltbefehl, les routes françaises, en gros, depuis la frontière allemande, avaient, alors, toutes, été mises en sens unique -
Si vous souhaitez continuer progresser, prière de passer par "les champs"! -, de manière à ce que les "convois" de camions allemands, chargés du ravitaillement - matériels de complément, de rechange, intendance générale - puissent emprunter des routes dégagées et, ainsi, rallier, le plus rapidement possible, les unités concernées! Cette essentielle opération allemande de "ravitaillement", en dépit de son incontestable importance, a été, très globalement, oubliée ou glissée sous le tapis!:D
Dans un tout autre domaine, on pourrait, éventuellement, se poser des questions sur l'absence de réaction française, en mai 1940, au sud de la progression allemande du
Heeresgruppe A , pour le moins très distendue et dont la distance entre ses unités de pointe motorisées et celles de seconde ligne (pédestres!) s'échelonnaient, en gros, durant la troisième décade de mai 1940, entre les approches des côtes de la Manche et Charleville-Mézières!
A mon (très) humble avis, le GQG français s'était, alors, retrouvé "à poil" de moyens, alors que le flanc gauche de l'offensive du Heeresgruppe A, était manifestement trop distendu - ce qui avait fait, ultérieurement, parti des reproches formulés à l'occasion des préparatifs pour l'
Unternehmen Barbarossa! Les cavalcades, même, victorieuses des formations allemandes blindées et motorisées, avaient, alors, été considérées comme "contraires" à la progression générale "programmée" de la Heer!... En juin 1941, l'OKH avait intentionnellement et volontairement cantonné les
Panzer-Divisionen et
ID (mot.) derrière l'écran des divisions d'infanterie!... Jusqu'à ce que la réalité des combats amène à devoir considérer que la présence de ces unités blindées motorisées était primordiale!
En dépit de la réussite de la tactique exécutée au printemps 1940, on est contraint de devoir constater que la tactique allemande d'engagement, en juin 1941, ne reposait, de fait, au premier contact, que sur la décision de l'
OKH, qui privilégiait, alors, sa seule infanterie de ligne -, car il y a de très vieux concepts militaires, qui ont, également, une très longue vie tactique!
