Tout avait commencé la veille avec la réception de mauvaises nouvelles : "les Allemands avaient percé à Sedan, et les Français étaient incapables de résister à l’action combinée des chars et des bombardiers en piqué".
D’autres messages reçus par les chefs d’état- major apportaient les mêmes informations, précisaient que les généraux Gamelin et Georges considéraient la situation comme grave et que le général Gamelin était surpris par la rapidité de l’avance ennemie.
Le matin du 15, vers 7h30, Paul Reynaud appelle Churchill :
— Nous sommes battus, me dit-il.
Comme je ne répondais pas immédiatement, il répéta :
— Nous sommes battus, nous avons perdu la bataille.
— Cela n’a certainement pas pu arriver si vite, répondis-je.
Mais il reprit :
— Le front est percé près de Sedan, ils passent en masse avec des chars et des voitures blindées. (Tel était le sens de ses paroles sinon les termes mêmes qu’il employa.)
Je déclarai alors :
— L’expérience a montré qu’au bout d’un certain temps une offensive s’éteint d’elle-même. Je me souviens du 21 mars 1918. Dans cinq ou six jours, ils seront obligés de s’arrêter pour attendre leur ravitaillement, et ce sera alors le moment de la contre-attaque. J’ai appris cela dans le temps, de la bouche même du maréchal Foch.
Dans la matinée, Churchill se renseigne auprès des généraux français, qui ne sont pas alarmistes. Il se rend quand-même à Paris l'après-midi. Il rencontre Reynaud, Daladier et Gamelin à 17h30 au Quai d'Orsay.
Gamelin expose la situation :
Les Allemands avaient percé au nord et au sud de Sedan, sur une largeur de 80 à 95 kilomètres, et l’armée française qui se trouvait dans ce secteur était détruite ou dispersée. Un flot de véhicules blindés se ruait à une vitesse inouïe vers Amiens et Arras, avec apparemment l’intention d’atteindre la mer au delà d’Abbeville ou dans les environs. Ils pouvaient tout aussi bien se diriger sur Paris. Derrière les blindés, ajouta-t-il, huit ou dix divisions entièrement motorisées poussaient en avant et se flanquaient elles-mêmes contre les deux armées françaises qu’elles avaient séparées et entre lesquelles elles s’avançaient.
Après un long silence, Churchill pose la question :
Je demandai alors :
— Où sont les réserves stratégiques? et continuant en français, que j’emploie sans faire de différence, dans tous les sens du terme : Où est la masse de manœuvre ?
Le général Gamelin se tourna vers moi et, avec un hochement de tête et un haussement d’épaules, me répondit :
— Il n'y en a aucune.
Je suis en train de recenser ces réserves et leur utilisation, à partir des écrits de Gamelin, Roton, Doumenc... Des membres du forum ont-ils des informations de première main sur ce sujet ?

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